Face à la fragilité des entreprises de presse, aux difficultés liées à la répartition de la subvention publique et à la montée en puissance des acteurs du numérique, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, plaide pour une transformation structurelle du paysage médiatique guinéen. À l’occasion d’une rencontre, ce vendredi avec la Fédération patronale des associations professionnelles de la presse de Guinée (FEPAP-GUI), il a identifié trois chantiers prioritaires : l’assainissement du secteur, la responsabilisation des patrons de presse et l’adaptation de la législation aux mutations technologiques.
La presse guinéenne est confrontée à un défi qui dépasse la seule question de la liberté d’informer : celui de sa propre viabilité économique et professionnelle. C’est l’un des constats qui ressort de l’intervention de Boubacar Yacine Diallo, président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), lors d’une rencontre avec la Fédération patronale des médias.
En accueillant cette nouvelle organisation, le responsable de l’organe de régulation a affiché sa volonté d’en faire un interlocuteur privilégié de son institution. Une collaboration qu’il considère comme essentielle pour engager des réformes dans un secteur où les difficultés professionnelles, structurelles et économiques restent étroitement liées.
« Il n’y a pas de journaliste sans média et il n’y a pas de média sans journaliste. Donc, on ne peut pas assainir un secteur et ignorer l’autre », a-t-il insisté.
Derrière cette déclaration se dessine une préoccupation majeure : la professionnalisation de l’ensemble de la chaîne médiatique. Pour Boubacar Yacine Diallo, l’assainissement ne saurait se limiter aux journalistes. Il doit également concerner les entreprises de presse, leurs promoteurs et leurs modes de fonctionnement.
L’une des préoccupations exprimées par le président de la HAC concerne la confusion entre le statut de journaliste et celui de patron de presse. Il déplore une situation dans laquelle de nombreux professionnels cumulent les deux fonctions, sans nécessairement disposer d’une véritable organisation entrepreneuriale.
Cette réalité constitue, selon lui, un obstacle à une meilleure structuration du secteur, notamment dans la gestion de la subvention que l’État accorde à la presse privée. « En Guinée, la plupart des journalistes sont devenus, par extraordinaire, des patrons, alors qu’ils sont seuls », a-t-il relevé, avant de souhaiter que l’évolution de la législation prenne en compte cette problématique.
Le président de la HAC défend ainsi une distinction plus claire entre l’exercice du métier de journaliste et la gestion d’une entreprise de presse. Pour lui, être patron suppose des responsabilités économiques et sociales, notamment l’existence de salariés et la prise en charge de charges de fonctionnement. « Quand on est un patron, on a des salariés, on a des charges », a-t-il rappelé.
Au-delà de la question des statuts, cette observation renvoie à un problème fondamental. Comment bâtir une presse économiquement viable lorsque les structures qui la composent ne disposent pas toujours des moyens humains et financiers nécessaires à leur fonctionnement ?
La subvention publique au cœur des difficultés de structuration
La question de la subvention accordée par l’État à la presse privée constitue un autre chantier de collaboration entre la HAC et la Fédération patronale. Boubacar Yacine Diallo reconnaît les difficultés récurrentes rencontrées dans la répartition de cette aide publique. Il établit un lien entre ces difficultés et la structuration insuffisante de nombreux acteurs du secteur.
Son intervention remet ainsi au centre du débat la nécessité de disposer d’entreprises de presse clairement identifiées, organisées et capables de répondre à des critères professionnels et économiques.
La question n’est donc pas seulement celle de l’accès à la subvention, mais aussi celle de la capacité des médias à justifier leur existence comme de véritables entreprises. Une problématique qui renvoie à la gouvernance, à la transparence et à la viabilité économique des organes de presse.
Une concurrence qui fragilise les médias traditionnels
Mais c’est surtout sur le terrain de la transformation numérique que le président de la HAC a lancé l’une de ses alertes les plus marquantes. Avec la montée en puissance des plateformes numériques et de nouveaux acteurs bénéficiant d’une forte visibilité sur Internet, les médias traditionnels se retrouvent confrontés à un environnement concurrentiel profondément transformé.
Pour Boubacar Yacine Diallo, cette évolution impose une adaptation urgente du cadre juridique afin de tenir compte des nouvelles réalités de l’information et de la communication.
« Aujourd’hui, si nous ne prenons pas garde, la presse traditionnelle va succomber et pourrait faire la risée publique aux yeux de non-professionnels qui ont acquis de la notoriété sur la toile », a-t-il averti.
Cette déclaration traduit une inquiétude sur l’avenir des médias traditionnels, confrontés à des acteurs numériques qui ne répondent pas nécessairement aux mêmes exigences réglementaires et professionnelles.
Le président de la HAC estime que les médias régulièrement installés, respectant les conditions fixées par la loi, doivent pouvoir bénéficier d’un environnement leur permettant de faire face à cette nouvelle concurrence.
Il qualifie celle-ci de « concurrence déloyale », estimant qu’elle s’exerce au détriment de la presse traditionnelle légalement établie.
Son appel à une adaptation des lois aux nouvelles technologies pose ainsi la question de l’équilibre entre liberté d’expression, responsabilité éditoriale et équité réglementaire dans l’espace médiatique guinéen.
Dans cette perspective, la création de la Fédération patronale des médias apparaît, aux yeux du président de la HAC, comme une opportunité de renforcer le dialogue entre le régulateur et les entreprises de presse.
En réunissant les patrons de médias autour d’une organisation commune, cette structure pourrait faciliter les échanges avec l’institution de régulation et contribuer à la mise en œuvre des chantiers identifiés.
Boubacar Yacine Diallo a assuré que la HAC se tenait aux côtés de la Fédération pour l’accompagner dans ses premiers pas, avec l’ambition de la voir devenir progressivement autonome. « Notre institution se tient aux côtés de la Fédération patronale pour l’aider à marcher et, plus tard, à l’aider à prendre son envol. Et puis après, lorsqu’elle redescendra, ce sera sur ses propres jambes », a-t-il déclaré.
Au fond, l’enjeu dépasse la naissance d’une nouvelle organisation professionnelle. Il concerne l’avenir d’une presse appelée à se restructurer pour préserver sa crédibilité, consolider son modèle économique et faire face aux bouleversements technologiques.
La professionnalisation des entreprises de presse, la clarification des conditions d’accès à la subvention publique et l’adaptation du cadre juridique constituent désormais les principaux défis mis en avant par le président de la HAC.

