Détournement de 78 milliards à l’OGP : Mandian Sidibé livre sa version des faits et défend sa gestion

9 min de lecture

Le procès de l’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP), Mandian Sidibé, et de ses co-prévenus s’est poursuivi ce vendredi 30 octobre 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).

À la barre, Mandian Sidibé n’a pas varié dans sa position : il rejette les accusations de détournement de deniers publics portées contre lui. Visiblement déterminé à faire entendre sa version des faits, l’ancien responsable dit se réjouir de pouvoir défendre son honneur devant la justice. Il est notamment revenu sur les conditions dans lesquelles il a dirigé l’OGP entre 2022 et 2024, en apportant des précisions sur les rémunérations, les recrutements et les dépenses de l’institution.

- SMS NEWS -
📱 SMS ALERTEL'actualité en direct sur votre mobile
🎉3 JOURS GRATUITS🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
⚡Actus Express
📱Par SMS
🌐Sans Internet

Dans ses explications, il a d’abord abordé la question des rémunérations des responsables. Selon lui, le président du conseil d’administration (PCA) percevait 50 millions de francs guinéens par mois. De son côté, en tant que directeur général, il touchait un salaire mensuel de 75 millions, auquel s’ajoutaient 30 millions de francs guinéens au titre du carburant.
Il a également évoqué les primes de session, dont le montant global aurait atteint 1 milliard 665 millions de francs guinéens durant sa gestion. Il a tenu à préciser qu’il n’était pas à l’origine de leur mise en place.

L’ancien DG a, par ailleurs, raconté qu’à son arrivée à la tête de l’OGP, il lui avait été annoncé qu’une prime de 100 millions de francs guinéens était prévue pour lui. Jugeant cette pratique irrégulière, il affirme avoir refusé de la conserver et entrepris de rembourser la totalité de la somme. Le remboursement, a-t-il expliqué, s’effectuait par des prélèvements mensuels de 10 millions de francs guinéens sur son salaire.

Sur la gestion du personnel, Mandian Sidibé a assuré n’avoir licencié aucun employé durant son passage à la tête de l’Office. Il affirme plutôt avoir procédé à des recrutements et veillé au paiement des salaires. À son départ, soutient-il, aucun travailleur ne gagnait moins de 3 millions de francs guinéens.

Recrutements, stagiaires et retards de salaires

Le juge Alpha Camara est ensuite revenu sur les conclusions d’un premier rapport d’inspection réalisé en 2022. Celui-ci faisait notamment état d’une masse salariale jugée trop importante et d’un nombre élevé de stagiaires au sein de l’OGP.

Sur ce point, Mandian Sidibé a défendu ses choix. Il dit avoir trouvé une institution confrontée à un manque criant de personnel et assure que les recrutements avaient été effectués après validation du conseil d’administration. Il a également affirmé que le PCA lui imposait parfois certains recrutements.

Interrogé sur le nombre de stagiaires, il a reconnu que l’OGP en comptait plus de 300 à travers le pays, avec une rémunération moyenne de 1,6 million de francs guinéens.

La question du paiement régulier des salaires a également retenu l’attention des juges. À la question de savoir si l’OGP avait connu des difficultés à honorer ses engagements envers les travailleurs, l’ancien directeur général a reconnu que des retards étaient parfois enregistrés, pouvant aller jusqu’à un ou deux mois.

Il a expliqué que, dans ces périodes difficiles, l’institution se tournait notamment vers les sociétés de téléphonie pour obtenir un appui financier. Il a néanmoins insisté sur un point : selon lui, les employés n’ont jamais passé six mois sans être payés.

L’explosion du dépôt de carburant invoquée pour expliquer l’absence de pièces comptables

Autre moment important de l’audience : l’examen du rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) de 2025. Les magistrats ont évoqué plusieurs paiements qui auraient été effectués sans pièces justificatives.

Mandian Sidibé a contesté les conclusions de ce rapport, qu’il juge erronées. Pour lui, l’absence de certains documents pourrait s’expliquer par l’explosion du dépôt de carburant, qui avait détruit le siège de l’OGP. Il a ainsi fait valoir que cet événement avait considérablement compliqué la récupération des archives et des pièces comptables.

La Cour lui a toutefois rappelé qu’un directeur général a l’obligation de veiller à la conservation des documents comptables de son institution.

En réponse, l’ancien responsable a expliqué que les pièces étaient conservées dans les bureaux et qu’après l’explosion, il ne pouvait tout simplement plus accéder aux locaux.

Les magistrats ont également évoqué les déclarations de M. Keita, qui aurait affirmé que plusieurs chèques avaient été encaissés et déposés auprès de Mandian Sidibé et de son directeur administratif et financier (DAF). Une accusation que l’ancien DG a fermement rejetée.

La Cour s’est aussi intéressée aux redevances versées par certains prestataires, dont les montants n’auraient pas toujours été reversés sur les comptes bancaires de l’OGP. Sur cette question, Mandian Sidibé a expliqué que l’institution disposait d’une petite caisse destinée à recevoir les sommes modestes. Les montants plus importants, a-t-il assuré, étaient directement déposés à la banque.

20 milliards de francs guinéens consacrés aux salaires en 2022

La répartition des recettes de l’OGP a également fait l’objet d’un échange nourri entre les magistrats et le prévenu.

La Cour a notamment relevé qu’en 2022, sur environ 30 milliards de francs guinéens de recettes, près de 20 milliards auraient été consacrés aux dépenses salariales.

Pour Mandian Sidibé, cette situation s’explique par l’augmentation du nombre de travailleurs au sein de l’institution. Il a donc estimé que cette évolution de la masse salariale était justifiée.

Pour l’année 2023, le juge a évoqué environ 33 milliards de francs guinéens de recettes, dont 16 milliards auraient été affectés au paiement des salaires. La question de l’absence de certaines pièces justificatives a de nouveau été soulevée.
L’ancien directeur général a maintenu ses explications, mettant une nouvelle fois en avant les conséquences de l’explosion du dépôt de carburant sur la conservation et la disponibilité des documents comptables.

Au fil de ses explications, Mandian Sidibé a également présenté plusieurs chiffres relatifs à la situation financière de l’OGP entre 2022 et 2024. Il a notamment avancé un montant global de 108 milliards 647 millions 570 mille francs guinéens, évoqué des dépenses salariales estimées à 52 milliards et fait état d’un budget de plus de 72 milliards de francs guinéens.

Mais c’est surtout sur les accusations de détournement portant sur 78 milliards de francs guinéens que l’ancien DG s’est montré particulièrement catégorique. Il conteste toute implication dans les faits qui lui sont reprochés et dénonce un acharnement contre sa personne et ses co-prévenus.

« Il n’y a aucune pièce justificative de détournement de 78 milliards. Cela a été inventé de toutes pièces. Nous sommes victimes d’un acharnement », a-t-il déclaré devant la Cour.

L’audience a également abordé la question de son patrimoine immobilier. Mandian Sidibé a mentionné un bâtiment acquis à Kouroussa en 2013, ainsi que deux terrains : l’un situé en face de sa maison, dont la valeur serait de 2 000 euros, et l’autre à Wassa, dans la préfecture de Kouroussa, évalué à 1 000 euros.

Il a enfin évoqué un appel qu’il dit avoir reçu le 1er janvier 2022 du conseiller principal du président, Thierno Mamadou Bah. Ce dernier lui aurait annoncé que son adjoint devait lui transmettre le rapport final.

Après plusieurs heures de débats et de questions-réponses, la Cour a décidé de suspendre l’audience. Les débats doivent reprendre dans une heure.

La suite de cette audience devrait permettre de poursuivre l’examen des différents éléments du dossier, notamment les mouvements financiers, les pièces justificatives et les conditions de gestion de l’OGP durant la période concernée.