Le projet Simandou pourrait changer considérablement la donne pour les finances publiques guinéennes. C’est le message défendu par Karamo Kaba, gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), lors de la cinquième édition du forum WCAF, tenue du 20 au 21. Selon lui, les retombées financières attendues de ce gigantesque projet minier devraient se traduire par une hausse importante des revenus de l’État au cours des prochaines années.
“Il faut avoir en tête que le projet Simandou va décupler les revenus de l’État guinéen”, a affirmé le gouverneur de la BCRG. “En 2026, nous attendons à peu près 350 millions de dollars de revenus sur 26 mois. Et cela va monter crescendo jusqu’à 1 500 000 $ par an. Et nous serons aux alentours de 2 milliards 500 000 dollars d’ici 2040. C’est très important d’avoir ces éléments en tête.”
Pour mesurer l’ampleur des enjeux, Karamo Kaba a établi une comparaison avec les recettes actuellement générées par l’ensemble des projets miniers en activité dans le pays. À ses yeux, Simandou pourrait, dès sa première année, rapporter autant que tous ces projets réunis.
“Aujourd’hui, il faut le savoir, les projets miniers en cours en Guinée rapportent à peu près 500 millions. Simandou, à lui seul, dans sa première année, va rapporter autant que tous les autres projets miniers en Guinée. Lorsque vous avez un tel afflux d’argent, vous devez faire extrêmement attention parce que, si vous ne gérez pas bien cet afflux de cash, cela peut déboucher sur l’inflation.”
Un avertissement qui renvoie à l’un des principaux défis de la Banque centrale : absorber les effets d’une hausse rapide des revenus miniers sans alimenter les tensions inflationnistes. Pour Karamo Kaba, la réponse ne consiste pas nécessairement à relever les taux d’intérêt. Encore faut-il comprendre d’où vient l’inflation et quels facteurs la nourrissent réellement.
“Et nous, notre travail au niveau de la Banque centrale, c’est vraiment de veiller à l’inflation. Lutter contre l’inflation, c’est suivre l’actualité comme tout le monde, c’est de regarder la nature de cette inflation et comprendre, par exemple, dans le cas d’espèce, que l’inflation en Guinée est une inflation qui est importée. Nous avons une inflation de 3 %. On est passé à 6 %. Le réflexe quand on est banquier central, c’est d’augmenter le taux directeur. Ce n’est pas ce que nous, on a fait. Pourquoi ? Parce que, lorsqu’on analyse dans les détails, on s’aperçoit que l’inflation sous-jacente en Guinée est à peu près de 1 %. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que, si on enlève tous les éléments volatils, à savoir l’énergie et l’alimentaire, il n’y a pas d’inflation en Guinée. Dans ces conditions, se mettre à augmenter le taux directeur, ça va plus faire mal aux agents économiques qu’autre chose. Le vrai problème se passe au niveau de l’Iran, au niveau de Bab el-Mandeb, au niveau du détroit d’Ormuz, au niveau de l’Ukraine.”
Des réserves de change en hausse
Au-delà de la gestion de l’inflation, la Guinée dispose désormais de réserves de change nettement plus importantes qu’il y a un an. Celles-ci sont passées d’environ 1,5 milliard de dollars à 4,5 milliards, soit de quoi couvrir près de cinq mois d’importations de biens et de services. Un niveau que la Banque centrale espère encore améliorer à court terme.
“On pense qu’on peut aller au-delà des six mois, en tout cas, à court terme. C’est la raison pour laquelle nous sommes particulièrement vigilants sur l’application de l’instruction qui est de rapatrier 50 % des ressources d’exploitation. Aujourd’hui, nous avons fait beaucoup d’efforts pour ce rapatriement, mais ce n’est pas encore suffisant.”
Pour Karamo Kaba, l’enjeu dépasse toutefois la consolidation des réserves de change. La question est aussi de savoir comment transformer les revenus tirés des ressources naturelles en un levier de diversification économique. Car si le secteur minier devrait rester central dans l’économie guinéenne, il ne peut, à lui seul, garantir un développement équilibré des autres activités.
“L’idée, c’est quoi ? C’est de se dire que la Guinée va rester une économie minière. Quel que soit ce qu’on va faire, on ne pourra pas suffisamment diversifier cette économie pour qu’elle ne soit plus minière. Il faut donc s’appuyer sur cette force du secteur minier pour diversifier l’économie.”
L’agriculture figure notamment parmi les secteurs qui pourraient bénéficier de cette dynamique. Pour l’heure, sa part dans les crédits bancaires reste très limitée, autour de 3 %, selon le gouverneur. La mobilisation des ressources minières pourrait donc contribuer à élargir les financements disponibles pour les activités productives, à condition d’accompagner cette évolution par des réformes concrètes.
La Banque centrale mise également sur la digitalisation pour fluidifier les transactions et améliorer le fonctionnement du système financier. Le lancement récent de NimbaPay s’inscrit dans cette démarche, avec l’objectif de faciliter les échanges et d’éviter le retour des pénuries de liquidités observées environ un an plus tôt.

