Le manque d’enseignants continue de peser sur le système éducatif guinéen. Pour la ministre de l’Éducation nationale, Bintou Keïta, il est désormais essentiel de mieux cerner les besoins sur le terrain avant de décider des prochaines mesures. Elle préconise notamment la mise en place d’une cartographie nationale des établissements scolaires afin d’identifier les zones les moins bien couvertes et d’adapter les recrutements aux réalités locales.
La ministre s’est exprimée sur le sujet ce mercredi 21 octobre 2026, lors d’un atelier organisé par le comité des femmes du Syndicat national de l’éducation (SNE). La rencontre portait sur la restitution des recommandations de la 5ᵉ Conférence mondiale des femmes de l’Internationale de l’éducation (IE), qui s’est tenue du 15 au 17 septembre 2026 à Bahia, au Brésil.
Pour Bintou Keïta, la pénurie d’enseignants ne peut pas être considérée comme une difficulté passagère. Elle s’inscrit dans la durée et nécessite, à ses yeux, une réponse qui tienne compte de l’évolution des effectifs scolaires. « Je suis le ministre de l’Éducation nationale, certes, mais la question de la pénurie d’enseignants, c’est une question qui est absolument systémique. C’est pas une année, ce n’est pas juste maintenant que ça manque. Ça fait des années et des années que nous n’avons pas le nombre approprié d’enseignants et d’enseignantes pour le nombre d’élèves que nous avons dans le pays, et on sait que la projection est toujours en augmentation. »
La ministre rappelle que plusieurs initiatives ont déjà été prises pour renforcer le corps enseignant, notamment en 2017, 2020, 2022 et 2024. Mais si ces efforts ont permis d’agir sur les effectifs, leur impact reste à évaluer précisément. Combien d’enseignants manquent encore ? Les recrutements effectués ont-ils permis de couvrir les besoins les plus urgents ? Pour Bintou Keïta, il est difficile de répondre à ces questions sans disposer de données de référence fiables.
« Alors, maintenant, pour pouvoir parler de ce thème de manière approfondie, j’ai personnellement besoin d’avoir des indicateurs de référence parce que je sais que le pays a fait des efforts pour chaque. Je pense qu’en 2017, 2020, 2022 et 2024, il y a eu des efforts pour augmenter le nombre d’enseignants dans le pays. Donc, on ne peut pas être dans une logique où on dit qu’il n’y a rien, il y a eu des efforts. Est-ce que les efforts sont suffisants ? Je pense que personne au gouvernement n’a la compréhension de ce qui est est suffisant. Tout le monde comprend qu’il y a un manque.»
Plutôt que d’avancer de nouveaux chiffres sans disposer d’une vision précise de la situation, la ministre souhaite donc commencer par un état des lieux du système éducatif. L’objectif est de déterminer où se trouvent les écoles, quelles localités manquent d’infrastructures et où les besoins en enseignants sont les plus pressants.
Cette démarche doit aussi permettre de mieux prendre en compte les zones rurales, au-delà de la seule capitale. Car les besoins ne sont pas les mêmes partout : certaines localités disposent d’établissements scolaires, mais manquent de personnel, tandis que d’autres nécessitent encore la construction d’infrastructures pour accueillir les élèves.
« Maintenant, la discussion que nous devons avoir, c’est comment nous allons faire en sorte pour que, chaque année, nous puissions augmenter le nombre dont nous avons besoin pour les établissements, les écoles qui existent. C’est ce que nous devons faire. Mais on ne peut pas le faire tout d’un coup, on commence par voir des chiffres qui sont affichés. Si certaines d’entre vous m’ont suivie quand j’étais à Mamou, j’ai dit : Je préfère ne pas dire de chiffres tant qu’on ne s’est pas assis ensemble, et regardé d’une manière très analytique où est-ce que nous avons les écoles, pas seulement Conakry, mais bien au-delà de Conakry, dans les zones rurales, et de savoir où il n’y a même pas d’infrastructures et où il y aura besoin, où il y a des élèves et où il y aura besoin d’enseignants. »
La cartographie nationale envisagée par Bintou Keïta constituerait ainsi une première étape pour établir des priorités et discuter des moyens nécessaires. Elle permettrait de partir de données concrètes pour mieux planifier les recrutements et répartir les enseignants en fonction des besoins réels des établissements.
La ministre souligne toutefois que les décisions en matière de recrutement doivent tenir compte de l’ensemble des besoins de l’État. Le ministère de l’Éducation nationale n’est pas le seul à solliciter des ressources humaines dans la fonction publique, ce qui impose, selon elle, une concertation avec les autres départements ministériels. « Quand on a fait cette cartographie à ce moment-là, on peut avoir une discussion. Mais il faut aussi se dire qu’avoir cette discussion, c’est comprendre que le ministère de l’Éducation nationale n’est pas seul. Il y a plusieurs autres ministères dans le gouvernement et chacun a des besoins par rapport à la fonction publique. »

