Guinée : carburant subventionné à 5 499 milliards GNF, les investissements publics amputés de 2 729 milliards

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Le gouvernement guinéen prévoit de consacrer 5 499 milliards de francs guinéens au soutien des prix des produits pétroliers dans le cadre de la loi de finances rectificative (LFR) 2026, afin de maintenir le litre de carburant à 12 000 GNF. Présenté devant les députés, ce samedi 24 octobre 2026, cet effort budgétaire intervient alors que les dépenses d’investissement sont revues à la baisse de 2 729 milliards GNF et que le déficit budgétaire prévisionnel passe de 0,7 % à 2,01 % du produit intérieur brut (PIB).

Face aux tensions sur les marchés internationaux et à la hausse des coûts d’approvisionnement, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a défendu le choix du gouvernement de préserver le prix du carburant à la pompe. Une décision qui vise à limiter les répercussions des chocs extérieurs sur le pouvoir d’achat des ménages, mais qui représente un engagement financier important pour les finances publiques.

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« L’ampleur de cet engagement mérite encore une fois d’être soulignée, car ça représente une bonne partie de nos recettes fiscales et il constitue un effort considérable », a déclaré la ministre devant les députés.

Selon les chiffres présentés au cours de cette séance, le soutien aux prix des produits pétroliers est estimé à 5 499 milliards de GNF, soit environ 10 % des recettes fiscales prévues. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, l’exécutif entend ainsi éviter que la hausse des cours des produits pétroliers ne se répercute directement sur les consommateurs guinéens.

Des investissements publics revus à la baisse

Le maintien du prix du carburant intervient toutefois dans un contexte de réajustement des dépenses publiques. Le projet de loi de finances rectificative prévoit une réduction de 2 729 milliards de GNF des dépenses d’investissement. Cette révision concerne notamment les projets inscrits dans le programme Simandou 2040, dont le gouvernement entend revoir le calendrier en privilégiant les projets jugés suffisamment avancés.

La ministre a justifié cette orientation par la nécessité de renforcer le réalisme de la programmation budgétaire et de concentrer les ressources disponibles sur les projets susceptibles d’être exécutés dans de bonnes conditions.« La révision des dépenses d’investissement dans ce projet de loi des finances rectificatives répond à cette exigence de réalisme et d’efficacité », a-t-elle expliqué.

Cette baisse des investissements et le coût du soutien aux produits pétroliers interviennent simultanément. Pour autant, les données présentées ne permettent pas d’affirmer que la subvention du carburant est, à elle seule, à l’origine de la réduction des investissements. Le gouvernement rattache également cette révision à la réévaluation des projets, notamment ceux liés à Simandou 2040.

L’enjeu reste néanmoins celui de l’arbitrage budgétaire : comment concilier la protection immédiate du pouvoir d’achat avec le financement des infrastructures et des projets structurants nécessaires au développement économique du pays?

Un déficit budgétaire porté à 2,01 % du PIB
Autre indicateur de la pression qui pèse sur les finances publiques, le déficit budgétaire prévisionnel passe de 0,7 % à 2,01 % du PIB dans la loi de finances rectificative 2026. Selon Mariama Ciré Sylla, ce déficit doit être couvert par des sources de financement identifiées.

Le gouvernement fait ainsi le choix de maintenir un soutien aux prix des produits pétroliers tout en ajustant certaines dépenses d’investissement. Cette stratégie doit permettre d’amortir les effets de la conjoncture internationale, mais elle soulève aussi la question de la soutenabilité de l’effort budgétaire dans la durée.

Au-delà du montant annoncé, le suivi de cette mesure sera déterminant : il s’agira notamment de vérifier dans quelle mesure le maintien du prix à la pompe bénéficie effectivement aux consommateurs, en particulier à travers l’évolution des coûts de transport et des prix des produits de première nécessité.

Entre ambition et contraintes budgétaires
Pour Mariama Ciré Sylla, la transformation des ressources minières en bénéfices durables pour la population constitue l’un des principaux objectifs de la politique économique du gouvernement. La ministre a insisté sur la nécessité de mesurer les retombées de Simandou au-delà des seules exportations de minerais. « Le véritable succès de Simandou ne se mesurera pas seulement en termes de minerais exportés, mais en emplois créés, en entreprises guinéennes développées, en infrastructures utiles et en perspectives nouvelles pour notre jeunesse », a-t-elle affirmé.

Cette déclaration prend un relief particulier alors que les dépenses d’investissement sont révisées à la baisse. La question est désormais de savoir comment le gouvernement entend préserver les projets prioritaires et leurs retombées économiques, tout en assumant le coût du soutien aux prix des produits pétroliers.

Entre protection du pouvoir d’achat, maîtrise du déficit et financement des investissements structurants, la loi de finances rectificative 2026 met ainsi en évidence un défi central pour les finances publiques guinéennes : répondre aux urgences économiques sans compromettre les ambitions de développement à long terme