Me Moussa Diallo : « Pourquoi nous sommes retirés du procès d’Algassimou Diallo »

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La première journée du procès d’Algassimou Diallo devant les chambres réunies de la Cour suprême de Guinée a été marquée par deux incidents de procédure et une décision de la défense de se retirer des débats. Après le rejet de ses requêtes en récusation de trois magistrats et en annulation de l’ordonnance de renvoi, le collectif d’avocats de l’ancien magistrat a annoncé la suspension de sa participation, dénonçant des violations des droits de la défense et un manque de garanties pour un procès équitable. L’affaire a été renvoyée à ce vendredi 16 octobre 2026 pour la suite de la procédure.

Très attendue, l’audience de ce jeudi 15 octobre 2026 s’est ouverte à 10 heures. Mais les débats n’ont pas tardé à se heurter à un premier obstacle. Dès l’entame, les avocats d’Algassimou Diallo ont introduit une requête en récusation visant trois magistrats de la composition, dont le président de la Cour, Ibrahima Sory 1 Tounkara.

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La défense contestait la présence de magistrats qui, selon elle, avaient déjà pris part à une décision du bureau de la Cour suprême autorisant les poursuites contre son client. Elle estimait que ces magistrats ne pouvaient ensuite siéger dans la formation appelée à le juger.

Au cœur de leur argumentation : le non-respect présumé des formalités prévues par le Code de procédure pénale, notamment celles relatives à la communication du dossier aux avocats avant le règlement de l’instruction.

L’article 282 du Code de procédure pénale prévoit en effet que, lorsque l’information lui paraît terminée, le juge d’instruction communique le dossier aux conseils de l’inculpé et de la partie civile. Pour la défense, cette étape n’a pas été respectée dans la procédure visant l’ancien magistrat.

Au sortir de l’audience, Me Moussa Diallo, porte-parole de circonstance du collectif, est revenu sur les raisons de ce retrait.

Selon lui, la présence, dans la formation de jugement, de magistrats ayant participé à la décision autorisant les poursuites contre Algassimou Diallo posait un problème au regard des exigences d’impartialité. « Nous avons donc estimé que des magistrats ayant pris part à une décision ayant conduit à l’autorisation des poursuites contre M. Algassimou Diallo ne pouvaient pas se retrouver dans la formation appelée à le juger », a-t-il expliqué.

L’avocat a également insisté sur le non-respect présumé des droits de la défense lors de la phase d’instruction. Il affirme que les conseils n’ont pas bénéficié du délai prévu pour consulter le dossier et présenter leurs observations avant le renvoi de leur client devant la juridiction de jugement. « Cette demande d’annulation repose principalement sur la violation de ses droits substantiels et essentiels de la défense, notamment de l’article 282 du Code de procédure pénale », a-t-il déclaré.

Pour Me Moussa Diallo, le rejet de cette seconde requête a achevé de convaincre le collectif qu’il ne pouvait plus poursuivre sa participation dans ces conditions. « Nous avons alors estimé que, compte tenu de la manière dont cette procédure a été conduite depuis son entame et du rejet systématique de toutes les demandes que nous avons soumises à la Cour, alors même qu’elles reposent sur des situations certaines, nous n’avions plus de raison de continuer à participer à une telle procédure », a-t-il affirmé.

Il poursuit : « Puisque ce n’est pas, selon nous, un procès juste et équitable, nous n’allons pas y participer simplement pour faire de la figuration. »

Au-delà du rejet des deux requêtes, la défense a soulevé une autre question concernant la première décision rendue par la Cour. Me Moussa Diallo s’est notamment interrogé sur la mention figurant dans l’arrêt relatif à la récusation, selon laquelle le délibéré aurait eu lieu en présence du ministère public.

L’avocat considère cette mention comme un motif supplémentaire de préoccupation, le parquet étant, selon lui, la partie adverse dans cette procédure. « Ce que nous avons relevé à travers la première décision, qui a quand même intrigué plus d’un, c’est que l’arrêt ayant rejeté la demande de récusation porte la mention selon laquelle la délibération a été faite en présence du ministère public, qui se trouve être notre adversaire dans cette procédure », a-t-il déclaré.

Avant de conclure : « Je me demande donc si, dans ces conditions, on peut espérer un procès équitable. À notre entendement, non. Voilà pourquoi le collectif a décidé de suspendre sa participation à ce procès.»

À l’issue de cette première journée, la Cour suprême a renvoyé l’affaire au vendredi 16 octobre pour la suite de la procédure. Reste à savoir dans quelles conditions les débats pourront reprendre après l’annonce du retrait des avocats de la défense.