Guinée : une dette publique à 51,5% ça veut dire quoi concrètement ?

5 min de lecture

Opinion – Selon la Banque mondiale, la dette publique de la Guinée a atteint 51,5 % du PIB en 2025, contre 43,5 en 2024. Plus préoccupant encore, la dette intérieure est passée de 25,4 % à 32,2 % du PIB sur la même période.

Ces chiffres méritent une analyse simplifiées pour les profanes. Car ils posent une question fondamentale de gouvernance quelle richesse l’État prépare-t-il pour demain lorsqu’il emprunte aujourd’hui ?

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Reconnaissons que la dette publique n’est pas nécessairement un signe de mauvaise gestion. Un État peut légitimement emprunter pour construire des routes, développer l’électricité, moderniser les infrastructures et investir dans l’éducation. Ces dépenses peuvent améliorer la productivité et générer des recettes futures.

Mais la dette devient préoccupante lorsque les emprunts augmentent plus rapidement que la capacité de l’économie à produire des richesses et que celle de l’État à mobiliser des recettes.

Donc que la Guinée doit n’est pas un problème mais il peut avoir un problème en décryptant ce qu’elle a obtenue en contrepartie de cet endettement.

Les infrastructures financées sont-elles achevées ? Les investissements améliorent-ils la compétitivité des entreprises ? Les projets créent-ils des emplois durables ? Les recettes futures permettront-elles de rembourser les emprunts sans sacrifier les dépenses sociales ?

Ce sont ces questions qui doivent guider le débat public.

Lorsque l’État emprunte massivement auprès des banques et sur le marché financier local, il peut mobiliser une partie des ressources qui auraient autrement servi à financer les entreprises privées.

En effet les PME qui souhaitent investir, acheter des équipements ou créer des emplois peuvent rencontrer davantage de difficultés à obtenir des crédits, selon les conditions de liquidité, les taux d’intérêt et les choix des banques.

Un deuxième risque concerne les paiements de l’État. Lorsque les délais de règlement des marchés publics s’allongent, les entreprises fournisseurs doivent continuer à payer leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs charges sans disposer de la trésorerie attendue. Certaines finissent par réduire leurs activités, s’endetter à leur tour ou disparaître.

Bien sûr l’encours de dette intérieure et les arriérés de paiement sont différentes, même si elles peuvent se renforcer mutuellement.

Un État qui finance son développement en fragilisant les entreprises chargées de créer les emplois risque d’affaiblir une partie des fondements de sa propre croissance.

Alors quelles mesures faut-il prendre ?

L’Etat doit publier régulièrement une situation consolidée de la dette, préciser les conditions des emprunts, évaluer les projets financés et rendre compte des résultats.

Les investissements doivent être hiérarchisés selon leur rentabilité économique et sociale. Il faut également mieux mobiliser les recettes fiscales, notamment celles issues des activités économiques les plus importantes, sans imposer une pression disproportionnée aux petites entreprises et aux ménages modestes.

Le ratio de 51,5 % du PIB ne signifie pas, à lui seul, que la Guinée est en situation de défaut de paiement. Il ne suffit pas non plus pour conclure que sa dette est insoutenable. Il faut examiner les taux d’intérêt, les échéances, les recettes publiques, la composition de la dette et la capacité de remboursement.

Mais cette progression constitue un signal qui mérite une réponse politique et budgétaire sérieuse.

La richesse minière, notamment avec Simandou, offre une occasion de renforcer les capacités productives du pays. Cette opportunité doit servir à diversifier l’économie, soutenir les entreprises nationales et créer des emplois durables.

La responsabilité d’un gouvernement se mesure non seulement à sa capacité à mobiliser des financements, mais aussi et surtout à sa capacité à transformer ces financements en progrès durable.

Car la dette d’aujourd’hui ne doit pas devenir le prix payé demain par les citoyens pour des investissements dont ils n’auraient pas suffisamment bénéficié.

La Guinée s’endette-t-elle pour préparer une économie plus forte, ou prend-elle le risque d’augmenter ses obligations financières sans transformer assez rapidement les bases de sa prospérité ?

C’est à la lumière des investissements réalisés, de leur transparence et de leurs retombées concrètes que les citoyens doivent pouvoir juger les choix économiques de leurs dirigeants.

Mamadi Cisse, économiste, consultant d’affaires, gestionnaire de projet.

Membre bureau exécutif du MoDeL