Malgré les textes de loi et les différents mécanismes mis en place pour protéger les filles et les femmes, les mutilations génitales féminines (MGF) continuent de résister en Guinée. La persistance de la pratique, y compris dans certains cadres médicalisés, met en évidence les limites de la réponse actuelle.
C’est dans ce contexte que Moussa Yéro Bah, journaliste et présidente de l’ONG Femme, Développement et Droits Humains (F2DH), a dressé un état des lieux de la lutte contre les MGF lors d’une session consacrée à la mise en œuvre du Protocole de Maputo. Son intervention s’est particulièrement intéressée à l’article 5, qui porte notamment sur l’élimination des pratiques néfastes à l’égard des femmes.
Pour mesurer l’ampleur du phénomène, elle s’est appuyée sur plusieurs données relatives à la prévalence des MGF, à leur médicalisation ainsi qu’aux cas récemment enregistrés dans le pays. « La prévalence nationale chez les 15-49 ans est de 95 %. Chez les 0-14 ans, elle est de 39 %. Et les mutilations issues de la médicalisation représentent 35 %. Nous avons aussi plus de 550 cas notifiés et le décès d’une fillette de 12 ans pendant les vacances scolaires d’août-septembre 2026 », a-t-elle indiqué.
Pour elle, ces chiffres montrent surtout que l’interdiction légale n’a pas permis, à elle seule, de faire disparaître la pratique. La question de sa médicalisation constitue également un sujet de préoccupation. Le recours à un professionnel de santé ne change, selon elle, ni la nature ni la gravité de l’acte. « Qu’on passe par une infirmière ou par une exciseuse traditionnelle, ça reste une mutilation », a-t-elle insisté.
Moussa Yéro Bah reconnaît néanmoins l’existence d’avancées dans la lutte contre les MGF en Guinée. Mais entre l’adoption des textes et leur application effective, plusieurs difficultés persistent. « Il y a des acquis, il y a des avancées dans le cadre de la lutte en République de Guinée. Mais vous avez aussi l’insuffisance des ressources et de la chaîne pénale, le manque de moyens logistiques pour les services sociaux et la faiblesse du dispositif judiciaire », a-t-elle déploré.
Au-delà du cadre juridique, elle estime que la lutte doit davantage s’appuyer sur des actions de proximité, notamment auprès des communautés, avec un travail de sensibilisation qui s’inscrit dans la durée. « Donc, ce sont les défis persistants auxquels on est confrontés face à l’application du Protocole de Maputo, notamment de son article 5 », a-t-elle souligné.
Pour la présidente de F2DH, l’enjeu est désormais de passer davantage des textes aux actes. Les lois, à elles seules, ne suffisent pas à enrayer une pratique profondément ancrée dans certaines communautés. « Avec le temps, nous constatons que les textes ne suffisent pas. Il faut le dire : il faut plus d’action. Il faut un travail de fond sur le terrain, continuer à éduquer afin de mettre surtout en application la loi », a-t-elle conclu.

