Alors que la menace d’une grève semblait s’être éloignée à l’ouverture des classes, la tension refait surface entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation. En cause, les velléités des autorités de soumettre les enseignants contractuels au concours de recrutement dans la Fonction publique, une éventualité qui suscite de vives réactions au sein de l’intersyndicale de l’éducation. Le porte-parole du Collectif des enseignants contractuels non retenus, Diaka Sow, met en garde le gouvernement contre tout non-respect du point 7 du protocole d’accord signé le 3 janvier 2026. Pour lui, si les engagements pris dans cet accord ne sont pas respectés, l’intersyndicale pourrait être amenée à reprendre le chemin de la contestation.
Guinee360 : Nous avons appris que le gouvernement envisagerait de contraindre les enseignants contractuels non retenus à passer un nouveau concours. Confirmez-vous cette information ?
Diaka Sow : C’est effectif. Le gouvernement envisage de nous contraindre à passer ce concours, même si, dans le cadre des négociations, il affiche un tout autre visage.
Mais ce qui reste clair pour nous, c’est que nous ne reprendrons aucun concours, dans la mesure où nous avons déjà passé un concours spécifique, basé sur la pratique de classe, depuis 2024. Les résultats sont disponibles à tous les niveaux.
Nous avons donc été très surpris et très étonnés de voir le gouvernement lancer un concours pour le recrutement de 6 000 enseignants, d’autant plus que 4 500 enseignants sont déjà en attente de la signature de leur arrêté d’engagement.
C’est une véritable déception pour ces milliers de jeunes, pères et mères de famille, qui ont consacré leur énergie à l’éducation guinéenne et à l’école de la République.
En lieu et place d’un quelconque recrutement, le gouvernement doit donner la priorité à ces enseignants. Il ne s’agit pas pour eux de repasser un concours, mais plutôt de prendre en compte leur liste et de publier l’arrêté d’engagement dans les jours à venir.
C’est ce que nous attendons du gouvernement. C’est également le message que nous adressons à l’intersyndicale de l’éducation, notamment la FSPE, le SLECG et le SNE.
À défaut, nous prendrons nos dispositions. Cela a déjà commencé. Même l’intersyndicale se montre aujourd’hui de plus en plus déçue face à cette situation.
Elle a d’ailleurs fait part de l’urgence de convoquer une assemblée générale, programmée pour demain, jeudi 8 octobre 2026, au siège du SLECG, à partir de 14 heures. Cette rencontre vise à faire la lumière sur la situation et notamment sur la résolution du point 7 du protocole d’accord relatif à l’engagement des anciens enseignants contractuels communaux non retenus de l’intérieur du pays et de ceux de la zone spéciale de Conakry.
Vous aviez appelé vos collègues à s’abstenir de déposer leurs dossiers pour ce concours. Craignez-vous que le gouvernement passe outre les dispositions du point 7 du protocole d’accord ?
Nous n’avons aucune inquiétude à ce sujet. À tous nos collègues qui sont inquiets, nous demandons de rester sereins.
Ce n’est pas nous qui avons signé ce protocole. C’est le gouvernement lui-même qui l’a signé avec l’intersyndicale de l’éducation, sous la médiation du CNDS. Le gouvernement est donc tenu de respecter sa propre parole et son propre engagement, qui sont inscrits noir sur blanc.
Si un gouvernement, qui doit être un modèle de référence pour sa population, n’arrive pas à respecter ses engagements et ses écrits, cela devient catastrophique pour notre pays, la Guinée. Cela doit changer. La donne doit changer.
Un protocole a été signé le 3 janvier 2026 et une commission a été mise en place le 17 avril 2026. Cette commission, qui était mixte et composée de représentants de l’intersyndicale et de la partie gouvernementale, a finalisé ses travaux. Je fais moi-même partie de cette commission.
Le président de la commission a rendu le rapport des travaux ainsi que la liste des personnes concernées. Ce que nous attendons maintenant, c’est que cette liste soit intégrée à la plateforme FUGAS, le fichier unique de gestion administrative et de la solde, afin que le processus puisse être concrétisé dans les meilleurs délais.
Nous nous opposons à la reprise d’un quelconque concours, sous quelque forme que ce soit. Nous nous opposons fermement à cette démarche et nous invitons l’ensemble de nos collègues concernés par le protocole d’accord, et qui ont déjà transmis leurs données à notre collectif et figurent sur la liste nationale, à rester sereins, patients et à suivre les orientations qui leur seront données.
Si toutefois les dispositions du protocole ne sont pas respectées, nous savons ce qu’il nous reste à faire.
Si le gouvernement maintient sa décision de vous faire passer ce concours, quelles pourraient être les conséquences sur cette rentrée scolaire ?
Nous serons contraints de faire front. L’intersyndicale sera également contrainte de déclencher une grève, si elle est sincère à notre égard, car il s’agirait d’une violation du protocole qu’elle a elle-même signé avec le gouvernement.
De notre côté, nous allons également organiser des sit-in et des manifestations à Conakry ainsi qu’à l’intérieur du pays. Cette éventualité n’est pas à exclure.

