Conakry : quatre personnes condamnées à 50 000 francs d’amende pour consommation de chicha

7 min de lecture

Quatre personnes ont été condamnées, ce mardi 6 octobre 2026, par le tribunal de première instance de Dixinn, dans une affaire liée à la consommation et à la commercialisation de la chicha.

Moussa Traoré, Thierno Amadou Diallo, Raoul Yombouno et Yamoussa Bangoura ont chacun écopé de 50 000 francs guinéens d’amende.
Les quatre prévenus avaient été interpellés à Conakry dans le cadre d’opérations menées à la suite d’une décision du parquet général près la Cour d’appel de Conakry. Les officiers de police judiciaire avaient été chargés d’identifier les lieux où la chicha était consommée ou commercialisée.

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À la barre, tous ont contesté les faits qui leur étaient reprochés. Chacun a livré sa version des circonstances de son interpellation, assurant notamment ne pas avoir été surpris en train de consommer de la chicha. « Personne n’était en train de consommer »

Premier à comparaître, Moussa Traoré, dit Junior, domicilié à Dixinn, a expliqué qu’il travaillait comme vendeur de boissons dans une boîte de nuit.
« Moi je suis un vendeur de boissons dans une boite de nuit. Ce jour là, le propriétaire n’était pas là-bas. Aux environs de 4h du matin, moi j’étais au comptoir quand les autorités sont arrivées sur les lieux, ils ont trouvé beaucoup de gens, mais personne n’était en train de consommer de la Chicha. Parce que moi depuis que j’ai appris la décision d’interdiction, j’ai dit à mon boss de ne plus vendre la chicha pour ne pas avoir des problèmes. »

Le ministère public a contesté cette version, affirmant que les personnes interpellées sur place étaient bien en train de consommer de la chicha. Interrogé sur ce point, le prévenu a indiqué ne pas connaître la chicha.

Thierno Amadou Diallo, domicilié à Kobaya, a également rejeté les faits. Il dit avoir été interpellé alors qu’il se trouvait dans la boîte de nuit Koura Lounge, à Foulamadina, où il assure la communication.
« On m’a trouvé dans la boîte de nuit de Koura Lounge à Foulamadina aux environs de 1h du matin. Je gère la communication de la boîte. Ce jour, quand je suis venu il n’ y avait personne dans le comptoir, je prenais mon jus, toute suite les agents sont venus, ils m’ont dit de monter dans le véhicule. »

Selon le procureur, Thierno Amadou Diallo aurait pourtant déclaré lors de l’enquête préliminaire avoir été interpellé alors qu’il préparait des chichas destinées aux consommateurs. À la barre, le prévenu a catégoriquement nié avoir tenu de tels propos.

Des versions contestées à la barre

Raoul Yombouno, sociologue domicilié à Sonfonia Centre et présenté comme chef des travailleurs d’une boîte de nuit, a, lui, expliqué être arrivé sur les lieux après avoir été informé de l’intervention des agents.
« J’étais à la maison, mes amis qui étaient dans la boîte où je travaille, parce que moi je suis le chef des travailleurs de la boîte. Mes collègues m’ont appelé pour me dire que les agents sont venus interpeller les gens. Je suis venu, j’ai demandé aux agents, ils ont dit qu’ils ont saisi les machines de la chicha. J’ai dit oui c’est vrai, mais personne ne consomme. C’est ainsi qu’on m’a interpellé. »

À l’audience, Raoul Yombouno a également affirmé que certaines personnes interpellées le même jour pour des faits similaires auraient été libérées après avoir versé trois millions de francs guinéens.
Dernier à être entendu, Yamoussa Bangoura, dit Yadi, marchand domicilié à Taouyah Marché, a lui aussi nié avoir consommé de la chicha.
« Un jour, je me suis rendu à la boîte dénommée Castel pour boire. À 3h les militaires sont descendus là-bas pour nous interpeller, jusqu’au lendemain moi je ne savais pas pourquoi on nous avait arrêté. Sauf le lendemain, on nous a dit que c’est pour la consommation de la Chicha, moi j’ai dit je ne consommais pas de la Chicha. »

Il a précisé avoir été interpellé avec cinq autres personnes, qui auraient ensuite été libérées. Face à ses explications, le juge a relevé que ces personnes ne consommaient peut-être effectivement pas de chicha.
L’avocat du prévenu a, de son côté, soutenu que son client comparaissait notamment pour avoir refusé de verser de l’argent, alors que d’autres personnes interpellées auraient été libérées après avoir payé.

Le parquet maintient ses réquisitions

Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public a rappelé l’existence d’un communiqué conjoint signé en janvier 2021 par trois départements ministériels sous le régime d’Alpha Condé, portant interdiction de la chicha en Guinée.
Le procureur a également évoqué les mesures récemment prises par le parquet général près la Cour d’appel de Conakry pour lutter contre la consommation et la commercialisation de la chicha.

Selon lui, certains acteurs du secteur chercheraient désormais à contourner l’interdiction en adoptant de nouvelles pratiques. Pour le ministère public, les faits reprochés aux quatre prévenus sont donc établis.
S’appuyant notamment sur les dispositions du communiqué conjoint de janvier 2021 ainsi que sur l’article 942 du Code de procédure pénale, le parquet a requis une amende de 50 000 francs guinéens contre chacun des prévenus.

La défense conteste les charges

Du côté de la défense, l’avocat de deux des prévenus s’est montré particulièrement critique envers l’accusation. Il a contesté l’affirmation du parquet selon laquelle les faits seraient établis, estimant que la procédure avait été entachée de violations de la loi.
Selon lui, le ministère public n’a pas apporté de preuves suffisamment solides pour établir la culpabilité de ses clients. Il a donc demandé au tribunal de faire application de l’article 544 du Code pénal et de les renvoyer des fins de la poursuite.

Après les débats, le tribunal a finalement déclaré les quatre prévenus coupables des faits qui leur étaient reprochés.
Le juge a suivi les réquisitions du ministère public et condamné Moussa Traoré, Thierno Amadou Diallo