À l’occasion de la rentrée parlementaire, organisée ce lundi 5 octobre 2026 au Palais du peuple de Conakry, le président de l’Assemblée nationale du Libéria, Richard Nagbe Koon, a consacré une large partie de son intervention aux enjeux migratoires en Afrique de l’Ouest, avec un accent particulier sur l’espace de l’Union du fleuve Mano.
Devant les parlementaires guinéens et les différentes délégations présentes à la cérémonie, il a d’abord rappelé les liens historiques, sociaux et économiques qui rapprochent la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire.
« La Guinée, le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire partagent des frontières, une histoire, des familles, des cultures et des marchés », a souligné Richard Nagbe Koon.
Ces liens représentent, selon lui, une véritable richesse pour les pays concernés. Mais ils s’accompagnent aussi de défis communs : immigration transfrontalière, traite des êtres humains, trafic illicite de migrants, insécurité, commerce informel, chômage ou encore insuffisance des infrastructures aux frontières.
Le président de l’Assemblée nationale libérienne s’est particulièrement attardé sur la question migratoire. Il a rappelé que le Libéria, comme plusieurs autres pays de la sous-région, accueille des ressortissants venus des différents États d’Afrique de l’Ouest.
« Le Libéria, tout comme d’autres pays de notre région, accueille des migrants de toute l’Afrique de l’Ouest, dont environ 140 000 Burkinabè sans-papiers ou en situation irrégulière », a-t-il déclaré.
Pour autant, Richard Nagbe Koon ne considère pas la migration comme un problème en soi. Il reconnaît au contraire sa contribution au dynamisme économique et social de la région. Les situations irrégulières peuvent cependant, estime-t-il, compliquer la gestion des frontières et soulever des questions en matière de sécurité, de fiscalité, de réglementation du travail et d’accès aux services publics.
Le président de l’Assemblée nationale libérienne appelle donc à privilégier une approche équilibrée, qui ne fasse pas des migrants les cibles des politiques publiques.
« Notre réponse ne doit pas être hostile aux migrants. Elle doit être ordonnée, légale, documentée et humaine, tout en protégeant la sécurité nationale et la dignité de chaque personne », a-t-il insisté.
Pour lui, aucun État ne peut, à lui seul, répondre efficacement à ces enjeux. La coopération régionale, et notamment l’action des parlements, doit occuper une place centrale dans cette démarche.
Les assemblées législatives peuvent notamment contribuer à renforcer les cadres juridiques liés à la migration, à la lutte contre la traite des personnes, à la gestion des frontières et au commerce transfrontalier. Elles peuvent également exercer un contrôle accru sur les institutions intervenant aux frontières et accompagner les accords destinés à faciliter la circulation légale des personnes et des biens.
« Nos frontières doivent être des ponts, pas des barrières, mais des ponts correctement gérés et sécurisés », a lancé le président de l’Assemblée nationale libérienne.
C’est dans cette logique que Richard Nagbe Koon a appelé à accélérer la création du Parlement de l’Union du fleuve Mano. À ses yeux, le projet ne peut plus rester au stade des déclarations de principe.
« La mise en place du Parlement de l’Union du fleuve Mano doit désormais passer de la déclaration à la mise en œuvre », a-t-il déclaré, rappelant que les présidents des assemblées concernées ont déjà donné leur accord de principe.
Il souhaite désormais que les présidents d’Assemblée réunis à Conakry puissent s’entendre sur une date pour la prochaine rencontre. L’objectif serait de finaliser les dernières formalités nécessaires à l’opérationnalisation de cette institution.
Pour Richard Nagbe Koon, un Parlement de l’Union du fleuve Mano pleinement opérationnel offrirait aux pays membres un cadre permanent pour traiter leurs préoccupations communes. Il pourrait notamment favoriser l’harmonisation des législations, le développement des échanges commerciaux et de la coopération transfrontalière, mais aussi contribuer au renforcement de la paix et de la sécurité dans la sous-région.
« Nos exécutifs négocient des accords. Il appartient au Parlement de transformer ces accords en lois, budgets et institutions qui produisent des résultats », a conclu le président de l’Assemblée nationale du Libéria.

