Interdiction des sachets d’eau : Dr Ben Youssouf Keïta alerte sur le risque de résurgence des maladies hydriques

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Alors que la Guinée interdit les sachets plastiques à usage unique, dont les sachets d’eau conditionnée, le Dr Ben Youssouf Keïta appelle à la vigilance face aux risques liés au recours à des sources d’eau non contrôlées. Le médecin recommande notamment de faire bouillir l’eau provenant des puits, forages ou autres sources avant consommation et invite l’État à renforcer l’accès à l’eau potable, ainsi que le contrôle et le traitement des eaux destinées à la consommation.

Guinée360 : En tant que médecin, que pensez-vous de la décision du gouvernement d’interdire les sachets plastique en Guinée?

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Dr Ben Youssouf Keïta : C’est une bonne décision parce que le gouvernement a anticipé et pris une mesure de prévention. Je salue cette décision pour deux raisons principales. La première concerne la santé publique. Les sachets plastiques sont non biodégradables et peuvent rester pendant plus d’un siècle sans se détériorer. Imaginez-vous, pendant la saison des pluies, lorsque ces sachets ne sont pas correctement traités, ils se retrouvent dans les caniveaux et sont transportés jusque dans la mer.

Dans la mer, les poissons peuvent ingérer ces fragments de plastique. Or, ces sachets contiennent différents produits chimiques issus notamment du pétrole, comme le polyéthylène et d’autres substances. Lorsque nous consommons ensuite ces poissons, nous pouvons être exposés à ces produits. Leur accumulation dans l’organisme peut avoir des conséquences sur la santé à long terme. C’est donc une décision importante en matière de prévention. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Le deuxième avantage concerne l’environnement. Partout où nous allons, les sachets plastiques contribuent à la pollution et dégradent notre cadre de vie.

Lorsqu’ils sont brûlés, ils peuvent également dégager des gaz toxiques, notamment du monoxyde de carbone, qui peut avoir des effets sur les poumons. Avec l’interdiction des sachets d’eau de nombreux citoyens par de moyens vont se tourner vers d’autres sources d’eau…

Avec l’interdiction des sachets d’eau, certaines familles pourraient se tourner vers les puits et les forages. Quels risques cela peut-il représenter ?

L’eau provenant des forages, des puits ou de certaines sources n’est pas toujours exempte de contamination. Elle peut contenir des bactéries, notamment des coliformes, qui peuvent être transportées par les eaux souillées. Ces bactéries peuvent contaminer les eaux souterraines et, lorsqu’elles ne sont pas correctement traitées, provoquer des problèmes digestifs et des maladies comme la diarrhée ou la fièvre typhoïde.

Que doit faire l’État pour éviter ces risques liés à la qualité de l’eau ?

Il faut que l’État prenne toutes les dispositions nécessaires pour assurer une meilleure distribution de l’eau potable dans les familles. Il y a des familles qui peuvent rester plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans eau courante et sont alors obligées de se tourner vers les forages ou d’autres sources. Les forages doivent également être contrôlés régulièrement afin de vérifier la qualité de l’eau avant sa consommation.

Et pour les familles qui utilisent déjà l’eau des puits ou des forages, quelle précaution doivent-elles prendre ?

Ceux qui se ravitaillent dans un puits, dans un forage ou dans une autre source doivent faire bouillir cette eau. Il faut la faire bouillir correctement, la laisser refroidir et ensuite la conserver dans des récipients propres. Je conseille de ne pas boire directement l’eau d’un forage, d’un puits ou d’une autre source sans prendre cette précaution.

Certaines familles ont des bébés mais n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau conditionnée. Peuvent-elles donner de l’eau chlorée à leurs enfants ?

Non, je ne le conseille pas si le dosage du chlore n’est pas maîtrisé. Le conseil que je peux donner à ces familles, il faut faire bouillir correctement la quantité d’eau nécessaire, la laisser refroidir, puis la conserver dans des récipients propres ou au réfrigérateur et la consommer au moment voulu. C’est le conseil que je peux donner pour éviter les maladies, surtout les maladies diarrhéiques et la fièvre typhoïde.

Vous avez évoqué les différences entre les populations rurales et urbaines. Quelles sont les personnes qui seraient les plus exposées ?

Les personnes vivant dans les villes sont particulièrement exposées. Une grande partie de notre population vit en milieu rural. Dans les villages et certaines sous-préfectures, les populations utilisent souvent des sources d’eau différentes.

Les personnes qui vivent depuis longtemps dans les zones rurales sont habituées à leur environnement. Cela ne signifie pas que leur eau est sans risque, mais elles ont l’habitude de certaines conditions.

Qu’en est-il des populations urbaines qui sont habituées à l’eau traitée ?

Dans les grandes villes, les populations sont davantage habituées à l’eau traitée. Lorsqu’elles consomment une eau de qualité différente sans précaution, elles peuvent développer plus facilement certains troubles digestifs.

Quelles garanties devraient être mises en place pour que l’interdiction des sachets d’eau ne se traduise pas par un nouveau problème de santé publique ?

La santé est d’abord une responsabilité individuelle et collective. C’est pourquoi je salue les initiatives qui permettent de sensibiliser et d’informer la population. Pour ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir des bidons ou de l’eau conditionnée, il faut faire bouillir l’eau provenant des forages, des puits ou des pompes avant de la consommer.

Vous prenez une marmite d’eau et vous la mettez sur le feu. Il faut la porter à ébullition pendant plusieurs minutes. La majeure partie des bactéries est ainsi éliminée. Ensuite, vous laissez refroidir l’eau, vous la conservez dans un récipient propre et vous pouvez la boire.

C’est à la population de prendre certaines dispositions. Mais l’État doit également mettre les moyens à la disposition du service chargé de l’eau pour que l’adduction d’eau soit davantage développée et que l’eau distribuée soit correctement traitée. Les forages doivent aussi être régulièrement inspectés et l’eau qui en provient doit être contrôlée et, si nécessaire, traitée avant sa consommation. C’est également un devoir de l’État.