Le 20 août 2025, un tragique glissement de terrain a frappé Manéah, dans la préfecture de Coyah. La catastrophe a fait 19 morts et 12 blessés, tandis que plusieurs personnes sont toujours portées disparues. Plus d’une vingtaine de bâtiments ont également été touchés ou ensevelis. Près d’une centaine de familles ont, par ailleurs, été sommées de quitter les lieux par mesure de précaution.
Un an après le drame, les conséquences de la catastrophe continuent de peser lourdement sur les familles sinistrées. Difficultés de logement, charges familiales, problèmes financiers et traumatisme lié à la perte de proches rythment leur quotidien. Leur principale revendication reste inchangée : être relogées sur le site qui leur avait été promis par le gouvernement.
Sur les lieux du drame, les stigmates de la catastrophe restent visibles. Les vestiges de plusieurs habitations, entièrement ensevelies sous la boue et la terre, témoignent encore de la violence du glissement de terrain. Derrière ces ruines se dessine une autre réalité : celle de familles contraintes de reconstruire leur vie loin de leurs maisons, avec des ressources limitées et sans perspective claire quant à leur relogement.
« L’État ne vous abandonne pas ». Cette promesse avait été faite aux sinistrés par Ibrahima Kalil Condé, alors ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, au lendemain du drame.
Le ministre avait notamment annoncé la mise à disposition d’un site destiné au relogement des familles sinistrées. « Il y a un site qui est déjà réservé, qui est en cours d’aménagement par le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. Chaque famille bénéficiera d’un titre foncier, selon le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat. Ne retournez plus sur le site du drame. Je vous demande d’observer de la patience une fois de plus. L’État ne vous abandonne pas », avait déclaré Ibrahima Kalil Condé.
Un an plus tard, les sinistrés affirment toutefois ne toujours pas connaître la localisation de ce site ni disposer d’informations précises sur son état d’avancement.

Pour Alpha Cissé, porte-parole des sinistrés, le drame a profondément bouleversé la vie de la communauté. « Depuis qu’on a été victimes de cette tragédie, nous sommes confrontés à plusieurs problèmes. Aujourd’hui, nous faisons face à des problèmes de logement et de travail. L’année passée, on était tous ici en parfaite harmonie. À cause de cette tragédie, nous sommes dispersés. Certains sont partis par-ci, d’autres par-là. »
La catastrophe a également laissé plusieurs familles lourdement endeuillées. « Koto Oury a perdu sept membres de sa famille, N’Faly Kourouma a également perdu trois membres. Il y a aussi Sékou Kourouma, qui était célibataire, et qui a perdu la vie ce jour-là. La famille de Mory Kourouma a perdu quatre membres. La famille de monsieur Baldé a également perdu sept membres. »
À ces familles endeuillées s’ajoutent celles dont les maisons ont été endommagées ou qui ont été contraintes de quitter les lieux par mesure de précaution. Vingt-quatre familles n’ont enregistré aucun décès, mais leurs habitations ont été endommagées. Plus de 90 autres familles victimes n’ont enregistré ni décès ni dégâts sur leurs maisons, mais ont tout de même été invitées par l’État à quitter les lieux par mesure de précaution.
Une aide financière rapidement épuisée
Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, les sinistrés avaient été hébergés dans l’enceinte du camp militaire de Manéah. Par la suite, le gouvernement leur a accordé une aide financière destinée notamment à couvrir les frais de logement et les besoins quotidiens pendant une année.
Selon les témoignages recueillis sur place, les familles ayant enregistré des décès ont reçu 40 millions de francs guinéens, tandis que celles n’ayant enregistré aucun décès ont bénéficié de 30 millions.
Pour Alpha Cissé, cette aide s’est révélée insuffisante au regard des charges auxquelles les familles doivent faire face. « Quand le drame s’est produit, on a été hébergés dans l’enceinte du camp militaire pendant plusieurs jours. Après, on pensait qu’on allait nous trouver un autre lieu où nous pourrions tous habiter. Quelque temps après, le gouvernement a remis 40 millions à chaque famille ayant enregistré des morts et 30 millions aux familles qui n’en avaient pas enregistré. Ce montant était destiné à assurer les frais de loyer, d’électricité, de nourriture, bref, toutes les dépenses pendant un an, selon le gouvernement. »
Il poursuit : « Aujourd’hui, ce montant est fini depuis longtemps pour la plupart des familles. Moi, par exemple, je loge, nourris et habille 21 personnes. Cet argent n’a même pas fait trois mois avec moi. Si j’achète un sac de riz, après 15 jours, il est vidé. »
Le porte-parole des sinistrés déplore également ce qu’il considère comme un manque de suivi de la part des autorités. « Quand on a quitté le camp militaire et commencé à payer le loyer, Ibrahima Kalil Condé, qui était ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation à l’époque des faits, avait déclaré qu’un site était en train d’être aménagé pour nous. Depuis ce jour, aucun membre du gouvernement n’est venu nous voir. »
Selon lui, même l’intermédiaire chargé de faciliter les échanges entre les sinistrés et les autorités ne répondrait plus à leurs sollicitations. « L’ANGUICH, qui était l’intermédiaire entre nous et le gouvernement, ne répond même plus à nos appels téléphoniques. On les a appelés plusieurs fois depuis que nous avons quitté le camp militaire, sans succès. Pourtant, ce sont eux qui sont chargés de mieux gérer ce dossier. »
Face à cette situation, Alpha Cissé appelle à une intervention urgente de l’État. « Aujourd’hui, nous souffrons énormément. Nous demandons au gouvernement de nous venir en aide de façon urgente afin de nous reloger sur le site qui nous a été promis par le ministre Ibrahima Kalil Condé. À défaut, si le gouvernement sait qu’on peut revenir vivre ici sans risque, qu’il nous laisse revenir. Mais nous sommes à l’écoute du gouvernement matin et soir. »
Des familles toujours confrontées au poids du loyer

Parmi les victimes, N’Faly Kourouma a perdu trois membres de sa famille lors du glissement de terrain. Avant la catastrophe, il vivait dans sa propre concession. « Avant le drame, j’habitais dans ma propre concession. Il y avait trois chambres, un salon, deux douches et un magasin. Quand l’État nous a donné les 40 millions, je suis parti habiter dans une maison à Friguiadi où je paie un million de francs guinéens chaque mois comme loyer. Ça aussi, c’est par pitié, puisque le propriétaire a vraiment eu pitié de moi. Sinon, la valeur de la maison dépasse un million. »
À l’approche de la fin de la période couverte par l’aide, il dit craindre de ne plus pouvoir assumer les charges de sa famille. « Aujourd’hui, nous demandons à l’État de nous venir vite en aide avant que l’année ne se termine, pour ne pas commencer à prendre nous-mêmes les frais de loyer en charge. Car, à part le loyer, nous avons beaucoup d’autres problèmes, notamment la scolarité des enfants. »

Pour Mory Kourouma, l’aide financière accordée par l’État n’a pas permis de répondre durablement aux besoins des familles. « Les 40 millions que l’État nous a donnés pour assurer la prise en charge des frais de loyer pendant un an, j’en ai juste le nom. En réalité, vu les conditions de vie actuelles, ce montant est très insuffisant. De Conakry à Coyah, tu ne trouveras aucune maison de deux ou trois chambres sans payer au minimum 1,5 million ou 2 millions de francs guinéens. »
Il déplore également l’absence de concrétisation des promesses faites aux sinistrés. « Tout ce que le ministre Ibrahima Kalil Condé nous a promis, on n’a encore rien vu. D’ailleurs, là où je suis actuellement, je ne pense même pas à me marier. Compte tenu de ma situation actuelle, si je me marie, ce ne sera pas bon. »
« Nous ne connaissons ni son nom, ni le lieu »

Sory Konaté montre l’endroit où se trouvait autrefois sa maison. Comme beaucoup d’autres sinistrés, il affirme avoir tout perdu. « Là où je suis arrêté, c’est là que se trouvait ma maison de trois chambres et un salon. Le jour où on nous a remis les 40 millions dans l’enceinte du camp militaire de Manéah, le ministre Ibrahima Kalil Condé avait annoncé qu’un site était en cours d’aménagement et que nous allions y être relogés. Quelque temps après, on a tout fait pour rencontrer le ministre, sans succès. Le site qu’il nous a promis, nous ne connaissons ni son nom, ni le lieu, encore moins son emplacement. »
Pour lui, les pertes vont bien au-delà des biens matériels. « À part les parents qu’on a perdus ce jour-là, c’est le fruit de durs labeurs de plusieurs années qui est parti. Aujourd’hui, nous n’avons pas de maisons. Là où j’habite, je paie deux millions de francs guinéens chaque fin de mois. Nous sommes à la disposition de l’État. Qu’il nous vienne en aide pour nous sortir de cette souffrance. »

Sayon Condé, lui aussi victime, explique que le départ du camp militaire a marqué le début d’une nouvelle période de difficultés. « Après le glissement, on a été hébergés au camp militaire de Manéah pendant plusieurs jours. Quelques jours après, on nous a dit que les civils et les militaires ne pouvaient pas rester ensemble. C’est ainsi que l’État a remis 40 millions aux familles qui avaient perdu des personnes et 30 millions à celles qui n’avaient pas enregistré de décès. »
Aujourd’hui, Sayon Condé paie 1,3 million de francs guinéens par mois pour une maison qu’il partage avec une famille nombreuse. « Là où j’habite actuellement avec ma famille, je paie 1,3 million chaque fin de mois. C’est une maison qui comporte trois chambres, un salon et un magasin. J’ai deux femmes, trois enfants, plus ma jeune sœur que j’héberge, ainsi que mes deux jeunes frères qui sont tous sous mon toit.»
Selon lui, l’annonce du site de relogement avait suscité beaucoup d’espoir parmi les victimes. « Le jour où le ministre Ibrahima Kalil Condé et les membres du gouvernement sont venus au camp pour nous remettre ces montants, il nous a promis un site en cours de construction où nous allions habiter. Mais, à ce jour, nous ne savons pas où se trouve le site en question et il n’y a jamais eu d’annonce officielle à la télévision nationale. »
Il ajoute : « Aujourd’hui, nous croyons au gouvernement. En tant que victimes de ce drame, l’État est notre premier assistant, ensuite viennent les bonnes volontés. S’il y a des aides qui sont en cours, que l’État les mette à disposition maintenant. »
PIbrahima Sory Diallo
Ibrahima Sory Diallo affirme, pour sa part, avoir passé plusieurs mois au camp militaire avant de recevoir l’aide destinée à permettre aux familles de se reloger. « Nous avons passé huit mois au camp militaire de Manéah. Quelque temps après, on nous a remis 30 millions pour aller chercher un logement. Les 30 millions sont insuffisants parce que nous devons payer le loyer avec ce montant, mais aussi nourrir les membres de la famille, qui sont au nombre de 12 personnes. »
Il affirme également que certaines promesses concernant la prise en charge des frais de scolarité n’auraient pas été tenues. « Les autorités nous avaient promis de prendre en charge les frais de scolarité des enfants. Mes enfants étudient dans une école privée. J’ai utilisé une partie des 30 millions pour payer leurs frais de scolarité pendant trois mois. »
Aujourd’hui, il dit même préférer retrouver son ancienne concession, si les autorités estiment que cela est possible. « J’habite actuellement avec ma famille dans une maison de trois chambres, un salon et une douche. Aujourd’hui, je préfère revenir vivre dans ma maison si l’État l’accepte, car ma concession est un peu éloignée du lieu du glissement. Parce qu’on connaît tous les promesses. »
Si l’aide financière de l’État a permis, dans un premier temps, à plusieurs familles de faire face aux dépenses les plus urgentes, les sinistrés restent aujourd’hui confrontés à une double épreuve : le traumatisme de la catastrophe et la précarité engendrée par la perte de leurs logements et de leurs moyens de subsistance.
Un an après le drame de Manéah, leurs attentes restent donc les mêmes : obtenir des réponses concrètes sur le site de relogement annoncé par les autorités, bénéficier d’un accompagnement durable et, surtout, retrouver un cadre de vie stable.
Sur les lieux du drame, la terre porte encore les traces de la catastrophe. Mais pour les familles sinistrées, le plus difficile reste peut-être de reconstruire une vie qui, un an après, demeure suspendue à une promesse : celle d’un nouveau toit.

