Paludisme en Guinée : les conseils du Dr Édouard Tolno pour se protéger pendant la saison des pluies

10 min de lecture

En Guinée, la saison des pluies s’accompagne chaque année d’une recrudescence des cas de paludisme. Cette maladie, qui reste l’une des premières causes de consultation dans les structures de santé, touche particulièrement les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Pourquoi le risque augmente-t-il pendant cette période ? Quels sont les premiers signes à ne pas négliger ? Comment se protéger efficacement et éviter les formes graves ?
Dans cet entretien accordé à Guinee360, le Dr Édouard Tolno, médecin généraliste au Centre médico-communal (CMC) de Ratoma, explique les mécanismes de transmission du paludisme, alerte sur les dangers de l’automédication et partage les gestes essentiels à adopter pour se protéger pendant la saison des pluies.

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Guinee360 : Qu’est-ce que le paludisme ?

Dr Édouard Tolno : Le paludisme est une maladie parasitaire causée par un parasite appelé Plasmodium. Il est transmis à l’homme par la piqûre de l’anophèle femelle, le moustique vecteur de la maladie. Lorsqu’il prend un repas sanguin pour assurer la maturation de ses œufs, ce moustique inocule le parasite dans l’organisme humain, provoquant ainsi le paludisme.

Nous sommes en pleine saison des pluies, une période marquée par une recrudescence des cas de paludisme. Comment expliquez-vous cette situation ?

La saison des pluies favorise la prolifération de l’anophèle femelle, principal vecteur du paludisme. Plus la population de moustiques augmente, plus le risque de transmission de la maladie est élevé.
Les pluies entraînent également la formation d’eaux stagnantes, qui constituent des gîtes de reproduction idéaux pour les moustiques. Avec les intempéries, ces insectes se rapprochent davantage des habitations, augmentant ainsi les contacts avec les populations.

 Le paludisme reste aujourd’hui la première cause de consultation dans de nombreux centres de santé. Pourquoi ?

C’est avant tout une réalité épidémiologique. La Guinée est située en zone tropicale, où le paludisme est une maladie endémique, présente toute l’année.
Cette forte prévalence est également liée au relâchement des mesures de prévention. Beaucoup de personnes n’utilisent plus régulièrement les moustiquaires imprégnées d’insecticide et ne se protègent pas suffisamment contre les piqûres de moustiques, notamment au crépuscule.
Par ailleurs, toute fièvre est souvent assimilée à un paludisme, alors qu’elle peut être liée à d’autres maladies. C’est pourquoi il est indispensable de confirmer le diagnostic par un test avant de commencer un traitement.

Quels sont les signes qui doivent pousser à consulter rapidement ?

Le principal signe d’alerte est la fièvre, généralement intermittente au début de la maladie. Elle peut s’accompagner de frissons, de courbatures, de vomissements, de vertiges, de douleurs articulaires et d’une grande fatigue.
Dès l’apparition de ces symptômes, il est recommandé de consulter rapidement un professionnel de santé afin de bénéficier d’un diagnostic fiable et d’une prise en charge adaptée.

Quels examens permettent de confirmer un cas de paludisme ?

Devant une suspicion de paludisme, nous commençons par un interrogatoire et un examen clinique. Ensuite, nous réalisons systématiquement un test de diagnostic rapide (TDR) ou une goutte épaisse, les deux examens recommandés par le Programme national de lutte contre le paludisme.
Selon l’état clinique du patient, des examens complémentaires comme une glycémie ou un hémogramme peuvent être demandés. Toutefois, seuls le TDR et la goutte épaisse permettent de confirmer le diagnostic.
Une fois le résultat positif obtenu, le traitement est immédiatement instauré, selon qu’il s’agit d’un paludisme simple ou d’une forme grave.

 Beaucoup de personnes banalisent la fièvre. Comment distinguer un paludisme d’un simple état grippal ?

Les deux maladies ont en commun la fièvre, mais elles présentent des différences.
La grippe survient généralement dans un contexte épidémique et s’accompagne souvent d’un écoulement nasal, d’éternuements, de maux de gorge et d’une toux.
Le paludisme, lui, provoque surtout une forte fièvre, des frissons, des courbatures et une grande fatigue. Les signes respiratoires sont généralement absents au début.
Cependant, le diagnostic ne doit jamais reposer uniquement sur les symptômes. Il doit être confirmé par un TDR ou une goutte épaisse.

Pourquoi est-il important d’éviter l’automédication ?

 L’automédication peut avoir de graves conséquences. En retardant la consultation ou en prenant des médicaments inadaptés, le patient risque de voir un paludisme simple évoluer vers une forme grave.
Cette évolution dépend aussi de l’état immunitaire du malade. Les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes, les personnes vivant avec le VIH, les diabétiques ou celles souffrant d’autres maladies chroniques sont particulièrement exposées aux complications.
Le traitement d’un paludisme grave est beaucoup plus complexe. Il peut nécessiter une hospitalisation, voire une prise en charge en réanimation en cas de coma ou d’état de choc.
C’est pourquoi il est essentiel de consulter dès les premiers symptômes et de confirmer le diagnostic avant toute prise de traitement.

Quelles sont les personnes les plus vulnérables ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé et le Programme national de lutte contre le paludisme, les principales personnes à risque sont les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les sujets non immunisés.

Qui sont ces sujets non immunisés ?

Il s’agit, par exemple, d’une personne qui a toujours vécu en Europe ou aux États-Unis et qui vient pour la première fois en Guinée. Son organisme n’a jamais été exposé au parasite et elle est donc plus susceptible de développer une forme grave.
Il en est de même pour une personne ayant quitté la Guinée pendant plusieurs années. En l’absence d’exposition régulière au parasite, l’immunité acquise diminue progressivement.

Pourquoi ces personnes développent-elles plus facilement des formes graves ?

Parce qu’elles ne disposent plus d’une protection immunitaire suffisante contre le parasite. Elles sont donc plus vulnérables et présentent un risque accru de développer des complications.

Quels sont les gestes les plus simples pour se protéger et protéger sa famille ?

La première mesure reste l’utilisation systématique de la moustiquaire imprégnée d’insecticide. J’insiste sur le mot systématique. Il ne suffit pas de l’utiliser de temps en temps. Une seule nuit sans moustiquaire peut suffire pour être piqué par un moustique infecté.
Il est également conseillé de porter des vêtements couvrants au crépuscule, d’utiliser des répulsifs cutanés ainsi que des insecticides ou des serpentins à domicile. Toutes ces mesures participent à la lutte contre les moustiques.

Au-delà de la protection individuelle, quelles mesures les familles peuvent-elles prendre autour de leur habitation ?

 L’assainissement de l’environnement est essentiel. Il faut éliminer les flaques d’eau, vider les récipients pouvant retenir l’eau, se débarrasser des pneus usagés, des bouteilles et des bidons abandonnés.
La prévention repose avant tout sur la réduction des piqûres de moustiques. Sans piqûre d’un moustique infecté, il n’y a pas de transmission du paludisme.

Existe-t-il des médicaments pour prévenir le paludisme ?

Dr ÉdouaOui. Il existe la chimioprophylaxie, qui consiste à administrer des médicaments préventifs à certaines catégories de personnes.
Les femmes enceintes reçoivent notamment de la sulfadoxine-pyriméthamine (Fansidar) lors des consultations prénatales, conformément aux recommandations nationales. Les enfants de moins de cinq ans bénéficient également de traitements préventifs selon les stratégies mises en œuvre par le Programme national de lutte contre le paludisme.
La chimioprophylaxie est également indiquée chez certains voyageurs se rendant dans des zones d’endémie palustre.

Quel rôle les autorités sanitaires doivent-elles jouer ?

Elles doivent poursuivre les campagnes d’information, d’éducation et de sensibilisation à travers les médias et les structures communautaires.
Elles doivent également renforcer les actions de lutte anti-vectorielle, notamment par des campagnes de pulvérisation d’insecticides dans certaines zones lorsque cela est indiqué, et rappeler en permanence que la prévention reste le moyen le plus efficace de lutter contre le paludisme.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser à la population ?

Pendant la saison des pluies, le paludisme n’est pas la seule menace. Les maladies hydriques sont également fréquentes.

J’invite donc la population à redoubler de vigilance, à se laver régulièrement les mains, à consommer de l’eau potable, à privilégier une alimentation saine et à consulter rapidement une structure de santé dès l’apparition des premiers symptômes afin d’éviter les complications.