Condamné en décembre 2024 à cinq ans d’emprisonnement par la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), l’ancien ministre de la Défense, Dr Mohamed Diané, fait face à de nouvelles réquisitions plus lourdes en appel. À l’audience de ce jeudi 23 juillet, le parquet a demandé à la chambre des appels de porter la peine à dix ans de prison, assortie d’une amende de 50 milliards de francs guinéens et de la confiscation de ses biens.
Premier à intervenir, Me Pépé Antoine Lamah, avocat de l’État guinéen, a déposé des conclusions écrites avant de défendre les intérêts de la partie civile.
Selon lui, les infractions de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux sont suffisamment établies.
« Nous demandons à la Cour de confirmer le jugement entrepris », a plaidé Me Lamah, tout en sollicitant une extension des mesures de confiscation aux biens immobiliers enregistrés au nom de l’épouse et des enfants de Dr Mohamed Diané.
L’avocat a précisé avoir produit devant la Cour la liste des biens concernés. En revanche, il a demandé que le domaine agricole de Baladou, dans la sous-préfecture de Gbérédou-Baranama, soit exclu des mesures de confiscation.
« Ce domaine appartient légalement à la société Diaouné et Frères », a-t-il soutenu.
Il a également sollicité la mise hors de cause des biens appartenant à Sékou Kaké, estimant que leur situation fait déjà l’objet d’une procédure distincte devant une autre formation de la chambre des appels.
Le parquet maintient les accusations
Prenant ensuite la parole, le substitut du procureur spécial, Biwon Millimouno, a estimé que les charges retenues contre l’ancien ministre étaient pleinement caractérisées.
Le magistrat est notamment revenu sur le marché d’acquisition de pick-up militaires attribué à Djoma Group SA pour un montant de 11 milliards de francs guinéens, estimant que les règles de passation des marchés publics n’avaient pas été respectées.
S’agissant de l’enrichissement illicite, le parquet a soutenu que les revenus déclarés par Dr Mohamed Diané ne pouvaient expliquer l’importance de son patrimoine immobilier.
« Les traitements de ministre, de ministre d’État et les différentes indemnités perçues ne permettent pas de justifier les nombreux biens acquis à son nom ainsi qu’à ceux de son épouse et de ses enfants », a soutenu le représentant du ministère public.
Le parquet a également rappelé que Dr Mohamed Diané occupait des fonctions stratégiques sous le régime de l’ancien président Alpha Condé, notamment comme ordonnateur principal du budget du ministère de la Défense et ordonnateur délégué des crédits du budget de souveraineté de la Présidence.
Le ministère public lui reproche en outre un cumul irrégulier de rémunérations.
« Il se faisait passer pour un cadre de la Cour suprême et percevait un salaire en parallèle de ses fonctions gouvernementales », a affirmé Biwon Millimouno, évoquant un montant de 900 millions de francs guinéens par mois entre 2015 et 2021.
Dix ans de prison requis
Au terme de ses réquisitions, le parquet a demandé à la chambre des appels de condamner Dr Mohamed Diané à 10 ans d’emprisonnement, à une amende de 50 milliards de francs guinéens ainsi qu’à la confiscation de l’ensemble de ses biens mobiliers et immobiliers, y compris ceux enregistrés au nom de tiers considérés par l’accusation comme des prête-noms.
Rappel du jugement de première instance
Pour mémoire, le 18 décembre 2024, la chambre de jugement de la CRIEF avait condamné Dr Mohamed Diané à cinq ans d’emprisonnement, à une amende de cinq milliards de francs guinéens et à la confiscation d’une grande partie de son patrimoine.
Sur l’action civile, il avait également été condamné à verser 500 milliards de francs guinéens à l’État à titre de dommages et intérêts.
Au moment de la publication de cet article, l’audience se poursuivait et la Cour n’avait pas encore rendu sa décision.

