Une enquête de l’ONG Global Initiative Against Transnational Organized Crime met en lumière une recomposition profonde des routes mondiales de la cocaïne. L’Afrique de l’Ouest y apparaît désormais comme un hub stratégique du trafic à destination de l’Europe.
Le 1er mai 2026, la Garde civile espagnole a intercepté une cargaison exceptionnelle de cocaïne à bord d’un vraquier battant pavillon des Comores. Le navire aurait quitté Freetown, en Sierra Leone, avec pour destination Benghazi, en Libye.
Selon les enquêteurs, cette opération constitue la plus importante saisie individuelle jamais réalisée. Elle ne s’est pas déroulée dans les zones traditionnellement associées au narcotrafic mondial, comme les côtes colombiennes ou mexicaines, mais au large du Sahara occidental, près de Dakhla.
Le rapport précise que la cargaison aurait très probablement été embarquée en Sierra Leone, avant d’être transférée vers de plus petites embarcations rapides à proximité des îles Canaries, puis potentiellement redistribuée vers les côtes européennes.
L’enquête met en évidence un schéma récurrent de navigation impliquant le navire Arconian. Ce dernier aurait circulé entre plusieurs ports de la région, notamment Dakar, Bissau, Abidjan, Kaolack et Cotonou.
“Ces dernières années, l’Arconian a régulièrement navigué entre plusieurs ports d’Afrique de l’Ouest, notamment Dakar (Sénégal), Bissau (Guinée-Bissau), Abidjan (Côte d’Ivoire), Kaolack (Sénégal) et Cotonou (Bénin)”, indique le rapport.
Les analyses de trajectoires maritimes suggèrent une méthode récurrente : des navires cargos partent de la Sierra Leone ou de zones proches, stationnent au large du Maroc ou des îles Canaries, avant de poursuivre vers l’Afrique du Nord.
Les enquêteurs se sont rapidement intéressés à Jos Leijdekkers, présenté comme un acteur central du réseau.

Recherché par les autorités néerlandaises et belges, il vivrait en Sierra Leone depuis 2022. Il a été aperçu en février 2025 aux côtés de la fille du président sierra-léonais, selon les éléments de l’enquête.
Le rapport affirme que son réseau exploiterait plusieurs navires cargos pour organiser des flux réguliers de cocaïne entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.
L’étude souligne une accélération nette depuis 2019 : les flux de cocaïne transitant par l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe auraient fortement augmenté, avec une progression estimée de 2,4 tonnes en 2024 à 5,6 tonnes en 2025, selon le MAOC-N.
Autre évolution majeure : le déplacement des points de départ en Amérique du Sud, du Brésil vers le Suriname et le Guyana, depuis 2023.
En Afrique de l’Ouest, les zones de largage se concentrent entre le Ghana et le Sénégal, avec une montée en importance notable de la Sierra Leone depuis 2025.
Selon une organisation internationale de maintien de l’ordre, les saisies de cocaïne non conteneurisée auraient été multipliées par sept entre 2022 et 2024, atteignant 352 tonnes.
À l’inverse, les saisies de cocaïne conteneurisée sur les routes ouest-africaines diminuent fortement : seules quatre opérations de ce type ont été enregistrées depuis début 2025, toutes à Lagos, au Nigeria.
Cette enquête confirme ainsi une mutation structurelle des routes mondiales de la cocaïne, avec une Afrique de l’Ouest de plus en plus intégrée aux circuits logistiques reliant l’Amérique du Sud à l’Europe.

