Le verdict rendu ce lundi 27 juillet 2026 dans le dossier du colonel Bienvenue Lamah, poursuivi dans le cadre du procès des massacres du 28 septembre 2009, suscite des réactions contrastées au sein du monde judiciaire. Acquitté par le tribunal criminel de Dixinn, l’officier a obtenu sa remise en liberté immédiate après près de quatre années de détention à la Maison centrale de Coronthie.
La juridiction a estimé que les éléments présentés par le ministère public ne permettaient pas d’établir, au-delà du doute raisonnable, la responsabilité pénale du colonel Lamah dans les crimes contre l’humanité et les faits liés à la responsabilité de commandement qui lui étaient reprochés.
Dans sa décision, le tribunal a relevé l’absence de preuves matérielles permettant d’établir sa présence au stade du 28 septembre ou dans ses environs immédiats au moment des faits. Les juges ont également souligné des contradictions dans certains témoignages à charge et l’absence d’éléments objectifs venant confirmer les accusations.
Du côté de la défense, le verdict est accueilli comme une victoire judiciaire. Me Zézé Kalivogui, avocat du colonel Bienvenu Lamah, exprime sa satisfaction après plusieurs années de procédure.
« C’est une immense émotion qui m’anime en ce moment, une joie immense, dans la mesure où les faits qui étaient articulés contre notre client étaient extrêmement graves, au regard des atrocités qui se sont produites au stade du 28 septembre », a déclaré l’avocat.
Pour lui, la défense a réussi à démontrer que les poursuites reposaient principalement sur une erreur d’appréciation liée au statut supposé de son client.
« Tout a tourné autour de sa qualité, parce qu’on a supposé qu’il était le directeur du centre de formation de Kaleya. Les débats ont démontré que ce n’était pas le cas. Le colonel Bienvenu Lamah n’a jamais été directeur de ce centre », a-t-il expliqué.
L’avocat rappelle également que son client avait déjà bénéficié, dans une précédente procédure, d’une décision judiciaire écartant certaines accusations.
Selon Me Kalivogui, les déclarations de certains témoins, notamment celles de Soumaoro, ont également été fragilisées par des variations dans leurs propos au cours des débats.
« C’est tout à fait normal que nous soyons aujourd’hui contents parce que nous pensons que le droit a été dit et que la justice a été rendue », a-t-il affirmé.
Revenant sur les années passées en détention par son client, l’avocat précise que la défense va désormais examiner les prochaines étapes judiciaires.
« Il a passé pratiquement trois ans et huit mois en détention pour des faits qu’il n’a pas commis. Nous allons nous entretenir avec lui pour déterminer la démarche à adopter », a-t-il indiqué.
La partie civile dénonce une décision « inique » et annonce un appel
Une tout autre lecture du verdict est faite par la partie civile. Me Bernard Saa Dissi Millimouno conteste fermement la décision rendue par le tribunal et annonce l’introduction d’un recours.
Pour l’avocat des victimes, le jugement constitue une mauvaise appréciation des faits et du droit applicable.
« La justice n’est jamais une quête définitive, c’est une conquête permanente. Aujourd’hui, nous avons assisté à une décision inique, rendue sur la base d’une appréciation erronée des faits et des textes qui s’appliquent au cas d’espèce », a-t-il déclaré.
La partie civile entend donc poursuivre la bataille judiciaire devant une juridiction supérieure.
« Nous allons immédiatement faire appel. Au regard du Code de procédure pénale, lorsque la partie civile fait appel, le ministère public est également appelé à faire appel. Avec ces recours, le procès va reprendre totalement devant la Cour d’appel de Conakry », a annoncé Me Millimouno.
L’acquittement du colonel Bienvenu Lamah ouvre ainsi une nouvelle phase dans ce dossier historique, marqué par des années de procédure et de fortes attentes des victimes. Alors que la défense célèbre une décision présentée comme une réhabilitation judiciaire, la partie civile entend poursuivre son combat pour obtenir une nouvelle appréciation des faits.
Le dernier mot pourrait donc revenir à la Cour d’appel de Conakry, appelée à se prononcer après les recours annoncés.

