L’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a été entendu ce lundi 8 juin 2026 depuis son lit d’hôpital à la clinique Pasteur par la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Au sortir de l’audience, tenue à huis clos, l’avocat de l’Agent judiciaire de l’État, Me Amadou Babein Camara, a fait un point sur la l’évolution du dossier. “Le parquet et la partie civile ont posé des questions et le débat a été clos aujourd’hui. L’affaire a été envoyée au jeudi 11 juin pour réquisitoire et plaidoirie”
L’un des points centraux de l’audience concernait la demande formulée par l’ancien Premier ministre. “Monsieur Kassory est toujours alité et il voudrait vraiment qu’il lui soit permis de sortir du territoire pour aller se faire soigner à l’extérieur. Le parquet ne s’est pas opposé, de même que la partie civile, parce que c’est une question de santé. L’État guinéen accorde du respect aux principes sacro-saints, comme celui de la santé de tout individu. Donc, on n’a pas trouvé d’objection à ce qu’il puisse aller se faire soigner à l’extérieur.”
Interrogé sur un éventuel changement de position de l’institution judiciaire, l’avocat a ajouté : “Non, l’État ne s’est jamais opposé à ce que quelqu’un aille se faire soigner. Vous savez, nous en tant que partie civile, ce que nous réclamons, ce sont les intérêts civils. Mais pour une raison ou une autre, le parquet peut s’opposer s’il n’a pas de garantie par rapport à quelqu’un. Mais si le parquet a des garanties, il ne peut pas s’opposer à ce que la personne puisse aller se faire soigner ou prendre des mesures coercitives.”
Concernant les garanties dans ce dossier, Me Camara a évoqué des avoirs saisis par l’État. “Nous, nous avons des garanties, parce qu’il y a des comptes qui sont saisis, qui sont bien garnis. Nous, nous avons des garanties. Maintenant, pour les garanties du parquet, c’est le parquet qui les sait. Là, je ne peux pas parler au nom du parquet.”
De son côté, Me Bérété, avocat de l’ancien Premier ministre, a salué le déroulement de la procédure et la tenue des débats malgré l’état de santé de son client. “Il y a longtemps, il a bénéficié de la liberté. La personne qui a été libérée, c’est une mesure d’exécution qui reste. Ça, ce n’est même pas l’objet de notre débat. Nous, on est satisfaits. Pourquoi ? C’est qu’on a tout fait au premier degré, étant gravement malade.”
Il a également salué la décision de la juridiction de se déplacer auprès du prévenu. “Que le tribunal puisse accepter de venir vers lui conformément à la loi. Chose qui a été obtenue et exécutée. Kassory a eu de la chance et a été à même de se défendre contradictoirement. C’est ce qui est important. Le reste, maintenant, par rapport à l’état de santé, c’est confidentiel. Le rendez-vous, c’est dans la salle d’audience le jeudi, par rapport aux réquisitions et plaidoiries.”
Sur la question de l’évacuation sanitaire, la défense estime que le débat reste ouvert. “La décision par rapport à l’évacuation, ça, ce sera sur la table des discussions. Mais il est déjà libre. Là où il insiste, ce n’est pas à cause de son état de santé. Il peut valablement partir à la maison. Il n’y a pas de soucis par rapport à ça. Et par rapport à ses soins aussi. Quand on est malade, on doit être soigné, surtout dans un état de droit. C’est notre souci. Pour le moment, Kassory a eu la chance de se défendre et de discuter contradictoirement contre les charges qui ne sont même pas retenues.”
L’avocat a également évoqué les aspects financiers du dossier : “Les 15 milliards de condamnations, jusqu’à date, 13 milliards sont déjà aux trésors publics. Et il n’est pas l’administrateur ni coordonnateur du fonds ANIES, ni du fonds Mamry. Donc on ne s’inquiète pas dans ce dossier.”
Il a enfin insisté sur la liberté de circulation et les droits du prévenu. “S’il a eu la chance de se défendre, une fois que l’affaire est mise en débat, je crois qu’on n’a pas à se faire d’autres soucis. La liberté de situation, d’aller et de retour, est accordée à tous les citoyens du monde.”
Sollicité à la sortie de l’audience, le juge Alphonse Charles Wright a refusé tout commentaire sur le fond du dossier. “Je n’aime pas me prêter à vos micros. Je vous ai toujours promis que le débat concernant la procédure judiciaire se ferait à l’audience. Je reste fidèle à ce que j’ai dit.”
Accusé de détournement de deniers publics portant sur 15 milliards de francs guinéens, l’ex Premier ministre est placé sous mandat de dépôt depuis 2022.

