Enlèvement d’une fillette de trois ans : Fatimatou Diallo et Boubacar Keita fixés sur leur sort

7 min de lecture

Le tribunal de première instance de Dixinn a rendu son verdict dans l’affaire d’enlèvement d’une fillette de 3 ans, impliquant Fatimatou Diallo et Thierno Boubacar Keita, tous deux placés en détention depuis le 29 juillet 2022.

À l’issue des débats, le tribunal a déclaré Fatimatou Diallo coupable des faits d’enlèvement avant de la condamner à une peine d’emprisonnement déjà couverte par la durée de sa détention. En revanche, Thierno Boubacar Keita a été renvoyé des fins de la poursuite. Dans cette affaire, Abdoul Mazid Diallo, père de l’enfant, était constitué partie civile mais absent à l’audience.

- SMS NEWS -
SMS ALERTE - Mini Landing Page

📱 SMS ALERTE

L'actualité en direct sur votre mobile

🎉

3 JOURS GRATUITS

🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
Actus Express
📱
Par SMS
🌐
Sans Internet

Selon les éléments exposés à l’audience, Fatimatou Diallo travaillait comme employée domestique au sein de la famille de la victime. Profitant de l’absence de la mère de l’enfant, elle serait sortie avec la fillette sans donner d’explication.

Inquiets, les parents ont tenté de la joindre à plusieurs reprises, sans succès. Après plusieurs jours, le téléphone de la prévenue a finalement été rallumé. Une personne au bout du fil aurait alors confirmé que l’enfant était entre leurs mains et exigé le paiement de 15 millions de francs guinéens pour sa libération.

Dans l’espoir de retrouver leur fille, les parents ont accepté de coopérer. C’est lors du retrait de l’argent transféré que Thierno Boubacar Keita a été interpellé par les enquêteurs. À la barre, Fatimatou Diallo a livré une version différente des faits. Elle a affirmé avoir elle-même été victime d’un enlèvement.

Selon ses déclarations, elle était sortie avec la fillette pour effectuer un transfert d’argent lorsqu’elle se serait retrouvée dans un véhicule blindé en compagnie d’Alphadio Sow, alias “Wanco”, et d’autres individus. Elle dit avoir perdu connaissance avant d’être contrainte de collaborer.

De son côté, Thierno Boubacar Keita a nié toute implication directe dans l’enlèvement. Il a expliqué qu’Alphadio Sow lui avait remis un téléphone afin d’effectuer un retrait d’argent. C’est, selon lui, dans ces circonstances qu’il aurait aperçu Fatimatou Diallo et l’enfant, avant d’être arrêté.

Le ministère public a rejeté les explications fournies par les prévenus, estimant qu’il s’agissait d’« un moyen de défense qui ne tient pas ». Le procureur a notamment mis en doute le récit de Fatimatou Diallo, s’interrogeant sur la nécessité d’emprunter un véhicule pour effectuer un simple transfert d’argent. Le parquet a également relevé que la prévenue n’avait jamais tenté d’alerter les parents de l’enfant malgré les occasions qui se seraient présentées à elle.

Pour le ministère public, les deux prévenus auraient agi de concert avec Alphadio Sow, toujours introuvable, dans le cadre d’un « enlèvement bien planifié », d’autant plus que l’enfant avait finalement été retrouvé sur un chantier.

« Le nommé Alphadio utilisait un autre numéro pour brouiller les pistes. Il appelait à l’aide du téléphone de Thierno Boubacar Keita », a soutenu le parquet.

Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé au tribunal de retenir les deux prévenus dans les liens de culpabilité pour enlèvement et complicité, conformément aux articles 19 et 303 du Code de procédure pénale, avant de requérir dix ans de réclusion criminelle contre chacun d’eux.

Assurant la défense des prévenus, Maître Houleymatou Bah a dénoncé une tentative du parquet de « dramatiser » l’affaire à travers une requalification des faits.

L’avocate a rappelé que ses clients étaient poursuivis pour enlèvement et complicité d’enlèvement, et non pour d’autres infractions évoquées au cours des débats.

Au cours de sa plaidoirie, la défense a également révélé que Fatimatou Diallo nourrissait l’ambition de rejoindre l’Europe. Selon un de ses conseils, la prévenue aurait rencontré une personne lui proposant un départ moyennant une somme de 15 millions de francs guinéens, soit le montant réclamé à la famille de la victime comme rançon. Estimant que son salaire d’employée domestique ne pouvait lui permettre de réunir une telle somme, Fatimatou Diallo aurait alors décidé d’enlever l’enfant afin d’obtenir les moyens de financer son projet de voyage.

La défense a également critiqué les conditions dans lesquelles la procédure a été conduite, affirmant que les prévenus n’avaient pas bénéficié d’une assistance juridique dès le début de l’enquête.

« Il a fallu la magnanimité des organisations soucieuses de la défense des citoyens pour que les deux prévenus puissent bénéficier d’un avocat, parce que l’État, à travers son représentant ici qui est le ministère public dans son rôle régalien, a failli », a-t-elle déclaré.

Concernant Thierno Boubacar Keita, la défense a estimé qu’aucun élément ne permettait d’établir sa complicité, soutenant qu’il ignorait l’usage qui devait être fait du téléphone prêté à son ami.

Maître Houleymatou Bah a par ailleurs plaidé la clémence du tribunal pour Fatimatou Diallo, mettant en avant la reconnaissance des faits par cette dernière. En cas de condamnation, elle a demandé que la peine soit confondue avec le temps déjà passé en détention.

Dans leurs derniers mots, les prévenus ont exprimé des regrets et sollicité le pardon du tribunal.

En larmes, Fatimatou Diallo a déclaré : « J’ai fait 4 ans en prison, j’ai beaucoup appris. Au début de cette affaire, toute ma famille, même mes parents, m’ont abandonnée. Lorsque les gens te conseillent, tu peux ne pas comprendre. Mais lorsque tu te conseilles toi-même, ce sont les vrais conseils. Aujourd’hui, je suis au regret. Je ne savais pas dans quel problème je me suis mêlée. Depuis qu’on m’a mise en détention, ma maman a fait une crise, elle est actuellement paralysée. Je demande aussi au tribunal de demander à Thierno Boubacar Keita, mon coaccusé, de me pardonner. Je lui demande pardon. »

Dans sa décision, le tribunal, statuant sur l’action publique, a renvoyé Thierno Boubacar Keita des fins de la poursuite pour insuffisance de charges.

En revanche, Fatimatou Diallo a été reconnue coupable des faits d’enlèvement. Le tribunal l’a condamnée à une peine d’emprisonnement équivalente au temps déjà passé en détention, ouvrant ainsi la voie à sa remise en liberté.