Chaque année en Guinée, la saison des pluies favorise la recrudescence de plusieurs maladies, notamment le paludisme, la fièvre typhoïde et les maladies diarrhéiques. Inondations, eaux stagnantes, insalubrité et contamination des sources d’eau augmentent les risques pour les populations. Dans cet entretien accordé à Guinee360, le Dr Édouard Tolno, médecin généraliste au Centre médical communal de Ratoma, explique les principaux dangers sanitaires liés à cette période, identifie les personnes les plus vulnérables et livre des conseils pratiques pour prévenir ces maladies et protéger toute la famille.
Guinee360 : La saison des pluies favorise la propagation de plusieurs maladies. Quelles sont les principales pathologies auxquelles les populations guinéennes doivent faire face durant cette période ?
Dr Édouard Tolno : La saison des pluies est une période particulièrement favorable à la prolifération de nombreuses maladies, notamment les maladies d’origine hydrique.
Parmi les plus fréquentes figurent les infections bactériennes, comme la fièvre typhoïde, dont les cas augmentent sensiblement à cette période en raison de la contamination des eaux, des mauvaises conditions d’hygiène et de l’insalubrité.
On observe également une recrudescence des maladies parasitaires, notamment les amibiases, les helminthiases et, bien sûr, le paludisme, qui demeure l’une des principales causes de consultation pendant cette saison.
À cela s’ajoutent certaines maladies fongiques, ou mycoses, provoquées par des champignons pathogènes. Celles-ci peuvent toucher le tube digestif, comme la candidose digestive due à Candida albicans, mais aussi la peau, notamment entre les orteils.
Enfin, certaines maladies virales sont également plus fréquentes pendant cette période, en particulier les hépatites virales A et E, qui se transmettent principalement par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés.
Quels sont les principaux risques auxquels les populations sont confrontées pendant cette période ?
Le principal risque est naturellement le risque sanitaire, c’est-à-dire celui de contracter l’une de ces maladies.
Les eaux de ruissellement jouent un rôle important dans leur propagation. Il arrive que des déchets ménagers ou des fosses septiques soient déversés ou débordent pendant les fortes pluies. Ces eaux contaminées se répandent ensuite dans plusieurs quartiers et deviennent de véritables foyers de transmission.
Les enfants sont particulièrement exposés, car ils jouent souvent dans les eaux stagnantes, s’y baignent ou entrent en contact avec ces eaux insalubres.
La contamination peut également toucher l’eau de consommation ainsi que les aliments, notamment les fruits et légumes consommés crus, comme les tomates, les concombres, les laitues ou les choux, lorsqu’ils ne sont pas correctement lavés et désinfectés.
À cela s’ajoutent le manque d’hygiène des mains et la prolifération des moustiques, qui favorisent l’augmentation des cas de paludisme.
Quels sont les signes d’alerte qui doivent pousser une personne à consulter rapidement un centre de santé ?
La diarrhée constitue l’un des premiers signes d’alerte. Elle est fréquente dans plusieurs des maladies observées pendant la saison des pluies.
Elle peut s’accompagner de douleurs abdominales, de vomissements ou d’autres troubles digestifs.
La fièvre est également un symptôme qui doit inciter à consulter rapidement, surtout lorsqu’elle est élevée ou persistante.
Selon la maladie en cause, d’autres manifestations peuvent apparaître, notamment une toux, un syndrome grippal, une perte d’appétit, des vertiges ou une fatigue importante.
Il est important de rappeler que ces symptômes ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier la maladie. Seul un examen médical, complété si nécessaire par des analyses, permet d’établir un diagnostic précis et d’instaurer un traitement adapté.
Qui sont les personnes les plus exposées durant cette saison ?
En réalité, toute la population est concernée.
Toutefois, certaines catégories sont plus vulnérables. Il s’agit notamment des personnes vivant dans des conditions précaires, où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à de bonnes conditions d’hygiène est limité.
Les enfants de moins de cinq ans figurent parmi les plus exposés. Leur système immunitaire est encore en développement et ils sont davantage en contact avec les eaux stagnantes lors de leurs activités de jeu.
Les personnes âgées de plus de 65 ans sont également plus fragiles en raison de la diminution naturelle de leurs défenses immunitaires.
Les femmes enceintes constituent enfin un groupe à risque, car la grossesse entraîne des modifications physiologiques qui peuvent réduire les capacités de défense de l’organisme face à certaines infections.
Quels sont les gestes simples que les familles peuvent adopter pour prévenir ces maladies ?
Aujourd’hui, les autorités sanitaires mettent davantage l’accent sur la prévention, car prévenir reste toujours moins coûteux et plus efficace que guérir. Le premier réflexe est le lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon, notamment avant les repas et après être allé aux toilettes. À défaut, une solution hydroalcoolique peut être utilisée.
Il est également indispensable de respecter les règles d’hygiène alimentaire. Les aliments doivent être correctement cuits afin d’éliminer les bactéries, virus et parasites. Les fruits et légumes consommés crus doivent être soigneusement lavés, puis désinfectés avant leur consommation.
Les aliments doivent rester couverts afin d’éviter leur contamination par les mouches. Quant aux aliments conservés au réfrigérateur, il est préférable de les réchauffer avant de les consommer.
La qualité de l’eau de consommation est également essentielle. L’idéal est de boire de l’eau potable. Si ce n’est pas possible, il est recommandé de faire bouillir l’eau, de la laisser refroidir puis de la conserver dans un récipient propre avant consommation.
Enfin, chaque famille doit contribuer à l’assainissement de son environnement en curant les caniveaux, en évacuant les déchets et en éliminant les eaux stagnantes, qui constituent des gîtes de reproduction pour les moustiques.
Lorsqu’une personne présente de la diarrhée, de la fièvre ou des vomissements, quels sont les premiers réflexes à adopter avant de se rendre dans un centre de santé ?
En cas de diarrhée ou de vomissements, la priorité est d’éviter la déshydratation. Il est recommandé de commencer rapidement une réhydratation à l’aide d’une solution de réhydratation orale.
Cette mesure est particulièrement importante chez les enfants de moins de cinq ans, qui se déshydratent très rapidement, mais elle est également valable chez les adultes lorsque les pertes en eau sont importantes.
Il est déconseillé de prendre systématiquement des médicaments contre la diarrhée ou les vomissements sans avis médical. La priorité est de remplacer les pertes en eau et en sels minéraux.
En cas de fièvre, le paracétamol peut être utilisé en respectant les doses adaptées à l’âge du patient, en attendant une consultation médicale.
Dans tous les cas, ces premiers gestes ne remplacent pas une prise en charge médicale. Il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé afin d’identifier la cause des symptômes et de recevoir un traitement approprié.
Quel rôle les autorités doivent-elles jouer pour limiter ces risques sanitaires pendant la saison des pluies ?
Les autorités sanitaires, administratives et politiques ont un rôle déterminant dans la prévention des maladies saisonnières.
Elles doivent d’abord intensifier les campagnes de sensibilisation à travers les médias, les établissements scolaires, les collectivités locales et les structures de santé afin de rappeler les bonnes pratiques d’hygiène, notamment le lavage des mains, la consommation d’eau potable et la désinfection des aliments.
Parallèlement, elles doivent poursuivre les opérations d’assainissement, assurer un meilleur drainage des eaux pluviales, renforcer la gestion des déchets, veiller au traitement des eaux usées et garantir l’accès des populations à une eau potable de qualité.
La prévention des maladies liées à la saison des pluies repose sur une responsabilité partagée entre les pouvoirs publics et les citoyens. C’est en conjuguant les efforts de tous que nous pourrons réduire efficacement les risques sanitaires.

