Alors que les regards restent tournés vers Gaza, les Nations unies alertent sur une autre crise qui gagne du terrain : la dégradation rapide de la situation en Cisjordanie. Pour l’ONU, l’enchaînement des violences, l’affaiblissement des institutions palestiniennes et l’absence de perspective politique pourraient provoquer une nouvelle explosion régionale.
Le signal d’alarme a été lancé devant le Conseil de sécurité. Ramiz Alakbarov, Coordonnateur spécial adjoint de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, n’a pas utilisé de formule diplomatique atténuée : « La situation en Cisjordanie se détériore rapidement ». Selon lui, sans changement immédiat de trajectoire, « une escalade plus large devient de plus en plus probable ».
Derrière cette déclaration se cache une inquiétude majeure : la guerre de Gaza n’a pas seulement détruit un territoire. Elle a aussi fragilisé davantage un équilibre politique déjà précaire entre Israéliens et Palestiniens.
Sur le terrain, l’ONU reconnaît certains progrès. Les opérations d’évacuation des déchets avancent, davantage de matériel médical entre dans Gaza et certains indicateurs liés à la faim se sont améliorés.
Mais pour les Nations unies, ces avancées ne doivent pas masquer l’ampleur de la catastrophe.
La majorité des habitants de Gaza reste totalement dépendante de l’aide humanitaire. Les infrastructures essentielles sont largement détruites et les opérations militaires continuent de provoquer des victimes.
L’enjeu n’est donc plus seulement d’apporter des secours d’urgence, mais de permettre aux habitants de retrouver des conditions de vie normales. Cela suppose une reconstruction massive : logements, hôpitaux, réseaux d’eau, écoles et infrastructures publiques.
Or, cette reconstruction se heurte à un obstacle majeur : le contrôle des matériaux entrant dans Gaza. Israël limite notamment certains produits considérés comme pouvant être utilisés à des fins militaires, une politique que l’ONU estime incompatible avec une reconstruction à grande échelle.
Pour Ramiz Alakbarov, une population entière ne peut pas rester enfermée dans une logique d’urgence permanente. « La dignité humaine ne devrait pas être conditionnelle », a-t-il rappelé.
Israël rejette cette analyse et place la responsabilité première sur le Hamas.
Devant le Conseil de sécurité, son ambassadeur Danny Danon cité par l’ONU, a affirmé que la reconstruction de Gaza ne pourrait commencer réellement tant que le mouvement islamiste resterait armé et conserverait le contrôle du territoire.
Selon lui, la question centrale est celle du désarmement du Hamas. Il accuse également l’ONU de ne pas exercer une pression suffisante sur l’organisation palestinienne et demande une condamnation internationale plus forte.
Israël conteste aussi le diagnostic humanitaire présenté par plusieurs organisations internationales. Le gouvernement israélien affirme que l’aide entre quotidiennement dans Gaza en quantité importante, que les marchés alimentaires se sont améliorés et que les capacités médicales ont progressé.
Pour les autorités israéliennes, les restrictions sur certains matériaux restent une mesure de sécurité nécessaire afin d’empêcher le Hamas de reconstruire son arsenal militaire.
Cisjordanie : la nouvelle ligne de fracture
Mais c’est surtout en Cisjordanie que l’ONU voit aujourd’hui un risque d’explosion.
Depuis plusieurs mois, les tensions augmentent : opérations militaires israéliennes, attaques de colons contre des Palestiniens, destructions de maisons et extension des colonies israéliennes.
L’ONU rappelle que les colonies israéliennes en Cisjordanie sont considérées comme illégales au regard du droit international, une position contestée par Israël.
Pour les responsables palestiniens, la situation actuelle ne relève plus d’incidents isolés mais d’une politique visant à renforcer le contrôle israélien sur le territoire.
Riyad Mansour, représentant palestinien auprès des Nations unies, affirme que les Palestiniens vivent une période de déplacements forcés, de violences quotidiennes et de perte progressive de leurs terres.
Israël rejette ces accusations et affirme agir avant tout pour protéger sa population face aux menaces sécuritaires.
À cette crise sécuritaire s’ajoute une crise politique.
L’Autorité palestinienne, installée en Cisjordanie et reconnue par une grande partie de la communauté internationale comme interlocuteur officiel palestinien, traverse une grave crise financière.
La rétention par Israël d’une partie des recettes fiscales collectées pour son compte réduit sa capacité à payer les fonctionnaires et à maintenir les services publics.
Cette fragilisation inquiète particulièrement l’ONU, car l’Autorité palestinienne est considérée comme un acteur possible de la gouvernance future de Gaza après la guerre.
Pour les Nations unies, le problème dépasse désormais la question humanitaire.
La reconstruction de Gaza ne pourra pas être durable sans solution politique. Mais un processus politique semble impossible tant que Gaza reste détruite, que la violence progresse en Cisjordanie et que les institutions palestiniennes perdent leur capacité d’action.
C’est ce cercle vicieux qui inquiète l’ONU.
Plus Gaza reste plongée dans la crise, plus les tensions augmentent. Plus la Cisjordanie devient instable, plus une solution négociée paraît difficile.
Après des décennies de discussions autour de la création de deux États vivant côte à côte, la perspective semble aujourd’hui plus éloignée que jamais.
Le message des Nations unies est donc un avertissement : sans changement politique majeur, la guerre de Gaza risque de ne pas rester un épisode isolé, mais de devenir le point de départ d’une période d’instabilité beaucoup plus large au Moyen-Orient.

