Samory Touré et Bocar Biro : Conakry demande à Paris un calendrier pour les restitutions

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La Guinée veut donner un nouvel élan à ses démarches de restitution auprès de la France. Au Musée national, où s’est tenu mardi 29 septembre un panel consacré au « retour des ancêtres : mémoire, dignité, transmission », les autorités et les chercheurs ont fait le point sur deux dossiers officiellement transmis à Paris en juillet 2026 : le retour des biens liés à l’Almamy Samory Touré et celui des restes humains de l’Almamy Bocar Biro et de ses compagnons. Alors que la France indique que les deux requêtes sont en cours d’instruction, Conakry réclame désormais davantage de visibilité sur leur calendrier, tout en poursuivant un important travail scientifique destiné à documenter les provenances, les conditions de départ et les cadres juridiques susceptibles d’encadrer ces restitutions.

La rencontre, organisée à l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, a été largement consacrée à un dossier désormais au cœur de la politique patrimoniale du pays : les demandes officielles de restitution adressées à la France concernant les biens de l’Almamy Samory Touré, ainsi que les restes humains de l’Almamy Bocar Biro et de ses compagnons.

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« Si les murs de ce Musée national pouvaient parler, ils nous diraient sûrement que l’histoire ne s’efface pas. Elle patiente », a déclaré à l’ouverture des travaux le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla.

Deux demandes officiellement adressées à la France

Pour les autorités guinéennes, l’enjeu dépasse la seule restitution matérielle de biens ou de restes humains. Il touche à la mémoire collective, à la dignité et à la manière dont la Guinée entend renouer avec une partie de son histoire. « Nous sommes réunis aujourd’hui pour aborder l’un des chantiers mémoriels les plus cruciaux de notre République : le retour de nos ancêtres et le retour de nos biens culturels », a souligné le ministre.

Les deux demandes ont été officiellement formulées auprès des autorités françaises en juillet 2026. La première porte sur les objets et biens associés à l’Almamy Samory Touré. La seconde concerne les restes humains de l’Almamy Bocar Biro et de ses compagnons, tués à Porédaka.

Conakry souhaite désormais obtenir davantage de visibilité sur le calendrier de traitement de ces dossiers. Moussa Moïse Sylla a ainsi plaidé pour « l’établissement d’un calendrier clair et précis pour l’aboutissement de ces deux demandes de restitution ».

Le ministre a néanmoins insisté sur la volonté de la Guinée de privilégier le dialogue avec la France. « La République de Guinée n’inscrit pas cette demande dans une dynamique de rancœur, ni dans des querelles belliqueuses héritées de la période coloniale. Nous nous inscrivons résolument dans une dynamique de co-construction, de justice historique et de réhabilitation respectueuse de nos ancêtres », a-t-il affirmé.

En parallèle du processus diplomatique, le CIRD mène un travail de recherche destiné à documenter l’histoire et le parcours des objets et des restes humains concernés. Pour sa directrice, Safiatou Diallo, une restitution ne peut être envisagée sans un travail scientifique approfondi sur la provenance des pièces, les dates, les circonstances de leur départ et leurs lieux actuels de conservation.

Deux comités ont ainsi été constitués, l’un consacré à Samory Touré et l’autre à Bocar Biro. Ils réunissent historiens, chercheurs et spécialistes afin de documenter les dossiers et d’examiner notamment les différents cadres juridiques susceptibles de permettre leur restitution.

Les membres de ces comités se réunissent chaque semaine et poursuivent leurs recherches sur les itinéraires des objets et des restes humains concernés. « Nous avons voulu que ces comités travaillent avec une grande rigueur scientifique, quelles que soient les évolutions politiques ou diplomatiques », a expliqué Safiatou Diallo, évoquant un « vœu de vérité », expression empruntée au philosophe Jacques Derrida.

Le dossier Bocar Biro connaît également des avancées. La directrice du CIRD a annoncé que son institution transmettrait prochainement au ministère des recommandations formelles concernant la restitution des restes humains de l’Almamy et de ses compagnons. « C’est avant tout une démarche d’équité et de justice historique », a-t-elle déclaré.

Ces travaux s’inscrivent dans un programme plus large : le Programme national de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel de Guinée, lancé en juillet dernier.

Le programme repose sur six axes majeurs : renforcer les compétences nationales, inventorier et documenter le patrimoine à travers les différentes régions du pays, numériser les collections et les archives, travailler sur la restitution des biens culturels et des restes humains, favoriser la transmission et la valorisation du patrimoine et renforcer les démarches d’inscription de sites et de biens guinéens sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le volet consacré à la formation prévoit notamment le développement de nouvelles compétences dans le domaine de la conservation. Le CIRD a ainsi contribué à la création d’un master consacré à la gestion et à la conservation du patrimoine avec l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, avec l’appui du ministère de la Culture.

La numérisation doit également couvrir un large éventail de supports : manuscrits, objets de musée, photographies, archives sonores et traditions orales.

Le CIRD ambitionne par ailleurs de développer des outils de transmission dans les langues nationales, à travers des supports pédagogiques, des expositions, des applications éducatives et, à terme, des solutions faisant appel à l’intelligence artificielle.

L’objectif est également de renforcer la préparation des dossiers guinéens destinés à l’UNESCO, notamment en enrichissant la liste indicative nationale.

Pour Safiatou Diallo, la politique patrimoniale ne doit toutefois pas se limiter à la question des objets conservés à l’étranger. « Il faut être fier d’avoir hérité de tout ce que le passé avait de meilleur et de noble », rappelle-t-elle, en citant l’historien Joseph Ki-Zerbo.

Paris confirme l’examen des deux dossiers

Présent à Conakry, Jean-Luc Martinez, ambassadeur chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine, a apporté le point de vue français sur les demandes formulées par la Guinée.

Il a confirmé que les deux requêtes officiellement transmises en juillet 2026 sont actuellement en cours d’instruction. Il a également insisté sur l’importance du travail scientifique préalable. « La création de ce comité et le développement de ces études témoignent du sérieux de la démarche. Celle-ci n’est pas seulement politique : elle se fonde avant tout sur la rigueur scientifique », a-t-il déclaré.

« Il faut savoir confier ces questions aux spécialistes », a-t-il ajouté.

Jean-Luc Martinez a par ailleurs souligné la particularité du dossier guinéen au regard de l’évolution récente du droit français. Il a rappelé l’existence de la loi de 2023 relative à la restitution des restes humains et celle du 9 mai 2026 concernant les biens culturels.
Selon lui, « la Guinée pourrait devenir, d’ici quelques mois, le premier pays à bénéficier simultanément de ces deux cadres législatifs ».
Le représentant français a également salué les efforts engagés par les institutions guinéennes pour mieux connaître, documenter et conserver le patrimoine national, notamment à travers les recherches de provenance et les projets de valorisation numérique.

Il a assuré qu’il repartirait à Paris avec le message porté par les autorités et les chercheurs guinéens.

Reconstruire une mémoire nationale

Le panel a également permis de mettre en lumière d’autres initiatives consacrées à la mémoire et au patrimoine national. Parmi elles figurent notamment le projet de Musée du Livre, porté avec Sansy Kaba Diakité, ainsi que la transformation envisagée du mausolée de Camayenne en Panthéon national.

Ces projets s’inscrivent dans une ambition plus large : documenter, conserver et transmettre l’histoire de la Guinée, au-delà des collections actuellement conservées à l’étranger.

Pour le ministre de la Culture, le retour des biens et des restes humains possède ainsi une dimension à la fois patrimoniale, historique et symbolique. « Faisons en sorte, ensemble, que l’Almamy Samory Touré, l’Almamy Bocar Biro et leurs compagnons retrouvent le chemin de leur maison, non plus comme des captifs de l’histoire, mais comme les gardiens éternels de notre souveraineté », a-t-il conclu.

À ce stade, les deux demandes restent en cours d’instruction du côté français. En Guinée, les équipes scientifiques poursuivent parallèlement leur travail de documentation.

La prochaine étape reposera donc sur un double processus, scientifique et diplomatique : établir les faits, consolider les dossiers et poursuivre les démarches susceptibles d’aboutir à la restitution des biens et des restes humains réclamés par Conakry.