“Elle a dit non” : le SNE salue les premiers actes de Bintou Keïta et réclame une accélération des réformes

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Aboubacar Diesto Camara, chargé de communication du SNE

Dans une interview accordée à Guinée360, Aboubacar Diesto Camara, chargé de communication du Syndicat national de l’éducation (SNE), revient sur l’arrivée de Bintou Keïta à la tête du département de l’Éducation. Il se félicite notamment de la décision d’accorder aux admis de la session de rattrapage du baccalauréat les mêmes possibilités d’orientation que les candidats de la session ordinaire. Le responsable syndical évoque également l’état d’avancement des discussions entre le gouvernement et les organisations syndicales et insiste sur l’urgence d’adopter le statut particulier des enseignants.

Guinée360 : Le président Mamadi Doumbouya a nommé Bintou Keïta à la tête du département de l’Enseignement pré-universitaire. Comment le SNE a-t-il accueilli cette nomination ?

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Aboubacar Diesto Camara : D’abord, j’avoue que la nomination d’une ministre ne relève pas d’un syndicat, encore moins d’un citoyen ordinaire. C’est plutôt un pouvoir qui relève de Monsieur le président de la République, qu’il exerce par décret. Nous avons donc accueilli la nomination de cette ministre avec engouement au sein du système éducatif, parce que nous avons estimé qu’à chaque fois qu’il y a des préoccupations majeures, le gouvernement a toujours eu une oreille attentive aux préoccupations des enseignants de Guinée.

La nomination de cette ministre n’est qu’une suite logique de la continuité de l’administration scolaire. Son arrivée intervient alors qu’il y a déjà beaucoup de situations sur la table des enseignants de Guinée qui doivent trouver des solutions dans les jours, les mois et les années à venir. Encore une fois, elle est la bienvenue, mais elle a du pain sur la planche.

Que pensez-vous de sa décision concernant l’orientation des candidats de la session de rattrapage vers les établissements d’enseignement supérieur ?

Cela prouve à suffisance que la ministre est venue avec un certain courage, une certaine détermination, mais aussi avec du pouvoir en elle. Elle a trouvé une décision sur la table qui avait été prise à l’unanimité par les cadres du département. Pour apporter sa touche contributive à cette décision, elle a décidé d’aller autrement. Les élèves qui devaient décrocher à l’issue de la session de rattrapage devaient être orientés dans les instituts de formation technique et professionnelle.

Mais elle a dit non. Il y a également des candidats qui ont connu des aléas pendant la passation des épreuves de la session ordinaire. Alors, s’ils sont rétablis dans leurs droits, il n’y a pas de raison de réduire leurs chances. Et s’il faut accorder une seconde chance, il faut l’accorder en toute entièreté. C’est ce qui a fait que Mme la ministre a décidé que tous les admis de la session de rattrapage seront orientés dans les institutions d’enseignement supérieur public de la République de Guinée.

Pensez-vous que les candidats qui vont affronter la session de rattrapage auront les mêmes chances que ceux qui ont été admis dès la première session ?

Oui, il n’y a pas péril en la demeure. D’autant plus que, selon les critères de la session de rattrapage, il y a même des faveurs, parce que les candidats ne seront confrontés qu’à certaines matières. Ils auront au minimum une matière et au maximum deux. Après la publication des résultats, tous ceux qui se sont retrouvés dans ce cadre ont eu au moins 25 jours de préparation.

Cela veut dire que si c’est une matière dans laquelle il leur manque moins de dix points, je crois que tout bon candidat qui avait déjà appris, mais qui a été empêché par un aléa, pourra réellement retrousser les manches pour aller décrocher ce précieux sésame qui couronne son année scolaire.

Vous estimez donc que les épreuves vont se dérouler dans les mêmes conditions que la session ordinaire ?

Encore une fois, nous estimons qu’il n’y a pas de problème, parce que les épreuves vont se dérouler dans les mêmes conditions que la session ordinaire. Il y aura un centre, le même procès-verbal du candidat sera conservé et reconduit. Ensuite, les épreuves se dérouleront de la même manière. Les surveillants seront deux dans la salle et je crois que les corrections seront également faites de la même manière. Donc, je crois qu’il n’y a pas de nouveauté dans le processus.

Certains candidats ne souhaitaient pas être orientés vers les instituts d’enseignement technique et professionnel, estimant que ce n’était pas leur objectif initial. Que leur répondez-vous ?

Nous, de notre côté, nous disons que les instituts de formation technique et professionnelle, c’est ce qui caractérise aujourd’hui le développement des pays en voie de développement. Mais comme cela a été un souci, je crois que l’équivoque est levée. Il n’est pas dit qu’être dans l’enseignement technique veut dire qu’on a emprunté le chemin de l’échec, de la précarité ou de la pauvreté.

À l’enseignement supérieur, en trois ans, tu te mets à courir derrière les départements, les institutions et les entreprises pour le dépôt des dossiers. Mais dans l’enseignement technique et la formation professionnelle, on sort avec son métier en main, par conséquent, avec sa vie en main, qu’on mettra en exécution durant toute la vie. Même après la retraite de ceux qui travaillent dans les directions administratives, vous, vous allez toujours continuer avec votre métier en main. Donc, je crois qu’à ce niveau-là, il faut que l’équivoque soit levée.

Ensuite, il y a des élèves qui ne voulaient même pas reprendre la session de rattrapage parce qu’ils ne voulaient pas aller dans les institutions d’enseignement technique et professionnel, tout simplement parce que ce n’était pas leur objectif de départ. Mais moi, j’ai dit que si la ministre a tapé du poing sur la table pour dire : « Je donne la même chance aux bacheliers de la session de rattrapage qu’à ceux de la session ordinaire », je pense que c’est un acte fort qu’il faut saluer de la part de Mme la ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Mme Bintou Keïta.

Par rapport aux négociations avec le gouvernement, où en êtes-vous actuellement?

Pour le moment, on ne parle pas de négociation. Il y a des commissions techniques qui ont été mises en place en amont et qui doivent permettre d’aller vers une négociation apaisée. Je crois que, pour le moment, le gouvernement a rendu opérationnelles ces commissions. Ces commissions sont en train de travailler, mais il y a, par endroits, une lenteur qui ne dit pas son nom. Nous sommes donc en train de mettre les pieds sur l’accélérateur pour que, d’ici la fin des vacances scolaires, nous ayons également notre statut particulier en main, signé par Monsieur le président de la République, chef de l’État.