« La valeur doit rester en Afrique » : le plaidoyer de Guterres face à la course aux minerais

7 min de lecture

À New York, António Guterres appelle à sortir d’un modèle où les matières premières africaines sont extraites puis transformées ailleurs. Pour le secrétaire général de l’ONU, l’Afrique doit désormais tirer davantage de revenus, d’emplois et d’industries de ses propres richesses.

L’Afrique possède ce que le monde s’arrache de plus en plus : des minerais stratégiques, d’immenses ressources énergétiques et une population jeune. Mais pour António Guterres, le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir ce que le continent possède. Il est de savoir ce qu’il en fait et ce qu’il en retire.

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À New York, à l’occasion d’Unstoppable Africa 2026, le secrétaire général des Nations unies a appelé à changer en profondeur la relation économique entre l’Afrique et ses partenaires internationaux.
« Nous passons de faire des affaires en Afrique à faire des affaires avec l’Afrique », a-t-il déclaré devant les dirigeants et représentants du secteur privé réunis pour ce rendez-vous annuel de la Global Africa Business Initiative (GABI), co-organisé par les Nations unies et l’Union africaine.

Derrière cette formule, António Guterres pose une question qui revient avec une urgence nouvelle : comment faire en sorte que les richesses extraites du sous-sol africain profitent davantage aux économies africaines ?

Une richesse qui quitte encore trop souvent le continent

L’Afrique détient environ 30 % des ressources minérales mondiales, selon les chiffres cités par Guterres. Elle dispose également d’environ 60 % du potentiel solaire mondial et d’une population en âge de travailler dont la croissance est la plus rapide au monde.
Ces chiffres donnent la mesure du potentiel du continent à l’heure où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais indispensables aux nouvelles technologies et à la transition énergétique.

Cuivre, cobalt, lithium, nickel, graphite ou encore terres rares sont devenus des ressources hautement stratégiques. La demande mondiale augmente et, avec elle, la concurrence pour accéder à ces matières premières.

Mais l’extraction n’est qu’une partie de l’histoire.
Pendant longtemps, une grande partie des matières premières africaines a été exportée à l’état brut ou après une première transformation. La valeur ajoutée, elle, est souvent créée ailleurs : dans les usines de transformation, les chaînes industrielles, la fabrication des composants ou les technologies qui utilisent ces ressources.

C’est précisément ce mécanisme que Guterres souhaite voir évoluer.
« Nous devons faire en sorte que les vastes ressources naturelles de l’Afrique – en particulier les minerais critiques – créent de la valeur locale et des emplois décents, plutôt que d’être simplement expédiées à l’étranger », a-t-il insisté.

Autrement dit, extraire davantage ne suffit plus. L’enjeu est désormais de transformer davantage sur place.
Le contexte international donne une nouvelle dimension à cette ambition.
La transition énergétique et la montée des technologies numériques ont placé les minerais critiques au centre de la compétition mondiale. Dans le même temps, les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’évolution des règles commerciales poussent les grandes économies à chercher des sources d’approvisionnement plus sûres et plus diversifiées.

L’Afrique se retrouve ainsi au cœur d’une équation mondiale.

Son sous-sol est convoité. Mais cette demande croissante ne garantit pas, à elle seule, une transformation structurelle des économies africaines.
Pour Guterres, le moment est donc venu de passer d’une logique d’extraction à une logique de création de valeur.

Cela signifie développer des infrastructures, renforcer les capacités industrielles, former la main-d’œuvre et permettre aux entreprises africaines de prendre une place plus importante dans les chaînes de valeur mondiales.

L’enjeu dépasse donc le seul secteur minier. Il touche à la capacité du continent à utiliser ses ressources pour accélérer son industrialisation et créer des emplois pour une population en forte croissance.

Transformer les minerais, construire des infrastructures, développer l’énergie et installer des industries nécessitent des investissements considérables. Or, de nombreux pays africains font face à des coûts de financement élevés et à un accès limité aux capitaux à long terme.

António Guterres a directement lié cette question au fonctionnement du système financier international. « Nous devons réformer l’architecture financière internationale, qui a été créée par les riches, pour les riches », a-t-il affirmé.

Il appelle notamment les banques multilatérales de développement à devenir « plus grandes, plus audacieuses et meilleures », afin de mobiliser davantage de financements privés en faveur de l’Afrique.

Car sans financements à des conditions adaptées, la transformation locale des matières premières risque de rester un objectif difficile à concrétiser.

Le message porté par Guterres intervient donc à un moment particulier. L’Afrique dispose de ressources dont l’économie mondiale a besoin, mais elle doit encore renforcer les moyens de les transformer en richesse durable pour ses populations.

La question n’est plus seulement de savoir qui viendra chercher les minerais africains. Elle est de savoir qui les transformera, qui créera les emplois et où sera captée la valeur.
C’est tout le sens du plaidoyer du secrétaire général de l’ONU.

À l’heure où la compétition mondiale pour les minerais critiques s’intensifie, Guterres invite les partenaires de l’Afrique à revoir leur manière de travailler avec le continent. Et aux pays africains, son message renvoie à un défi tout aussi important : faire de leurs ressources naturelles non pas seulement une source d’exportations, mais un levier d’industrialisation.

Car dans la course mondiale aux minerais, posséder la ressource est une chose. Être capable d’en tirer la plus grande valeur en est une autre.