« Filme la Guinéenne qui t’inspire» : les lauréats de la 4e édition récompensés

11 min de lecture
Lauréats de la 4e edition du concours Filme la Guinéenne qui t'inspire (ABLOGUI)

La quatrième édition du concours national « Filme la Guinéenne qui t’inspire » a connu son épilogue ce vendredi 18 septembre 2026, à Conakry, au terme d’une cérémonie consacrée à la valorisation des parcours de femmes guinéennes à travers le regard et la créativité de la jeunesse.

Initiée par l’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI) avec le soutien de l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, cette nouvelle édition a récompensé quatre jeunes candidats dans différentes catégories.

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Les distinctions ont été attribuées comme suit :
Prix Impact et Justice : Abdoulaye Sylla ;
Prix Leadership communautaire : Victorine Balamou ;
Prix spécial de l’Ambassadeur de France : Ibrahima Tanou Diallo ;
Prix du grand public : Kadiatou Cissé.

Dans son discours de clôture, le président de l’ABLOGUI, Baro Condé, a rappelé l’esprit qui sous-tend cette initiative lancée il y a quatre ans.

Baro Condé

Selon lui, le concours est né d’une conviction simple : de nombreuses femmes aux parcours remarquables restent peu connues du grand public.
« Il y a autour de nous des femmes extraordinaires dont on ne raconte pas suffisamment l’histoire », a-t-il souligné, citant notamment les mères, enseignantes, entrepreneures, activistes, commerçantes et autres femmes engagées dans leurs communautés.

L’objectif est ainsi de permettre à de jeunes Guinéens de moins de 30 ans de prendre leur téléphone ou leur caméra pour raconter ces histoires.
Cette philosophie est résumée par le slogan du concours : « Nul besoin d’être célèbre pour être une Guinéenne inspirante. »

Pour Baro Condé, le concours s’inscrit également dans la mission de l’ABLOGUI en faveur d’un usage responsable du numérique.
« Votre téléphone n’est pas seulement un outil pour consommer du contenu, il peut aussi devenir un outil pour créer, documenter, sensibiliser et surtout faire évoluer les regards sur le rôle et la place des femmes dans notre société », a-t-il déclaré.

Au fil des quatre éditions, environ 300 femmes guinéennes ont ainsi vu leurs parcours et leurs actions racontés à travers les productions de jeunes participants.

Parmi les histoires évoquées par le président de l’ABLOGUI figurent celles d’une veuve qui concasse des pierres à Coyah pour subvenir aux besoins de sa famille, d’une femme âgée qui repasse des habits à Nzérékoré, d’une agricultrice de Faranah qui se bat pour maintenir ses enfants à l’école ou encore d’une mère de Samatanya ayant trouvé dans la saliculture un moyen de faire vivre sa famille.

Pour cette quatrième édition, les organisateurs ont souhaité mettre davantage l’accent sur l’action et l’impact des femmes dans leurs communautés.

Placée sous le thème « Elle agit pour toutes : droit, justice et action », l’édition 2026 a invité les candidats à aller au-delà du simple récit d’un parcours inspirant.

« Nous avons demandé aux jeunes de ne plus seulement nous montrer une femme qui les inspire, mais surtout de nous montrer ce qu’elles changent dans leur communauté », a expliqué Baro Condé.

Au total, 20 vidéos ont été présélectionnées avant la phase finale.

Le président de l’ABLOGUI a également insisté sur la portée citoyenne de la participation au concours, estimant que le fait de choisir une femme, de recueillir son témoignage et de décider de partager son histoire constitue déjà une forme d’engagement.

Il a par ailleurs salué la participation des anciennes candidates à l’organisation de cette nouvelle édition.

Pour l’ABLOGUI, cette évolution illustre la volonté de construire progressivement une communauté de jeunes engagés dans la création, la sensibilisation et la transmission.

Luc Briard, Ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone

Présent à la cérémonie, l’Ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a salué une initiative qu’il considère comme un moyen de donner de la visibilité à des personnes et à des réalités qui en disposent peu.
« C’est une occasion de donner une voix à ceux qui ont peu de voix, de donner une visibilité à ceux qui ont peu de visibilité », a-t-il déclaré.

Évoquant la diplomatie féministe française, le diplomate a insisté sur la nécessité, selon lui, de soutenir les initiatives locales sans se substituer aux acteurs guinéens.
« La France n’a pas à agir ici. Elle a à faire agir et elle a à faire réagir, mais elle n’a pas à prendre en elle-même la parole. Elle n’est pas chez elle en Guinée. Elle est simplement un partenaire fiable (…) qui se tient aux côtés des associations féministes », a-t-il affirmé.

L’Ambassadeur a également souligné le rôle des médias et des organisations engagées dans la liberté d’expression et la défense des droits humains, estimant que ces acteurs occupent une place importante dans l’espace civique et public.

Il a enfin félicité l’ABLOGUI pour son engagement en faveur de la liberté d’expression et des droits des femmes.

Le Prix du grand public est revenu à Kadiatou Cissé, dont le film a particulièrement retenu l’attention des votants.

Visiblement émue, la lauréate a expliqué avoir choisi de raconter sa propre histoire, ainsi que celle de ses parents.
« Le concept du concours était de filmer une Guinéenne qui nous inspire. Sans prétention, je suis la Guinéenne qui m’inspire. J’ai donc eu l’idée de me filmer moi-même et de filmer mes parents », a-t-elle expliqué.

Pour la jeune lauréate, cette récompense représente avant tout la reconnaissance du public.
« Mon émotion s’adresse à tout le monde, car cela montre à quel point les gens ont été touchés par mon histoire, au point de voter pour moi », a-t-elle ajouté.

Étudiant en Licence 4 de journalisme à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) de Kountia, Abdoulaye Sylla a remporté le Prix Impact et Justice.

Pour lui, cette distinction vient récompenser un travail de documentation consacré à une histoire familiale.
« Je qualifie cette distinction de “prix du mérite”, car elle récompense un important travail de documentation sur une histoire vraie », a-t-il déclaré.

Son documentaire raconte le parcours de M’Mah Diba Camara, une femme de Boffa accusée à tort d’avoir commis le meurtre et le viol de sa coépouse.

Selon le récit présenté dans le documentaire, M’Mah Diba Camara a été incarcérée pendant six mois sur la base de rumeurs, sans qu’une enquête préalable ni des éléments de preuve suffisants ne permettent d’établir sa culpabilité.

Sa sœur, Fatoumata, s’est alors mobilisée pour obtenir la manifestation de la vérité. Ses démarches ont notamment conduit à l’arrestation du véritable suspect. Celui-ci aurait affirmé n’avoir aucun lien avec l’accusée ni avec la victime.

Le suspect est par la suite décédé lors d’une mutinerie à la prison de Boffa, avant l’aboutissement de la procédure. La famille de M’Mah Diba Camara a néanmoins poursuivi ses démarches, jusqu’à l’obtention d’un non-lieu et à la libération définitive de cette dernière.

Pour Abdoulaye Sylla, raconter cette histoire constitue une manière de rendre justice au parcours de sa tante.
« Ce prix permet de rendre justice à son parcours et de donner de la visibilité à une femme du quotidien qui a posé un acte fort. C’est une grande fierté d’avoir servi de passerelle pour transmettre son histoire au public », a-t-il déclaré.

Cette participation était sa deuxième au concours. Après une première candidature non retenue, le jeune journaliste a décidé de revenir cette année avec un sujet directement lié à la thématique de l’édition.
« Je suis revenu avec un sujet ciblé sur la thématique “Justice et Impact”, en me rendant directement à Boffa pour enquêter et ramener ce témoignage. Cela m’a permis de décrocher le 1er Prix du Jury », a-t-il expliqué.

Au terme de quatre éditions, l’ABLOGUI entend poursuivre et élargir l’initiative, notamment en touchant davantage de jeunes dans les différentes régions du pays.
Pour Baro Condé, l’enjeu ne se limite désormais plus à l’organisation annuelle d’un concours et à la remise de récompenses. Il s’agit aussi de faire émerger une communauté de jeunes capables de raconter, documenter et transmettre les histoires de leur société.
« Notre ambition est de voir cette initiative continuer à grandir, à toucher davantage de jeunes, à aller davantage dans les régions et surtout faire vivre au-delà du concours cette communauté qui s’est progressivement constituée », a-t-il déclaré.

En clôturant son intervention, le président de l’ABLOGUI est revenu au message fondateur du concours : « Nul besoin d’être célèbre pour être une Guinéenne inspirante. »

Une manière de rappeler que derrière les grandes figures publiques se trouvent aussi, dans les familles, les quartiers, les villages, les écoles et les communautés, des femmes dont les actions méritent d’être racontées.