Ménopause : symptômes, sexualité, prise en charge…Dr Ismaël Sylla décrypte les changements chez la femme

15 min de lecture

La ménopause marque une nouvelle étape dans la vie de la femme. Si elle se traduit par l’arrêt définitif des règles, elle peut aussi s’accompagner de bouffées de chaleur, de troubles du sommeil, de sécheresse vaginale, de variations de l’humeur ou encore d’une baisse de la libido. Pour mieux comprendre cette période, ses différentes étapes, ses effets sur la santé et la vie sexuelle, ainsi que les possibilités de prise en charge, Guinée360 s’est entretenu avec le Dr Ismaël Sylla, gynécologue-obstétricien. Dans cet entretien, le spécialiste revient également sur la ménopause précoce, les traitements hormonaux, l’hygiène de vie et les situations qui doivent pousser à consulter.

Guinée360 : Qu’est-ce que la ménopause et à quel âge survient-elle généralement ?

- SMS NEWS -
SMS ALERTE - Mini Landing Page

📱 SMS ALERTE

L'actualité en direct sur votre mobile

🎉

3 JOURS GRATUITS

🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
Actus Express
📱
Par SMS
🌐
Sans Internet

Dr Ismael Sylla : La ménopause, c’est l’arrêt définitif des menstruations. Et ça, c’est secondaire à l’épuisement naturel du stock folliculaire ovarien. Donc, généralement, au niveau de l’ovaire, il y a un stock naturel qui est destiné à chaque femme de la naissance jusqu’à la ménopause. Arrivé à un certain âge, ce stock va s’épuiser, ce qui va correspondre à la ménopause. Généralement, cette ménopause arrive entre 45 et 55 ans, avec une moyenne de 50 ans. Mais elle peut aussi survenir plus précocement.

À partir de quand peut-on dire qu’une femme est ménopausée ?

Cela revient à poser le diagnostic de ménopause, il faut qu’elle soit dans cette tranche d’âge de 45 à 55 ans. Il faut qu’il y ait l’absence de règles pendant au moins douze mois, de façon consécutive. Généralement, c’est à cette période-là que la patiente présente certaines manifestations cliniques, qu’on appelle les symptômes climatériques : les bouffées de chaleur, l’irritabilité, les sueurs nocturnes, la sécheresse vaginale, les troubles urinaires et autres.

Existe-t-il une différence entre la préménopause, la périménopause et la ménopause ?

La ménopause, comme on vous l’a déjà dit, va avec tous les éléments que nous avons cités. Il faut que ces conditions soient respectées pour qu’on puisse parler de ménopause : âgé entre 45 et 55 ans, avec une aménorrhée de plus de douze mois et des symptômes climatériques qui sont associés.
La préménopause, c’est la période qui précède la ménopause. Mais là, les règles sont présentes de façon intermittente. Il y a des moments où les règles disparaissent pendant trois mois et ça revient encore. Donc, il y a une irrégularité du cycle menstruel autour de cette période de 45 à 55 ans.

Le diagnostic de ménopause est rétrospectif. Il faut attendre d’abord que la femme n’ait pas de règles pendant douze mois pour parler de ménopause. Donc, si les règles disparaissent pendant six mois et que ça revient, en ce moment-là, on ne peut pas considérer ça comme la ménopause. Ce sont des perturbations qui précèdent la ménopause. Alors, c’est la périménopause.

Quelles sont les causes de la ménopause ?

En fait, la ménopause est physiologique. C’est une période de la vie de la femme qui correspond, bien sûr, à l’arrêt des menstruations. Ce n’est pas une cause pathologique, mais il y a des ménopauses qu’on peut provoquer, soit de façon chirurgicale, soit de façon médicamenteuse. Par exemple, pour une raison ou pour une autre, une raison de maladie et tout ça, nous parvenons à supprimer les ovaires. En ce moment, la femme entre en ménopause. Ça, c’est une ménopause qui est provoquée chirurgicalement.

Mais il y a aussi des médicaments qui peuvent altérer, qui peuvent bloquer le fonctionnement des ovaires. En ce moment, c’est une ménopause qui arrive par prise médicamenteuse. Donc, ça veut dire que la ménopause peut être physiologique lorsque nous sommes dans cette tranche d’âge et qu’il n’y a pas une cause pathologique évidente. Mais il y a les ménopauses aussi qui sont provoquées chirurgicalement ou par prise médicamenteuse.

Pourquoi les menstruations s’arrêtent-elles pendant la ménopause ?

Vous savez, les menstruations sont sous l’influence hormonale. Il y a un système qui régule tout ça c’est le système hypothalamo-hypophysaire qui régule cette activité qu’on appelle la menstruation, et qui est mensuelle également. Donc, le contrôle vient au niveau de l’hypophyse. L’hypophyse va sécréter certaines hormones telle que la FSH , qui agissent sur les ovaires. Et ces ovaires-là vont sécréter les hormones œstrogènes et progestérone pour agir sur l’endomètre.

Lorsqu’il y a un épuisement de ces hormones-là, ça veut dire que l’activité endométriale cesse. Donc, les menstruations ne sont que la desquamation d’une couche de l’utérus qu’on appelle l’endomètre. Lorsque l’activité hormonale cesse, cet endomètre cesse de fonctionner. Donc, c’est ce qui explique un peu l’arrêt des menstruations.

Quels sont les principaux symptômes de la ménopause ?

Le minimum de délai qu’il faut observer, c’est douze mois. Donc, c’est une patiente qui présente des bouffées de chaleur, qui a des sueurs nocturnes, la sécheresse vaginale, une baisse de la libido. Voilà, tous ces symptômes-là sont liés à une carence œstrogénique. C’est-à-dire que les ovaires ne fonctionnent plus, ils ne produisent plus l’œstrogène. En ce moment-là, ce sont ces signes-là qui apparaissent par manque de cette hormone-là.

Les symptômes sont-ils les mêmes pour toutes les femmes ?

Non, les symptômes varient d’une femme à une autre, et tous ces symptômes que nous avons cités ne peuvent pas être présents chez la même femme.

Il y a des femmes qui peuvent présenter, par exemple, une baisse de la libido, des troubles urinaires. D’autres vont présenter les bouffées de chaleur. Elle peut présenter aussi l’irritabilité, le manque de sommeil et les changements d’humeur. Donc on parle de l’irritabilité, de l’anxiété, ces symptômes peuvent ne pas se retrouver chez toutes les femmes.

Quels changements la ménopause peut-elle entraîner sur la vie sexuelle ?

Vous savez, la ménopause est une période qui peut significativement altérer le confort de vie de la femme, la sexualité, la vie professionnelle. Vous savez, le rapport sexuel est facilité par la sécrétion hormonale.

Et lorsque ces hormones-là sont altérées, à cause de la sécheresse vaginale, le rapport va être difficile et ça va entraîner des ulcerations. Et ces blessures-là vont peut-être entretenir des douleurs au cours de ces contacts. C’est pourquoi, pour ces femmes-là, il y a des accompagnements que nous envisageons pour continuer à avoir des relations sexuelles saines et non douloureuses.

Est-ce que certaines femmes peuvent être ménopausées avant l’âge de 45 ans ?

Oui, en ce moment on parle de la ménopause précoce. Mais lorsque la femme est ménopausée, toutes les conditions sont réunies…. Avant 40 ans, on parle d’insuffisance ovarienne prématurée. Vous savez, lorsque vous êtes en doute que cest la ménopause ou si la femme qui a moins de 40 ans est ménopausée ou pas Il y a des examens qu’on peut faire pour confirmer qu’il s’agit bien de la ménopause précoce. On va doser le taux de FSH, une hormone hypophysaire. Quand nous avons ça, nous pouvons tout de suite savoir que vraiment la femme est en ménopause.

Mais si c’est avant 40 ans, quand on parle d’insuffisance ovarienne prématurée. En terme de prise en charge, il y a des ménopauses qui sont asymptomatiques. Ce sont des femmes qui n’ont pas de bouffées de chaleur, qui n’ont pas d’irritabilité et tout ce que vous savez. Chez ces femmes-là, il faut surveiller par exemple, les os, le système cardiovasculaire, les paramètres métaboliques.

Comment prendre en charge les femmes qui présentent des symptômes de ménopause ?

Pour les femmes qui ont des symptômes, il faut les évaluer. Donner certains traitements en l’absence de contre-indications, parce que c’est les traitements hormonaux que nous allons prescrire pour ces femmes.

S’il n’y a pas de contre-indications, nous allons prescrire, par exemple, les œstrogènes et les progestérones. Les femmes qui n’ont pas d’utérus peuvent prendre des œstrogènes seules. Mais les femmes qui ont un utérus, on va associer œstrogène-progestérone.

Parce que, si on ne prescrit que l’œstrogène seul, ça peut exposer au cancer de l’endomètre. Donc, lorsqu’il y a chez ces femmes-là un cancer du sein, un cancer de l’endomètre, une pathologie hépatique active, ou bien lorsque ce sont des patientes qui ont une prédisposition aux maladies thromboemboliques, on ne prescrit pas ce traitement. Mais il faut d’abord éliminer l’existence de ces pathologies avant de prescrire. C’est pourquoi il y a des bilans qui sont demandés éventuellement.

Au-delà des traitements, que conseillez-vous aux femmes en matière d’alimentation et d’activité physique ?

Nous allons indiquer pour ces femmes-là, une activité physique régulière, 20 minutes par jour au moins. avoir une alimentation équilibrée riche en calcium. Lorsqu’il y a des facteurs de risques, par exemple au niveau des os, nous allons faire une supplémentation en vitamine D et en calcium.

À quel moment une femme doit-elle consulter?

Une femme doit consulter le gynécologue à tout moment qu’elle pense qu’il y a un problème, parce que l’évaluation gynécologique des femmes, ça se fait annuellement. Mais à tout moment, on peut se présenter à l’hôpital, par exemple, pour une consultation pour des symptômes que nous n’avons pas l’habitude de constater, lorsque vous constatez des boules dans le sein, vous pouvez consulter le gynécologue sans attendre.

Quels examens ou bilans peut-on proposer pendant la ménopause ?

Des examens sont demandés en fonction des facteurs individuels de chaque femme. Toutes les femmes n’ont pas les mêmes facteurs de risques. Mais dans tous les cas, et en fonction du facteur individuel, du facteur de risque de chaque patiente, on peut demander l’hémogramme, on peut demander la glycémie, on peut demander, par exemple, une densitométrie osseuse. On peut demander la mammographie, on peut demander l’examen HPV, on peut demander le frottis cervical. Ce sont des examens qu’on demande souvent pour faire le bilan de la femme et un examen gynécologique complet de toutes les façons.

Peut-on prévenir certains problèmes de santé liés à la ménopause ?

Justement, dans les bilans, par exemple, si vous trouvez que cette patiente-là a un facteur de risque osseux, vous faites une supplémentation en calcium et en vitamine D. Lorsque vous trouvez, par exemple, que la patiente a un facteur de risque lié à une maladie, vous allez lui donner des conseils et demander une consultation d’un spécialiste. Lorsque vous trouvez un facteur de risque lié au cancer du sein, au cancer du col de l’utérus, au cancer de l’endomètre, toutes les conduites dépendent du résultat des examens qu’on demande .

Quelles habitudes une femme peut-elle adopter avant et après la ménopause pour protéger sa santé ?

Il n’y a pas de mesures exceptionnelles que la femme peut adopter pour protéger sa santé. Dans tous les cas, les mesures générales s’appliquent à toutes les femmes pas que la ménopause. Je vous rappelle que c’est un phénomène physiologique. Lorsqu’on provoque, par exemple, la ménopause par le biais médicamenteux ou bien par la chirurgie. À défaut de ces indications-là, la ménopause est physiologique. Donc, c’est l’hygiène de vie de façon générale qu’on applique à toutes les femmes.

Quel message adressez-vous aux femmes qui vivent avec la ménopause ou qui hésitent à consulter lorsqu’elles ressentent des symptômes ?

Les symptômes qui apparaissent au cours de la ménopause sont sous-évalués par nous-mêmes, professionnels de santé, et cette sous-évaluation est liée au tabou social que nous avons autour de cette période-là. Donc, je demande à toutes les femmes de consulter lorsque vous avez un problème de santé, mais surtout lorsque vous avez ces modifications liées à la ménopause, telles que les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale, les troubles urinaires et autres, pour qu’on puisse vous accompagner à bien passer votre ménopause.