« Scientifiquement, ça ne s’explique pas » : l’avis du Dr Ben Youssouf Kéïta sur une grossesse de 3 ans et 8 mois

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L’histoire d’une femme qui aurait accouché à Conakry après trois ans et huit mois de grossesse continue de faire parler. L’information, largement relayée par certains médias, circule encore sur les réseaux sociaux et suscite de nombreuses interrogations, aussi bien dans l’opinion publique que dans le milieu médical guinéen.

Pour tenter de comprendre ce qui pourrait réellement expliquer une telle situation, Guinee360 a recueilli l’avis du Dr Ben Youssouf Kéïta, médecin directeur médical. Après 45 ans de pratique, le médecin affirme n’avoir jamais été confronté à un cas similaire. « Comme rien n’est impossible en médecine, mais jusqu’à preuve du contraire, après mes 45 ans de pratique médicale, je n’ai jamais enregistré un cas de grossesse de trois ans et huit mois », explique-t-il.

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Pour le médecin, l’hypothèse d’une grossesse ayant duré plusieurs années et abouti à la naissance d’un enfant vivant et normalement développé ne tient pas sur le plan scientifique. « Dire qu’une femme a fait une grossesse de plus de deux ans, voire trois ans, avec la naissance d’un enfant normal, ça ne s’explique pas scientifiquement. Honnêtement, ce n’est pas possible. Soit c’est une erreur, ou un coup de pub. C’est un fake news, bref une affabulation. Même en cas de calcul erroné de la part de la femme concernée ou de son gynécologue, 3 ans ou plus de grossesse, puis accoucher un enfant normal donc vivant, c’est tout simplement pas réaliste et ne s’explique pas scientifiquement », soutient le médecin.

La durée habituelle d’une grossesse humaine est, elle, bien loin de ces chiffres. Le Dr Ben Youssouf Kéïta rappelle qu’au-delà du terme attendu, les médecins commencent rapidement à prendre des précautions. « Une grossesse normale dure autour de neuf mois, quelques jours 36- 37 semaines. Quand ça dépasse cette période et va vers 40- 41 semaines, le médecin gynécologue commence déjà à s’inquiéter et envisage une action de déclenchement voir Césarienne, car on parle là d’ une grossesse post-terme, voire», explique-t-il.

Une erreur dans l’estimation de la date de conception pourrait, en revanche, donner l’impression d’une grossesse beaucoup plus longue qu’elle ne l’est réellement. Le médecin insiste notamment sur le rôle de l’échographie dans la datation de la grossesse. « Une erreur dans le calcul de la date de conception ou du début de grossesse peut effectivement donner de faux résultats. […] Ensuite, il y a surtout l’échographie, qui va déterminer exactement la date de la grossesse. […] L’échographie est la meilleure manière de déterminer l’âge exact de la grossesse », a-t-il précisé.

Mais pour le Dr Ben, une grossesse dépassant réellement 18 mois aurait difficilement pu passer inaperçue auprès des professionnels de santé. « Nos structures sanitaires sont tellement connectées au ministère de la Santé et nos médecins gynécologues, à l’heure de la nouvelle technologie, si bien imprégnés qu’ils auraient immédiatement attiré l’attention de la communauté scientifique sur le cas dès que la grossesse aurait dépassée 18 mois.. », a-t-il affirmé.

Pour marquer la différence, le médecin prend l’exemple de l’éléphant, dont la gestation peut effectivement atteindre près de deux ans. « C’est un éléphanteau qui naît après 24 mois de gestation de l’éléphant. Un être humain NON ! », a-t-il lancé.

Le médecin reconnaît toutefois que la littérature médicale rapporte quelques récits historiques de grossesses présentées comme exceptionnellement longues. « Dans la littérature, il est fait mention d’un cas historique, rapporté aux États-Unis en 1945, qui aurait été présenté comme une grossesse ayant duré 1 an 5 mois. Mais même ce cas n’a pas été sujet à discutions», a-t-il précisé.

En l’état, et en l’absence de documents médicaux permettant d’établir avec certitude la date de début de la grossesse ainsi que les différentes étapes de son suivi, l’affirmation d’une grossesse de trois ans et huit mois doit donc être considérée avec prudence.

Pour le Dr Ben Youssouf Kéïta, les éléments médicaux disponibles sont indispensables avant de pouvoir accorder une quelconque valeur scientifique à un récit aussi inhabituel.