À proximité de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry, plusieurs propriétaires et occupants d’immeubles affirment avoir été sommés de démanteler leurs bâtiments dans l’urgence. En cause, selon les personnes concernées, des impératifs liés à la sécurité de l’État. Mais l’absence de préavis et la brutalité de l’opération suscitent incompréhension et inquiétude.
Depuis le dimanche 13 septembre, l’environnement immédiat de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré est marqué par des opérations de démantèlement visant plusieurs immeubles situés aux abords de la plateforme aéroportuaire.
Pour les propriétaires et occupants concernés, la décision est intervenue brutalement. Certains affirment avoir été informés seulement quelques heures avant le début des opérations, avec un délai particulièrement court pour évacuer leurs biens.
À ce stade, aucune communication officielle ne permet encore de connaître précisément l’ensemble des motifs ayant conduit les autorités à engager ces opérations. Les personnes concernées évoquent toutefois des raisons liées à la sécurité de l’État autour de l’aéroport.
« On nous a dit que c’est pour la sécurité de l’État »
Parmi les propriétaires concernés, Amadou Camara, dont l’immeuble est situé en face de l’aéroport, affirme que les autorités lui ont demandé de réduire la hauteur de son bâtiment. Il précise ne pas avoir reçu l’ordre de quitter les lieux. « J’ai acheté ici depuis 1972. C’est hier que les autorités sont venues nous demander de diminuer le nombre de dalles de l’immeuble. Comme c’est un immeuble de R+3, ils nous ont dit de démanteler la troisième dalle. Quand j’ai demandé pourquoi, ils m’ont dit que c’est pour la sécurité de l’État. C’est ainsi que les autorités sont venues ce matin entrer en action. On ne m’a pas dit de quitter, mais de diminuer la hauteur de l’immeuble. Voilà ce que les autorités m’ont dit en ce qui me concerne.»
Une situation qui contraste avec celle vécue par certains occupants, auxquels il aurait été demandé de quitter immédiatement
les lieux.
« Vous devez partir maintenant »
Vévé Guilavogui, responsable de la société Guilacom, dit avoir été confronté à cette situation. Selon lui, aucun délai ne lui aurait été accordé pour organiser le départ de son entreprise. « On n’a pas reçu de préavis pour quitter les lieux. Ils nous ont dit que c’est pour des questions sécuritaires aux alentours de l’aéroport, que nous devons quitter. Bon, moi personnellement j’ai demandé au responsable: d’ici combien de temps nous devons quitter les lieux ? Il m’a dit : « Vous devez partir maintenant. » Donc, c’est ce qui fut fait. Et ce matin, nous avons constaté que la démolition a commencé. Quand je suis venu le matin à 9h, j’ai trouvé des gendarmes sous le toit en train de décoiffer »
Pour les occupants, l’urgence de l’opération aurait eu des conséquences directes sur leurs biens et leurs activités professionnelles.
Du matériel se trouvait encore dans les locaux de Guilacom lorsque l’opération a débuté. Pour Vévé Guilavogui, les dégâts sont considérables. « On avait des matériels à l’intérieur. Comme vous le constatez déjà, c’est une perte énorme que nous enregistrons. Mais on s’en remet à la volonté de Dieu. Aujourd’hui, on n’a pas du tout, pas du tout les moyens de trouver dans l’immédiat un autre local. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, quand ils sont venus ici, nous leur avons dit de nous donner au moins un mois dans le but de nous préparer et de trouver d’éventuels bureaux. Malheureusement, ils n’ont pas accepté, ils n’ont pas voulu nous entendre »
Au-delà des pertes déjà enregistrées, les personnes affectées doivent désormais faire face à une autre difficulté : trouver rapidement de nouveaux locaux dans une ville où les coûts de location peuvent être élevés.
Vévé Guilavogui dit se retrouver sans solution immédiate. « Face à cette situation, je suis vraiment dépassé. Je suis vraiment dépassé. Les mots me manquent. Je suis vraiment dépassé, je ne sais pas comment nous allons nous en sortir avec les dégâts que nous avons enregistrés. Vous le savez déjà, en Guinée quand vous cherchez un local, on vous demande des avances colossales. Voilà. On a entamé quelques démarches, mais pour le moment on n’a pas trouvé de local. »

