Dubréka : Dioumaya–Falessadé, 30 kilomètres de calvaire pour un grenier agricole enclavé

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Dubréka : Dioumaya–Falessadé, 30 kilomètres de calvaire qui enclavent tout un grenier agricole

À seulement quelques dizaines de kilomètres de la route nationale, rallier Falessadé relève encore du parcours du combattant. Sur l’axe Dioumaya–Falessadé, long d’environ 30 kilomètres, il faut parfois plusieurs heures pour arriver à destination. Entre boue, crevasses, ouvrages de franchissement difficiles d’accès et portions quasiment impraticables, cette route maintient dans l’enclavement plusieurs villages d’une zone pourtant réputée pour son important potentiel agro-pastoral.

Sur le terrain, le constat est saisissant. Quelques kilomètres suffisent pour comprendre pourquoi les véhicules ordinaires sont quasiment absents de cet axe.

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Hormis les camions, les taxis-motos et quelques vieux 4×4, notamment d’anciens modèles de Toyota Prado, rares sont les automobilistes qui osent s’y aventurer. À certains endroits, conduire ne suffit plus : il faut connaître la piste, anticiper les trous, contourner les zones boueuses et parfois descendre du véhicule pour évaluer le passage.

Pour les conducteurs de taxis-motos, qui assurent une bonne partie du transport des populations, chaque trajet est une épreuve.

Selon plusieurs d’entre eux, rencontrés sur l’axe, l’état de la route rallonge considérablement les temps de parcours et accélère l’usure des motos. Pneus, amortisseurs, chaînes et autres pièces sont régulièrement mis à rude épreuve. En saison des pluies, certaines portions deviennent particulièrement dangereuses et les chutes ne sont pas rares.

Même constat chez les chauffeurs qui fréquentent la zone. Les véhicules adaptés à une route normale ne peuvent pratiquement pas circuler ici. Le mauvais état de l’axe augmente les risques de panne et oblige les conducteurs à rouler extrêmement lentement.

30 kilomètres qui prennent plusieurs heures

De Dioumaya à Falessadé, la distance est pourtant d’environ 30 kilomètres. Sur une route aménagée, un tel trajet pourrait être effectué en quelques dizaines de minutes. Ici, il faut parfois plusieurs heures.

Plus surprenant encore, à environ *7 kilomètres seulement de la route nationale, se trouve le camp militaire de Falessadé.* Pourtant, même cette proximité avec une infrastructure aussi importante n’a pas permis, jusqu’ici, de désenclaver durablement l’axe.

Le problème ne se limite d’ailleurs pas à la chaussée. Plusieurs ouvrages de franchissement rencontrés sur le trajet sont difficiles d’accès. À certains endroits, la différence de niveau entre les ouvrages et la piste oblige les conducteurs à effectuer des manœuvres délicates.

Des ponts et des dalots avaient pourtant été réalisés ou réhabilités après que de fortes pluies eurent endommagé plusieurs passages, notamment dans les secteurs de Konsoma et de Doyama. Mais les difficultés d’accès à certains de ces ouvrages persistent.

Des dizaines de villages dépendants de cette route

Derrière l’état de cette piste se trouve surtout une réalité humaine. Des dizaines de petits villages sont établis le long de l’axe et leurs habitants dépendent de cette route pour se déplacer, acheminer leurs productions, accéder aux marchés, aux soins, aux écoles et aux différents services.

Aujourd’hui, les taxis-motos constituent l’un des rares moyens de transport réguliers disponibles pour certaines communautés.

Avec une route réellement aménagée et praticable toute l’année, le transport en commun pourrait naturellement s’y développer. Minibus, taxis et autres véhicules de transport pourraient desservir les villages et faciliter considérablement la mobilité des populations.

Le désenclavement réduirait également les coûts et les temps de transport.

Falessadé, un grenier qui peine à écouler sa production

Le paradoxe est d’autant plus important que Falessadé est depuis longtemps considérée comme l’un des greniers agricoles de Dubréka. L’agriculture, l’élevage et les autres activités agro-pastorales occupent une place importante dans l’économie locale. Une partie des produits de la zone alimente Dubréka, mais également le marché de Conakry.

Mais produire ne suffit pas : encore faut-il pouvoir transporter. Lorsque plusieurs heures sont nécessaires pour parcourir seulement 30 kilomètres, chaque sac de produit agricole, chaque régime, chaque animal ou chaque marchandise transportée supporte indirectement le coût du mauvais état de la route.

Pour les producteurs, cette situation limite également la possibilité de développer leurs exploitations à plus grande échelle.

Une route qui pourrait attirer des investisseurs

La réhabilitation de l’axe Dioumaya–Falessadé ne serait donc pas seulement un projet routier. Elle pourrait devenir un véritable levier économique pour toute la zone.

Une route praticable faciliterait l’installation d’exploitations agricoles et d’élevage, l’acheminement des intrants et du matériel, l’évacuation des productions vers Dubréka et Conakry, mais aussi l’arrivée de commerçants et d’investisseurs.

À cela pourraient s’ajouter des créations d’emplois, aussi bien pendant les travaux que grâce au développement futur des activités économiques. Car lorsqu’une zone agricole devient accessible, toute une chaîne peut se développer autour d’elle : production, collecte, transport, stockage, transformation et commercialisation.

Désenclaver pour développer

Falessadé dispose du potentiel. Ses terres et ses activités agro-pastorales en témoignent depuis des années. Ce qui lui manque encore, c’est une infrastructure routière à la hauteur de ce potentiel.

Sur ces quelque 30 kilomètres entre Dioumaya et Falessadé, le contraste est frappant : une zone capable de produire et de nourrir, mais une route qui l’empêche encore de pleinement se développer.

Réhabiliter durablement cet axe, avec une chaussée adaptée et des ouvrages de franchissement correctement raccordés et entretenus, permettrait non seulement de soulager les populations, mais aussi d’ouvrir une nouvelle perspective économique pour cette partie de Dubréka.

Car une route vers Falessadé ne servirait pas uniquement à aller plus vite. Elle permettrait surtout aux villages, aux producteurs et à tout un bassin agro-pastoral de sortir enfin de l’enclavement.