Le Tribunal de première instance (TPI) de Dixinn a rendu son verdict ce mercredi 10 juin 2026 dans une affaire d’exposition et de délaissement d’enfants mineurs. Cette procédure s’inscrit dans le cadre de la campagne engagée par les autorités judiciaires pour lutter contre la présence d’enfants dans les espaces publics à des heures tardives.
L’affaire intervient quelques semaines après un communiqué du parquet général près la Cour d’appel de Conakry, invitant les parquets d’instance à intensifier les opérations de contrôle et à interpeller les enfants trouvés dans les lieux publics, notamment durant la nuit.
Poursuivis pour exposition et délaissement d’enfants hors d’état de se protéger, Ousmane Bangoura, agent de sécurité résidant à Kaporo, M’mahawa Sylla, coiffeuse de 26 ans, Saran Mansaré, commerçante de 40 ans domiciliée à Lambanyi, Ibrahima Sory Camara, journaliste, et Etienne Loua, mécanicien, avaient été placés sous mandat de dépôt le 26 mai dernier.
À l’audience, chacun a tenté d’expliquer les circonstances ayant conduit à l’interpellation des enfants concernés.
Ousmane Bangoura a rejeté les accusations portées contre lui. Selon ses explications, ses enfants avaient quitté le domicile pour aider leur tante dans ses activités commerciales. « La Maman de mes enfants revendait dans le marché, mais depuis qu’elle a fait un accident, c’est la sœur qui revend. Mais chaque soir quand je rentre, je demande à deux autres d’aller aider leurs sœurs parce que y a beaucoup de bagage à transporter, c’est ainsi qu’ils ont été interpellés à 22h, j’ai été convoqué », a-t-il déclaré.
De son côté, M’mahawa Sylla a reconnu les faits tout en sollicitant l’indulgence du tribunal.
Poursuivie pour le délaissement de Fatoumata Camara, interpellée vers 22 heures à Lambanyi, elle a expliqué que l’enfant n’était pas sa fille biologique et qu’elle avait quitté le domicile en son absence pour assister à une cérémonie de mariage.
Saran Mansaré, poursuivie pour le délaissement de sa fille mineure Koumba Mansaré, a décrit une situation familiale précaire. Son mari étant paralysé, elle affirme assumer seule les charges du foyer grâce à la vente de pain. « J’étais avec la fille au lieu ou je revendais du pain, quand je suis fatigué, je dis à ma fille de venir revendre le reste de la marchandise pour que je rentre me reposer.
Arrivé à la maison je me suis lavé, j’ai mangé , j’ai pris des médicaments, quelques temps après on m’a appelé pour m’informer qu’elle a été arrêtée », a-t-elle expliqué avant de demander pardon au tribunal.
Le journaliste Ibrahima Sory Camara, poursuivi pour le délaissement de son fils de 16 ans, a également contesté les faits. Il a indiqué que l’adolescent était sorti acheter de la nourriture après avoir reçu de l’argent de sa tante. « Peut-être après avoir acheter à manger, il a continué pour aller jouer », a-t-il affirmé.
Interpellé par le ministère public sur le fait de laisser un adolescent dehors à une heure avancée de la nuit, il a répondu : « Mon fils est un grand garçon car il a 16 ans maintenant. »
Face à cette déclaration, le procureur lui a rappelé que la majorité légale est fixée à 18 ans.
Pour sa part, Etienne Loua, poursuivi pour des faits similaires concernant son fils de 15 ans, a présenté ses excuses à la juridiction. « Quand je suis rentré du garage fatigué, arrivé à la maison, ma femme m’a appelé je n’ai pas déceoché après elle a appelé l’enfant pour qu’il vient l’aider a prendre les assiettes pour renrer à la maison. C’est dans ces circonstances qu’il a été interpellé », a-t-il expliqué.
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction étaient réunis. Le procureur a rappelé que ces poursuites s’inscrivent dans la politique de protection des mineurs et de lutte contre leur exposition aux dangers de la rue, particulièrement après 22 heures.
Le parquet a demandé au tribunal de retenir Ousmane Bangoura, Etienne Loua, Salimatou Camara et M’mahawa Sylla dans les liens de la culpabilité, conformément aux dispositions du Code de l’enfant. En revanche, il a sollicité la relaxe d’Ibrahima Sory Camara pour délit non constitué.
Une peine de trois mois d’emprisonnement avec sursis assortie d’une amende de deux millions de francs guinéens avait été requise contre les prévenus concernés.
Assurant la défense de plusieurs prévenus, Me Sidiki Bérété a vigoureusement contesté les poursuites et les conditions de détention de ses clients. « Personne d’entre ces accusés n’a failli à l’obligation de payer les frais de scolarité de ses enfants. Personne n’a failli à son obligation de soigner ses enfants », a plaidé l’avocat.
S’appuyant sur les dispositions de l’article 544 du Code pénal, il a demandé la relaxe de ses clients et leur remise en liberté.
L’avocat d’Etienne Loua a également plaidé l’acquittement, estimant que son client ne pouvait être tenu responsable dans les circonstances décrites. « Etienne Loua n’était pas avec son enfant, c’est sa femme qui était avec l’enfant », a-t-il soutenu.
Après les débats, le tribunal a rendu sa décision séance tenante.
La juridiction a prononcé la relaxe d’Ibrahima Sory Camara et d’Etienne Loua pour insuffisance de charges.
En revanche, Salimatou Camara, Saran Mansaré et M’mahawa Sylla ont été reconnues coupables des faits qui leur étaient reprochés. Elles ont chacune été condamnées à trois mois d’emprisonnement assortis de sursis ainsi qu’au paiement d’une amende de 500 000 francs guinéens.
Cette décision s’inscrit dans le renforcement des mesures judiciaires visant à protéger les enfants contre les risques liés à leur présence dans les espaces publics à des heures tardives, conformément aux orientations récemment définies par le parquet général.

