La discrimination à l’égard des filles peut commencer bien avant leur naissance. C’est l’un des constats dressés par Morissanda Kouyaté, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, lors de la Table ronde de haut niveau consacrée au protocole de Maputo, tenue mercredi 7 octobre 2026 à Conakry.
Réunie autour du thème « La ratification, la domestication et la mise en œuvre du protocole de Maputo dans les pays francophones », cette rencontre a été l’occasion d’aborder les obstacles qui continuent de freiner la protection effective des droits des femmes et des filles.
Dans son intervention, Morissanda Kouyaté a choisi de remonter à la racine des inégalités. Pour lui, la discrimination ne commence pas nécessairement avec la naissance : elle peut s’installer dès les premiers souhaits formulés autour de l’enfant à venir. « En regardant en face la réalité quotidienne des filles et des femmes en Afrique, on réalise qu’avant même de venir au monde, elles subissent déjà une forme de ségrégation », a-t-il déclaré.
Le ministre s’est appuyé sur une pratique sociale encore largement répandue pour illustrer cette préférence accordée aux garçons. Dans de nombreuses familles, explique-t-il, le souhait d’avoir un garçon accompagne presque systématiquement les vœux adressés aux jeunes couples. « Chez nous en Afrique et sans doute ailleurs aussi , lorsqu’un couple se marie, les premières bénédictions qu’on lui adresse sont : “Que Dieu vous donne un garçon !” On répète ces vœux plusieurs fois avant d’ajouter, presque subsidiairement … et puis une belle fille”. »
Pour Morissanda Kouyaté, cette hiérarchisation des attentes révèle une inégalité qui précède même la naissance de l’enfant. « Avant même sa naissance, le désir d’avoir un garçon surpasse celui d’avoir une fille ; ses droits sont déjà bafoués », a-t-il soutenu.
Cette préférence ne reste pas sans conséquence pour les femmes qui donnent naissance à des filles. Le ministre décrit notamment la pression qui peut s’exercer sur elles au sein de leur propre famille, jusqu’à les rendre responsables d’une situation sur laquelle elles n’ont pourtant aucun contrôle. « Lorsqu’une femme, pourtant au cœur de la procréation humaine, donne naissance à une fille, le couple et la belle-famille froncent les sourcils. À la deuxième fille, l’inquiétude s’installe. À la troisième, la femme doit s’expliquer. On la rend responsable de ne pas donner naissance à des garçons. Des foyers se disloquent pour cette unique raison », dit-il.
Morissanda Kouyaté dénonce ainsi une culpabilisation qu’il juge d’autant plus injuste qu’elle repose sur une méconnaissance du mécanisme biologique de détermination du sexe de l’enfant. « On accuse la femme d’un prétendu défaut biologique, oubliant une réalité scientifique élémentaire : la détermination du sexe dépend des chromosomes apportés par l’homme (X et Y). La femme ne transmet que le chromosome X. C’est donc l’homme qui apporte le chromosome Y nécessaire à la naissance d’un garçon. Pourtant, c’est toujours la femme qui subit les conséquences de ce rejet. »
Pour le ministre, les inégalités ne s’arrêtent pas à la naissance. Elles se prolongent ensuite dans la vie familiale, notamment dans la manière dont les garçons et les filles sont éduqués et orientés. La répartition des tâches domestiques et l’accès à l’éducation restent, selon lui, marqués par des traitements différents. « De surcroît, lorsqu’une fille et un garçon grandissent dans un foyer, le garçon reçoit un ballon pour aller jouer, tandis que la fille est immédiatement sollicitée auprès de sa mère pour les tâches ménagères. Lorsqu’il s’agit d’aller à l’école, on privilégie trop souvent le garçon, réservant à la fille un enseignement minimal….»
Face à ces réalités, Morissanda Kouyaté estime que l’adoption de textes juridiques ne suffit pas. Encore faut-il que les principes défendus par le protocole de Maputo se traduisent dans les comportements et les décisions du quotidien. « La véritable appropriation locale du protocole réside dans l’action quotidienne », a-t-il insisté.

