Le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Ibrahima Sory 2 Tounkara, s’est rendu à Siguiri ce mercredi 7 septembre 2026 pour échanger avec les acteurs de la justice dans la région. Une visite de terrain au cours de laquelle le garde des Sceaux a passé en revue plusieurs difficultés qui affectent le fonctionnement des juridictions, tout en appelant à des améliorations rapides.
À son arrivée, le ministre a commencé par la prison, où il s’est intéressé aux conditions de fonctionnement de l’établissement. Il a expliqué que cette démarche s’inscrivait directement dans la mission que lui a confiée le président de la République. « Si je suis venu vous rencontrer aujourd’hui pour échanger directement avec vous, ce n’est pas pour une simple visite de courtoisie à Siguiri. Je suis en mission pour le compte de Monsieur le Président de la République, qui m’a demandé de venir observer la manière dont vous travaillez, le déroulement des activités sur place, l’état de l’établissement qui abrite le tribunal, ainsi que la gestion de la prison. »
Devant les magistrats, greffiers et autres professionnels de la justice, Ibrahima Sory 2 Tounkara a reconnu la difficulté des conditions dans lesquelles certains exercent. Mais, pour lui, ces contraintes ne peuvent justifier le maintien de pratiques qui nuisent au bon fonctionnement de la justice. « Je mesure combien votre mission est exigeante et dans quelles conditions parfois difficiles vous exercez vos fonctions. Mais je suis venu vous dire que la situation doit changer dès maintenant. »
Au cœur de son intervention : la nécessité de rétablir la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire. Le ministre a particulièrement insisté sur l’accueil réservé aux justiciables, le traitement des dossiers dans des délais raisonnables et l’accès effectif aux décisions de justice. « La justice doit être accessible et crédible. Surtout, chaque citoyen qui s’adresse à vous doit repartir satisfait. »
Cette satisfaction, a-t-il précisé, ne signifie pas que chaque personne qui saisit la justice doit nécessairement obtenir gain de cause. Elle suppose plutôt que son dossier soit traité avec sérieux, dans les règles et dans des délais acceptables.
Le ministre s’est notamment arrêté sur l’accès aux décisions rendues par les juridictions. Il a déploré les difficultés que rencontrent encore certains justiciables pour obtenir une copie d’un jugement ou d’une autre décision. « Lorsqu’une décision est rendue et rédigée, l’intéressé doit pouvoir la retirer sans difficulté auprès du greffe. Une décision inaccessible ne sert absolument à rien. »
Autre point soulevé lors de la rencontre : les tarifs appliqués pour certains actes judiciaires. Le garde des Sceaux a demandé aux responsables de la juridiction de veiller au respect des montants officiellement fixés et à leur affichage dans les locaux du tribunal. « Je vous demande donc d’afficher clairement cet arrêté dans l’enceinte du tribunal afin que nul n’ignore le coût officiel d’un casier judiciaire, d’un certificat de nationalité, d’un jugement supplétif ou de tout autre document. »
Ibrahima Sory 2 Tounkara a également mis en garde contre certaines pratiques concernant les frais liés aux déplacements judiciaires. Il a cité des situations dans lesquelles les montants réclamés seraient, selon lui, sans rapport avec les distances à parcourir. « On voit parfois des juges réclamer jusqu’à 5 millions de francs guinéens pour un déplacement de moins de 500 mètres. Résultat : la procédure se retrouve bloquée. »
De tels coûts risquent, selon le ministre, de rendre la justice inaccessible à une partie de la population. « Demander des montants hors de portée équivaut à un refus de rendre justice. Cela doit cesser. Les frais éventuels doivent rester strictement encadrés et raisonnables. »
Le ministre a aussi demandé davantage de rigueur dans le traitement des dossiers. Il a appelé les responsables judiciaires à limiter les renvois qui ne seraient pas nécessaires et à réduire les délais, particulièrement dans les procédures pénales. «Délai raisonnable ne signifie pas absence de délai. Il convient d’éviter les renvois intempestifs et inutiles, notamment en matière pénale. »
Sur les dossiers criminels, le garde des Sceaux a reconnu les difficultés auxquelles les juridictions sont confrontées, notamment en raison du manque de moyens et de l’insuffisance du nombre d’avocats disponibles. Il a annoncé, dans ce contexte, la prochaine opérationnalisation du Fonds d’Aide Juridictionnelle, qui doit permettre de faciliter l’accès à la défense pour les personnes indigentes.
Le procureur a lui aussi reçu des consignes précises. Le ministre lui a demandé de renforcer le contrôle exercé sur les officiers de police judiciaire et de s’assurer que les délais légaux de garde à vue soient effectivement respectés. « Il est inacceptable que des citoyens restent retenus pendant des semaines dans des commissariats ou des gendarmeries en violation des délais légaux de garde à vue. »
Il a également insisté sur la nécessité de procéder à des contrôles réguliers, y compris des inspections inopinées sur le terrain, et d’améliorer l’organisation des audiences afin d’éviter que les affaires ne s’accumulent inutilement.
Les difficultés financières des juridictions n’ont pas été ignorées. Le ministre a assuré que son département travaillait à accélérer la mise à disposition des moyens nécessaires au fonctionnement des services judiciaires.
Mais, dans le même temps, il a prévenu que les contraintes budgétaires ne sauraient justifier l’immobilisme. « Je n’ignore pas les contraintes financières et budgétaires auxquelles vous faites face. […] Cependant, les difficultés ne doivent pas servir d’excuse pour ne pas agir : nous devons les affronter pour progresser. »

