Retenu depuis mercredi 7 octobre 2026 dans les locaux de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), Ahmed Kanté, administrateur général d’AGB2A-GIC et ancien ministre des Mines, est entendu dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur plusieurs soupçons d’infractions économiques et financières.
Alors que cette procédure suscite des interrogations, la société minière a choisi de réagir publiquement. Dans un communiqué, AGB2A-GIC explique que son président fait l’objet d’auditions à la suite d’allégations rapportées dans la presse et liées à une « dénonciation anonyme ».
Selon l’entreprise, les documents relatifs à la garde à vue permettent déjà de constater un décalage entre les faits évoqués et la réalité du dossier. AGB2A-GIC rejette ainsi fermement les accusations visant son responsable.
« Les faits allégués et calomnieux n’ont absolument rien à voir avec la réalité. En tout état de cause, M. Kanté va répondre sereinement à toutes les questions liées à cette affaire avec bien entendu tous les éléments permettant de prouver qu’il a toujours agi en toute légalité, dans l’intérêt exclusif de la Guinée et des Guinéens. »
L’entreprise se présente par ailleurs comme une société minière « 100% guinéenne », active dans la production et la commercialisation de bauxite.
Une procédure engagée par le parquet spécial de la CRIEF
La garde à vue d’Ahmed Kanté s’inscrit dans une enquête préliminaire ordonnée par le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
À l’origine de la procédure, une dénonciation faisant état de soupçons d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’autres infractions assimilées. D’après des sources judiciaires, l’interdiction de sortie du territoire qui lui a été notifiée relève également de cette procédure.
Les investigations portent notamment sur un partenariat entre AGB2A-GIC et le Doxa Katokopias FC, club de football chypriote dont la société minière guinéenne avait été annoncée comme « Main Sponsor».
Le partenariat avait été rendu public le 3 septembre 2026. Le communiqué diffusé à cette occasion ne précisait toutefois pas les modalités financières de l’accord, notamment le montant qui aurait éventuellement été engagé par AGB2A-GIC.
Dans sa présentation du partenariat, le club chypriote décrit AGB2A-GIC comme une entreprise active dans l’industrie de la bauxite en Guinée. Il met également en avant ses investissements dans les infrastructures, la création d’emplois et les initiatives de développement communautaire en Guinée.
Ahmed Kanté cité dans une autre procédure
La nouvelle enquête intervient alors qu’Ahmed Kanté est déjà cité dans une autre procédure judiciaire liée à GIC/AGB2A.
En septembre 2025, la chambre spéciale de contrôle de l’instruction de la CRIEF avait ordonné la poursuite de l’instruction dans cette affaire pour des faits présumés d’abus de confiance. Elle avait, en revanche, écarté les accusations de faux et usage de faux en écriture privée.
Les faits dénoncés dans la nouvelle procédure devront désormais être examinés par les enquêteurs, qui devront notamment en vérifier la matérialité. À ce stade, l’ouverture d’une enquête préliminaire ne permet donc pas de conclure à la culpabilité d’Ahmed Kanté, qui reste présumé innocent.
L’ancien ministre des Mines est également poursuivi, avec d’autres prévenus, dans une autre affaire actuellement pendante devant la CRIEF. Le dossier porte notamment sur des faits présumés de détournement de deniers publics, de prise illégale d’intérêts, de blanchiment de capitaux, d’escroquerie, de déclaration irrégulière aux souscriptions et versements, d’enrichissement illicite et de complicité.
Cette procédure comprend aussi un volet civil. Les ayants droit de feu Claude Lorcy, représentés par Mme Fatoumata Dramé, se sont constitués partie civile et revendiquent, selon les éléments versés au dossier, des droits sur plusieurs sociétés minières.
Les intérêts concernés sont évalués à environ 75 millions de dollars américains.
À ce stade, l’enjeu pour les enquêteurs est d’établir la réalité des faits dénoncés et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités. De son côté, AGB2A-GIC dit vouloir coopérer avec les autorités. La société assure également qu’Ahmed Kanté répondra aux questions qui lui seront posées dans le cadre de la procédure.

