Rénovation des stades : Tanou Diallo questionne le coût de 250 millions de dollars

9 min de lecture

Le débat autour du coût de la rénovation des principaux stades de Guinée est loin d’être clos. Invité ce lundi 7 septembre 2026 dans l’émission « Les Impertinents » sur LGF, le journaliste sportif et officier média de la CAF, Tanou Diallo, a à son tour réagi à la polémique suscitée par les montants annoncés pour la réhabilitation du stade du 28-Septembre et du stade Général Lansana Conté de Nongo.

Le 17 août dernier, lors d’une conférence de presse consacrée à l’état d’avancement des travaux sur ces deux infrastructures, le ministre des Sports, Mamadou Cellou Baldé, avait été interpellé sur le coût global de leur rénovation, estimé à 250 millions de dollars.

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En réponse, le ministre avait défendu la pertinence de cette enveloppe, tout en invitant à ne pas se focaliser uniquement sur sa conversion en francs guinéens. « Ce qu’il faut d’ores et déjà savoir, c’est qu’un stade, une infrastructure internationale, n’est pas indexé au franc guinéen. Elle est indexée sur la devise internationale. Je ne présume de rien, mais j’ai juste envie parfois qu’on évite le son des chiffres. Parce que quand on entend millions de dollars, on le convertit en francs guinéens, on estime que c’est toute la mer. Alors que quand vous prenez le cours du marché international par rapport à des infrastructures, nous sommes dans la fourchette », avait déclaré le ministre.

Dans une tribune consacrée à cette polémique, l’ancien ministre des Sports, Keamou Bogola Haba, avait également apporté des éléments d’explication sur la nature et l’ampleur des investissements réalisés.

Selon lui, le complexe sportif de Nongo représente environ 120 millions de dollars d’investissement pour sa finalisation, tandis que les travaux du stade du 28-Septembre s’élèveraient à environ 130 millions de dollars.

Pour le stade du 28-Septembre, près de la moitié de cette enveloppe serait consacrée au football, le reste devant financer les autres disciplines sportives, les infrastructures partagées ainsi que les espaces à vocation économique.

À Nongo, le projet comprend notamment un stade annexe répondant aux normes de la CAF et de la FIFA, ainsi qu’un parking dont la capacité aurait été considérablement augmentée.

Le complexe prévoit également une tribune couverte à 360 degrés, équipée de sièges individuels ergonomiques, 21 loges de luxe, des espaces VIP et VVIP ainsi qu’un salon présidentiel.

S’y ajoutent des vestiaires modernes, des bureaux dédiés à la CAF et à la FIFA, une salle antidopage, une clinique, une zone de presse, des salles de conférence de presse et des ascenseurs.

Le projet comprend également une pelouse naturelle dotée de systèmes automatiques d’arrosage et de drainage, une sonorisation et un éclairage conformes aux standards internationaux, un dispositif centralisé de vidéosurveillance, des accès sécurisés, ainsi qu’une administration et un poste de police modernisés.

Le complexe doit par ailleurs bénéficier d’une alimentation électrique autonome reposant notamment sur une double ligne EDG, des onduleurs et un groupe électrogène de secours, ainsi que d’une infrastructure en fibre optique.
Des espaces commerciaux, de restauration, de loisirs et de conférence sont également prévus, de même qu’un musée consacré au sport guinéen.
Malgré ces explications, les arguments avancés ne semblent pas convaincre Tanou Diallo.

Pour l’officier média de la CAF, le montant global annoncé pour la rénovation des deux infrastructures mérite d’être sérieusement questionné. Selon lui, une enveloppe de 250 millions de dollars pourrait même permettre de construire un stade entièrement neuf.

Pour étayer son analyse, le journaliste sportif s’est notamment référé à plusieurs projets réalisés sur le continent africain, notamment au Maroc, pays hôte de la dernière Coupe d’Afrique des nations. « On a tous suivi la dernière CAN au Maroc, on a tous vu ce beau stade, le stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, un stade de 60 000 places, c’est très important de le préciser. Ce stade a été construit avec un budget de 350 millions de dollars. Donc entre les 250 millions qui ont été mis dans la rénovation de nos stades et le budget qui a permis de construire ce stade-là, il y a juste une différence de 100 millions de dollars », a-t-il expliqué dans l’émission “les impertinents”.

Avant de tirer une conclusion sans ambiguïté : « Les 250 millions de dollars qui ont servi à la rénovation de nos stades peuvent construire un stade flambant neuf. »
Pour Tanou Diallo, cette comparaison renforce la nécessité de rendre publics les détails des dépenses engagées afin de permettre une meilleure compréhension de la structure des coûts.

Autre point d’interrogation soulevé par le journaliste sportif : le coût annoncé pour la nouvelle pelouse du stade du 28-Septembre.
Selon une information rapportée par un média local, cette pelouse aurait coûté 23 milliards de francs guinéens, soit environ 2,3 millions d’euros. « Dans ce papier-là, on nous apprend que la pelouse du stade du 28-Septembre a coûté 23 milliards de francs guinéens. Alors là, quand j’ai lu ça, j’ai sursauté ! Je me suis dit : “Mais attendez, qu’est-ce qui se passe dans ce pays ? Les gens n’ont pas peur des chiffres en fait.” »

Pour illustrer son interrogation, le journaliste sportif a comparé ce montant au coût du remplacement récent de la pelouse du stade d’un club français. « Le mois passé, c’est-à-dire le mois d’août, le Toulouse Football Club a remplacé la pelouse de son stade pour 600 000 euros en cinq jours. Et nous, avec les 23 milliards, on est aux alentours de 2 300 000 euros. Qu’est-ce qui se passe en fait ? Pourquoi il y a une telle différence entre les montants qui sont dépensés ailleurs et les montants qui sont dépensés chez nous ? C’est une question que je me pose, ça m’inquiète», s’est-il interrogé.

Tanou Diallo s’est également étonné du montant qui aurait initialement été prévu pour l’installation d’une pelouse synthétique.

Selon les éléments évoqués au cours de l’émission, cette option aurait été évaluée à 22 milliards de francs guinéens, avant qu’un milliard supplémentaire ne soit ajouté pour permettre finalement l’installation d’une pelouse naturelle.
« Les chiffres, quand je lis les chiffres, j’ai peur en fait. Je ne comprends pas du tout. Parce qu’ailleurs, ces informations sont disponibles sur le Net. À ma connaissance, une pelouse synthétique coûte moins cher, mais je ne vois pas une pelouse synthétique qui va coûter 22 milliards de francs guinéens, c’est-à-dire 2 200 000 euros ou dollars. D’où sortent ces chiffres-là ? Je suis stupéfait par rapport à tout cela. »

Les déclarations de Tanou Diallo interviennent alors que la gestion financière des travaux de rénovation des deux principales infrastructures sportives du pays suscite de nombreuses interrogations.

Les autorités guinéennes ont, de leur côté, annoncé l’ouverture de procédures destinées à faire la lumière sur l’utilisation des fonds consacrés à ces travaux.

Au-delà de la polémique sur les montants annoncés, le débat porte désormais sur une question centrale : comment les 250 millions de dollars ont-ils été répartis entre les différents travaux, équipements, prestations et infrastructures ?

Pour Tanou Diallo, la publication des contrats, des cahiers des charges, des coûts détaillés et des éventuels marchés attribués permettrait d’apporter des réponses à ces interrogations et de dissiper les doutes qui entourent actuellement le coût de ces rénovations.