Après la diffusion d’images de l’ancien procureur général près la Cour suprême depuis un établissement pénitentiaire, destinée à confirmer sa détention à la prison civile de Macenta, son collectif d’avocats maintient ses réserves. La défense exige notamment la production du registre d’écrou, l’accès de la famille et des conseils au détenu ainsi que la communication du fondement légal de son transfèrement.
Le collectif des avocats de M. Algassimou Diallo dit avoir pris connaissance des images de son client diffusées par la télévision nationale, le montrant à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire. Cette diffusion intervient après un précédent communiqué dans lequel la défense demandait aux autorités de fournir des éléments permettant d’établir que l’ancien procureur général près la Cour suprême était effectivement détenu à la prison civile de Macenta.
Dans un communiqué rendu public ce lundi 7 septembre 2026, les avocats indiquent « prendre acte de ce que son client y apparaît vivant et sans entraves apparentes ». Ils estiment toutefois que ces images ne répondent pas aux interrogations soulevées par la défense.
« Cette diffusion ne répond à aucune des demandes formulées », déplore le collectif. Selon les avocats, la séquence diffusée ne permet notamment « d’identifier ni le lieu ni la date de la prise de vues ». Ils regrettent également qu’« aucun extrait du registre d’écrou n’ait été produit », qu’« aucune visite n’ait été autorisée à la famille ni aux conseils » et que « le fondement légal du transfèrement n’ait toujours pas été communiqué à la défense ».
La défense conteste la valeur probante des images
Pour le collectif, la diffusion télévisée ne saurait constituer, à elle seule, une preuve de la régularité de la détention.
« Ces images ne sauraient tenir lieu de preuve : la détention se justifie par le registre d’écrou, l’état du détenu s’apprécie par la rencontre avec ses conseils et sa famille », soutiennent les avocats.
La défense rappelle par ailleurs que ses demandes étaient directement adressées « aux autorités judiciaires et pénitentiaires, non à l’opinion publique ».
Le collectif revient également sur les explications fournies par le directeur national de l’Administration pénitentiaire au sujet du transfèrement de M. Algassimou Diallo.
Selon ce responsable, le transfert serait intervenu à la suite d’une demande de renvoi formulée par la défense devant les chambres réunies de la Cour suprême.
Mais les avocats soulignent que cette demande a été mise en délibéré et que la Cour suprême doit rendre sa décision le 8 septembre 2026.
La défense s’interroge dès lors sur le fondement d’un transfèrement qui serait lié au sort d’une demande dont la Cour n’a pas encore statué.
« Fonder un transfèrement sur une demande dont le sort demeure inconnu supposerait que l’administration pénitentiaire connaisse par avance la teneur d’une décision qui n’a pas encore été rendue », affirme le collectif.
Les avocats estiment en outre que cette justification est en contradiction avec celle avancée la veille par la même direction, qui avait évoqué la gestion administrative des établissements pénitentiaires pour expliquer le transfert.
Le collectif s’inquiète enfin des conditions dans lesquelles M. Algassimou Diallo a été filmé puis présenté au public.
Les avocats indiquent que leur client a été filmé « dans son lieu de détention et donné à voir au public, à l’insu de ses conseils et sans qu’aucune nécessité de la procédure ne le commande ».
Ils invoquent à cet égard l’article préliminaire du Code de procédure pénale, qui consacre notamment la présomption d’innocence et prévoit que les atteintes à cette présomption doivent être prévenues, réparées et réprimées.
Pour la défense, « livrer au public l’image d’un homme détenu, avant tout débat au fond, méconnaît cette exigence comme celle du respect de sa dignité », également protégée par le même texte.
À la veille de l’audience prévue devant les chambres réunies de la Cour suprême, le collectif des avocats renouvelle ainsi ses principales demandes.
Il réclame notamment :
la production d’un extrait du registre d’écrou ;
l’autorisation d’une visite immédiate de la famille et des conseils ;
la communication du fondement légal du transfèrement ;
et le retour de M. Algassimou Diallo à Conakry, afin qu’il puisse comparaître.

