L’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo a réagi à la grâce présidentielle accordée à Aliou Bah. Pour lui, cette décision ne saurait être assimilée à un acte d’humanisme.
Condamné à deux ans de prison ferme pour offense au chef de l’État, le président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL) a passé près de 22 mois en détention. Alors qu’il devait encore purger quelques mois de sa peine, Aliou Bah a bénéficié d’une grâce présidentielle vendredi 2 octobre, à l’occasion de la célébration de la fête nationale.
Dans une réaction publiée au lendemain de cette décision, Cellou Dalein Diallo en livre une lecture très critique. Selon lui, cette grâce illustre une concentration du pouvoir entre les mains du président guinéen.
« Mamadi Doumbouya démontre, chaque jour, que la détention ou la liberté de ses concitoyens ainsi que la jouissance de leurs droits ne dépendent désormais que de son bon vouloir et de sa volonté souveraine. Il voudrait faire des citoyens guinéens ses obligés, voire ses sujets, et de l’État et de ses institutions, sa chose », a affirmé Cellou.
L’ancien Premier ministre revient également sur les circonstances de l’arrestation et de la condamnation d’Aliou Bah. Il rappelle que le président du MoDeL a été arrêté le 26 décembre 2024, avant d’être condamné, le 25 janvier 2025, à deux ans de prison ferme pour offense au chef de l’État.
Pour Cellou Dalein Diallo, cette détention est injustifiée. Il estime qu’Aliou Bah n’aurait jamais dû être arrêté ou condamné et soutient que la grâce présidentielle ne suffit pas à effacer les conséquences de cette affaire. « La grâce ne fait disparaître ni l’injustice initiale, ni les mois de liberté volés, ni les préjudices subis par Aliou Bah et sa famille », soutient-il.
Le leader politique s’appuie également sur la décision rendue le 25 juin dernier par la Cour de justice de la CEDEAO, saisie du cas d’Aliou Bah. Selon lui, la juridiction communautaire avait ordonné à l’État guinéen de procéder à sa mise en liberté immédiate et sans condition. Le 25 septembre, la Cour avait ensuite saisi les autorités guinéennes afin de s’assurer de l’exécution de cet arrêt, qui, selon Cellou Dalein Diallo, n’avait toujours pas produit d’effet.
Dans ces conditions, l’ancien Premier ministre estime que la libération d’Aliou Bah aurait dû intervenir sur la base de la décision de la juridiction communautaire plutôt que par une grâce présidentielle. « Si Mamadi Doumbouya était réellement préoccupé par la libération d’Aliou Bah et non par la volonté de s’octroyer un humanisme qu’il n’a pas, il aurait tout simplement appliqué, comme il en a l’obligation, l’arrêt de la Cour de la CEDEAO”.
Cellou Dalein Diallo refuse enfin de considérer cette libération comme le résultat d’une quelconque « clémence présidentielle ». Il attribue plutôt le mérite au combat mené par Aliou Bah et à la décision de la Cour de justice de la CEDEAO. « Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle. S’il y a un mérite dans cette libération, il revient à son courage, à sa constance, à sa résilience et à la Cour de justice de la CEDEAO », écrit-il.
Il appelle par ailleurs, à ne pas faire du pouvoir discrétionnaire du dirigeant la référence du fonctionnement de l’État : « Refusons que le fait du Prince soit notre boussole, qu’il remplace la Constitution et les lois de la République et qu’il devienne une épée de Damoclès qui pèse sur notre pays et plane sur toutes nos têtes », a conclu l’opposant.

