«La peur règne en Guinée» : Alioune Tine réclame une réaction ferme de la communauté internationale

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Plus d’une semaine après la découverte dans la nuit du 23 au 24 août 2026 de six corps ligotés et les yeux bandés, enterrés dans une fosse commune dans une des forêts du district de Sabakhouré, dans la commune d’Allasoyah relevant de la préfecture de Forécariah, les interrogations persistent. L’affaire continue de susciter une vive inquiétude au sein des organisations internationales de défense des droits humains, de la société civile et de plusieurs ONG, qui réclament des explications aux autorités guinéennes.

Alioune Tine, figure majeure de la société civile sénégalaise, et fondateur du think tank Afrikajom Center, fait partie du collectif de 20 organisations non gouvernementales africaines qui exigent des autorités guinéennes “l’ouverture d’une enquête indépendante.”

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Invité dans “ Le journal de l’Afrique” sur TV5Monde, l’activiste a d’abord déploré le manque d’aboutissement de toutes les enquêtes ouvertes concernant les cas de disparition et de violations des droits humains en Guinée. “ Toutes les enquêtes ouvertes sur les disparitions de personnes et les violations graves des droits humains n’ont jamais abouties en Guinée. Vous ne pouvez pas citer une seule enquête qui ait abouti et dont les responsables ont été arrêtés et jugés.”

Selon lui, l’absence des résultats d’enquête ouvre désormais la voie aux mécanismes régionaux et internationaux des droits humains. “​À partir de ce moment-là, je pense que la solution réside d’abord dans les institutions régionales et internationales des droits de l’homme, parce que cela ne peut pas continuer.”

Le responsable de la société civile sénégalaise a également évoqué le cas de plusieurs personnes portées disparues. “Une trentaine de personnes ont disparu en Guinée, notamment des figures emblématiques de la société civile du FNDC comme Foniké Menguè et Billo Bah, ainsi qu’un journaliste, sans qu’il y ait de suites. ​Dès que vous interpellez les autorités, le prétexte est de dire : « on va ouvrir des enquêtes », et ça s’arrête là. Ça s’arrête là parce que les personnes soupçonnées sont pratiquement protégées aujourd’hui en Guinée.”

Interrogé sur les démarches entreprises auprès des instances régionales et internationales, Alioune Tine précise : “Nous attendons concrètement que des enquêtes soient menées, que la vérité éclate et que les responsables de ces crimes odieux soient arrêtés et punis par la loi. Nous attendons aussi qu’on interpelle la Guinée pour qu’elle respecte ses obligations internationales en matière de droits de l’homme, en tant qu’État membre et signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.”

Pour Alioune Tine, la Guinée ne peut se soustraire à ses engagements internationaux en matière de protection des droits humains. “​La Guinée fait partie des fondateurs de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le fait d’y avoir intégré la notion de « droits des peuples » venait d’ailleurs d’une proposition du secrétariat guinéen à l’époque. La Guinée doit donc respecter ses engagements. Face à des crimes aussi graves, des enquêtes indépendantes et transparentes doivent être menées pour aboutir à des résultats concrets, arrêter les coupables et les punir” , avant d’ajouter “Cela n’a jamais eu lieu en Guinée.”

Par ailleurs, il établit un parallèle entre le premier régime et celui actuel. “Aujourd’hui, en l’absence d’opposition et avec des organisations de la société civile victimes de la tyrannie et de la peur dont les membres sont contraints à l’exil, emprisonnés ou portés disparus, nous sommes dans une situation qui rappelle le régime de Sékou Touré.”

Au-delà de l’ouverture d’une enquête, la question de la protection des témoins et des familles doit selon Alioune Tine être une préoccupation majeure. “C’est la peur qui règne. En Guinée, des individus viennent et vous enlèvent ; si vous n’êtes pas là, ils s’en prennent à vos proches. Les gens ont peur. Pour garantir leur protection, il faut une réaction ferme de la communauté internationale : les Nations Unies, l’Union européenne, l’Union africaine et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. ​Aujourd’hui, les Guinéens comptent sur la solidarité internationale et sur l’action de ces institutions pour que la vérité éclate et qu’il soit mis fin à cette politique fondée sur l’arbitraire, la tyrannie et la peur.”