Le président de la Haute autorité de la communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, a dressé un sévère réquisitoire contre certaines pratiques qui, selon lui, ont longtemps affecté l’exercice du journalisme en Guinée.
Invité de la Synergie des médias mise en place à l’occasion des élections législatives et communales, il a défendu les mesures de régulation engagées ces dernières années, estimant qu’elles ont contribué à assainir le paysage médiatique et à renforcer la crédibilité de l’information.
Selon lui, les médias guinéens accordent désormais une place plus importante à la vérification des faits avant leur diffusion.
« Écoutez aujourd’hui les radios, regardez les télévisions. Les informations sont vérifiées avant d’être diffusées. Pourtant, on ne cache rien, la presse ne cache rien. Ce qu’on a interdit, ce sont les accusations farfelues. Il y en a eu », a déclaré le président de la HAC.
Poursuivant son intervention, Boubacar Yacine Diallo a affirmé que certaines accusations relayées dans les médias par le passé auraient eu de lourdes conséquences sur des responsables publics. « Il y a même des cadres qui ont trouvé la mort parce que, simplement, un journaliste les a injustement accusés. Ils ne l’ont pas supporté. Ils en sont morts. Je peux vous citer des noms », a-t-il soutenu.
Le président de l’institution de régulation a également dénoncé ce qu’il considère comme une perte des repères déontologiques dans l’exercice du métier en Guinée. « On avait tellement banalisé la profession que l’argent était devenu la déontologie », a regretté Boubacar Yacine Diallo.
Évoquant le train de vie de certains journalistes, il a estimé que les signes extérieurs de richesse observés par le passé soulevaient des interrogations au regard des revenus officiellement déclarés. « Je m’amusais avec certains journalistes quand je les voyais. Ils avaient un salaire de 3 millions et ils roulaient dans des 4×4 valant 1 milliard, alors qu’ils ne sont ni héritiers ni hommes d’affaires. Aujourd’hui, ça, ça se sait», s’est-il félicité.
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre les autorités du pays et les médias ont connu de fortes turbulences ces dernières années. Plusieurs organes de presse parmi les plus suivis du pays, notamment FIM FM, Djoma Médias et le Groupe Hadafo Médias, ont été contraints de suspendre leurs activités à la suite de mesures administratives et réglementaires.
Si les autorités et la HAC présentent ces décisions comme relevant du respect des règles professionnelles, elles ont été dénoncées par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse comme des atteintes au pluralisme médiatique.
Le Groupe Hadafo Médias a toutefois récemment obtenu l’autorisation de reprendre ses activités après près de trois années d’interruption, dans le cadre des mesures d’apaisement engagées entre les autorités et les acteurs du secteur.
Par ailleurs, la disparition du journaliste Habib Marouane Camara demeure une source de préoccupation au sein de la profession. Porté disparu depuis près de deux ans, son cas continue d’alimenter les inquiétudes des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.
Dans ce contexte, les propos du président de la HAC relancent le débat sur la responsabilité des médias, l’éthique journalistique et les limites de la régulation dans un environnement marqué par les exigences de la liberté de la presse.

