Plus de 6,9 millions d’électeurs guinéens se sont rendus aux urnes ce dimanche 31 mai 2026 pour élire les 147 députés de l’Assemblée nationale ainsi que les conseillers communaux des 342 communes du pays. Alors que les résultats sont toujours attendus, une question revient dans le débat public : le Premier ministre Bah Oury et son gouvernement doivent-ils démissionner après ce double scrutin ?
Sur le plan juridique, la Constitution guinéenne prévoit trois situations précises dans lesquelles le gouvernement est tenu de démissionner.
La première concerne l’adoption d’une motion de censure par l’Assemblée nationale. Conformément aux articles 134 et 135, le gouvernement doit quitter ses fonctions lorsqu’une motion de censure est adoptée par une majorité qualifiée des deux tiers des députés.
Le deuxième cas est lié à un conflit persistant entre le président de la République et l’Assemblée nationale. L’article 136 autorise le chef de l’État à dissoudre le Parlement. Toutefois, si la nouvelle Assemblée issue des élections reprend la même position que la précédente sur la question à l’origine du différend, « ce n’est plus la possibilité pour le chef de l’État de dissoudre l’Assemblée nationale, mais c’est plutôt le gouvernement qui est tenu de démissionner».
La troisième hypothèse concerne le référendum constitutionnel. Selon l’article 192, « lorsque ce référendum porte sur une révision de la Constitution (…) quel que soit le résultat, le gouvernement qui a initié la révision constitutionnelle doit démissionner ».
Au regard de ces dispositions, rien n’oblige constitutionnellement Bah Oury et son équipe à quitter leurs fonctions à l’issue des élections législatives et communales du 31 mai.
Au-delà du cadre juridique, le juriste Kalil Camara rappelle toutefois l’existence de pratiques républicaines observées en Guinée comme dans plusieurs autres pays. Parmi elles figure la démission du Premier ministre à la suite d’un désaccord politique avec le chef de l’État.
« Il peut aussi arriver que le président lui demande la démission du gouvernement, ce qui n’a rien à voir avec une élection », explique-t-il.
Le juriste évoque également une autre pratique courante : la démission du gouvernement après des élections présidentielles, législatives ou référendaires. Cette démarche, souvent qualifiée de « démission de courtoisie », vise à prévenir d’éventuels blocages institutionnels entre un nouveau Parlement et un gouvernement issu d’un contexte politique antérieur.
En Guinée, cette pratique s’est installée au fil des années. Sous la présidence de Alpha Condé, le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana avait présenté à deux reprises la démission de son gouvernement. Une première fois le 15 janvier 2014, après les élections législatives du 28 septembre 2013 et l’installation de la nouvelle Assemblée nationale. Une seconde fois le 23 décembre 2015, à la suite de la réélection d’Alpha Condé pour un second mandat.
Son successeur, Mamady Youla, avait également remis sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 17 mai 2018. Cette décision devait permettre au président Alpha Condé de procéder à un vaste remaniement ministériel, conformément à l’engagement pris envers les femmes guinéennes lors de la célébration du 8 mars de la même année.
Le gouvernement dirigé par Ibrahima Kassory Fofana avait lui aussi démissionné en janvier 2021, au lendemain du double scrutin législatif et du référendum constitutionnel organisés en mars 2020.
En définitive, aucune disposition constitutionnelle n’impose au gouvernement de démissionner après une élection, sauf dans les cas expressément prévus par la Loi fondamentale. La décision relève donc du président de la République, qui demeure libre d’accepter ou non une éventuelle démission du Premier ministre et de son équipe gouvernementale.

