Restitution du patrimoine : Samory Touré et Bocar Biro au cœur des échanges au CIRD avec Jean-Luc Martinez

9 min de lecture

Le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) a reçu, ce 1er octobre 2026, Jean-Luc Martinez, ambassadeur français chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine. La rencontre a porté sur les travaux scientifiques engagés en Guinée dans le cadre des démarches visant le retour des biens associés à l’Almamy Samory Touré et des restes humains de l’Almamy Bocar Biro Barry et de ses compagnons.

Plus qu’une visite institutionnelle, la rencontre a constitué un espace d’échanges entre chercheurs guinéens et représentants français autour des enjeux scientifiques liés aux processus de restitution du patrimoine.

- SMS NEWS -
SMS ALERTE - Mini Landing Page

📱 SMS ALERTE

L'actualité en direct sur votre mobile

🎉

3 JOURS GRATUITS

🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
⚡
Actus Express
📱
Par SMS
🌐
Sans Internet

Historiens, anthropologues, juristes, enseignants et étudiants ont présenté au diplomate français les recherches en cours, ainsi que les difficultés rencontrées dans la reconstitution de l’histoire et des parcours des biens culturels et des restes humains concernés.

À cette occasion, le CIRD a présenté ses principales activités, notamment celles menées dans le cadre du Programme national de Recensement, de Documentation et de Numérisation du Patrimoine culturel de la Guinée. L’état d’avancement des travaux de deux comités scientifiques, consacrés respectivement aux biens associés à Samory Touré et aux restes humains de Bocar Biro Barry, a également été exposé.

Pour la directrice du CIRD, Dr Safiatou Diallo, cette rencontre vise avant tout à rapprocher le monde universitaire des acteurs engagés dans les démarches patrimoniales et diplomatiques. « Le motif de cette rencontre, c’est d’échanger avec monsieur l’ambassadeur qui a bien voulu venir nous rendre visite, et de voir comment nous travaillons. »

Dr Safiatou Diallo et Jean-Luc Martinez

La chercheuse insiste sur la nécessité d’une implication accrue des universitaires guinéens dans les questions liées à l’histoire, à la mémoire et au patrimoine. « Nous, les chercheurs guinéens, particulièrement les historiens, les anthropologues et les philosophes, essayons de voir comment nous pouvons contribuer collectivement et objectivement à ces enjeux-là. »

Dans le cadre du programme national de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine, le CIRD participe notamment aux travaux de deux comités scientifiques pluridisciplinaires. Leur mission consiste notamment à documenter le parcours des biens concernés et à établir, à partir des sources disponibles, les circonstances dans lesquelles ils ont quitté la Guinée.

Les chercheurs s’attachent également à retracer les différents itinéraires empruntés par ces biens et à identifier les institutions ou lieux où ils ont été conservés au fil du temps. « Nous avons étoffé les deux comités scientifiques par des chercheurs, des historiens, des juristes surtout et des anthropologues pour pouvoir reconstituer les itinéraires de ces deux situations », explique Dr Safiatou Diallo.

La reconstitution historique se heurte toutefois à plusieurs zones d’ombre. Certaines informations restent difficiles à établir en raison de l’absence de sources ou du caractère incomplet des documents disponibles. « Nous avons pu répondre à certaines questions, mais il y a des questions que nous n’avons pas pu répondre et peut-être, d’après les échanges avec monsieur l’ambassadeur, que nous ne pourrons jamais répondre. »

Pour la directrice du CIRD, ces limites ne doivent pas conduire à interrompre les recherches. Elle estime au contraire nécessaire de renforcer la coopération scientifique et de faciliter l’accès des chercheurs guinéens aux fonds d’archives conservés à l’étranger. « L’important, c’est que nous sommes en train de faire ce que nous pouvons, nous sommes en train d’aller au-delà de l’existant en Guinée. C’est pour cela que cette coopération est importante. »

De son côté, Jean-Luc Martinez explique que sa visite au CIRD répond à la volonté de mieux comprendre le travail scientifique effectué en Guinée dans le cadre de la demande de retour formulée par les autorités guinéennes auprès de la République française. « Je viens visiter ma collègue ici au CIRD dans le cadre d’une mission où nous préparons le retour à la fois des ancêtres et des biens culturels de Samory Touré, à la suite d’une demande faite par le gouvernement guinéen à la République française. »

L’ambassadeur français chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine souligne le rôle central de la recherche historique dans l’examen de cette demande. « Pour instruire cette demande, il faut mener des recherches historiques. C’est la raison pour laquelle j’essaie de comprendre comment cette recherche est menée ici. »

Sa visite lui a également permis de découvrir le fonctionnement du CIRD et d’échanger avec les chercheurs et les étudiants impliqués dans ces travaux.
La démarche intervient alors que la mémoire de la capture de Samory Touré demeure au cœur des recherches historiques et patrimoniales engagées entre la Guinée et la France.
Pour Jean-Luc Martinez, le travail scientifique peut contribuer à établir un dialogue autour de cette histoire commune. « Il s’agit, bien entendu, de revenir sur ce passé douloureux, il y a 128 ans pour l’arrestation de Samory Touré. C’est aussi un moment où Guinéens et Français peuvent, ensemble, faire l’histoire du passé, mais aussi construire le présent. »

Présent lors de la rencontre, Aboubacar Sidiki Condé, directeur national de la Culture et du Patrimoine historique, a également pris part aux échanges. Il rappelle que les démarches concernant Samory Touré et Bocar Biro Barry s’inscrivent dans une dynamique institutionnelle portée par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat. « Ces projets, qui sont issus de la vision de Monsieur le Président de la République, soutenue par le ministre Moussa Moïse Sylla pour le rapatriement des restes humains de notre héros national Bocar Biro Barry et des objets du résistant Almamy Samory Touré, sont en bonne voie. »

Selon lui, la présence de Jean-Luc Martinez en Guinée contribue à faciliter les échanges entre les différentes parties impliquées dans le processus. « Aujourd’hui, nous recevons l’ambassadeur Jean-Luc Martinez, qui fait de la facilitation pour permettre aux demandes de la République de Guinée d’être concrétisées avec le retour de ces biens. »

À travers cette rencontre, le CIRD entend mettre en évidence le rôle de la recherche dans les processus de restitution patrimoniale. Ceux-ci ne reposent pas uniquement sur les décisions politiques et diplomatiques : ils nécessitent également un travail approfondi de documentation, de consultation des archives, d’identification des sources et de confrontation des données.
Le retour des biens associés à Samory Touré et des restes humains de Bocar Biro Barry soulève ainsi des questions à la fois historiques, juridiques, scientifiques et mémorielles.

Pour les chercheurs guinéens, l’enjeu consiste désormais à approfondir les investigations, à identifier de nouvelles sources et à reconstruire, autant que possible, les parcours des biens et des personnes concernés à partir d’éléments documentaires vérifiables.
La rencontre entre le CIRD et l’ambassadeur Jean-Luc Martinez constitue ainsi une nouvelle étape dans ce travail de longue haleine. Elle illustre également la volonté de faire de la recherche scientifique un acteur à part entière de la coopération patrimoniale entre la Guinée et la France.