Guinée : les députés adoptent le volet recettes de la LFR 2026, chiffré à 60 064 milliards de GNF

11 min de lecture

L’Assemblée nationale a adopté, ce samedi 31 octobre 2026, le volet recettes du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Les prévisions de ressources de l’État sont désormais portées à 60 064,47 milliards de francs guinéens, contre 55 858,10 milliards dans la loi de finances initiale, soit une progression de 7,53 %.

Derrière cette hausse, le budget rectificatif prévoit une augmentation des recettes fiscales, mais aussi des réaménagements dans les ressources de trésorerie, les emprunts et les mécanismes de financement de l’État.

- SMS NEWS -
📱 SMS ALERTEL'actualité en direct sur votre mobile
🎉3 JOURS GRATUITS🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
⚡Actus Express
📱Par SMS
🌐Sans Internet

Nouvelle étape dans l’examen du budget guinéen. Réunis en séance plénière ce samedi 31 octobre, les députés de la dixième législature ont adopté le volet recettes de la loi de finances rectificative pour l’exercice 2026. Cette adoption intervient après plusieurs jours d’examen en commission et en intercommission, consacrés notamment aux prévisions fiscales, aux ressources non fiscales et aux mécanismes de mobilisation des recettes publiques.

Au cœur du texte, une révision à la hausse des ressources attendues par l’État. Le gouvernement table désormais sur 60 064,47 milliards de GNF, contre 55 858,10 milliards dans la loi de finances initiale (LFI), soit une augmentation de 4 206,37 milliards de GNF (+7,53 %).

Cette progression intervient dans un contexte économique international moins favorable qu’en début d’année. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, ont contribué à renchérir les prix du pétrole, du gaz, des engrais et des produits alimentaires, tout en durcissant les conditions d’accès aux financements extérieurs.

Présenté le 24 octobre par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, le projet de LFR vise à adapter les prévisions budgétaires aux évolutions économiques et aux réalités constatées au cours de l’exécution du budget 2026. Le ministre du Plan, Ismaël Nabé, et le premier vice-gouverneur de la Banque centrale, Mohamed Lamine Conté, avaient également exposé les enjeux de planification et de stabilité macroéconomique.

D’où proviendront les ressources ?

Les recettes totales révisées se répartissent entre deux grandes composantes : le budget général et les Budgets d’affectation spéciale (BAS).

Le budget général représente l’essentiel des ressources, avec 57 664,90 milliards de GNF, soit 96,01 % du total. Les BAS sont, pour leur part, évalués à 2 399,57 milliards de GNF, soit 3,99 %.
La progression globale repose principalement sur l’amélioration des prévisions du budget général, qui augmentent de 4 233,04 milliards de GNF, soit 7,92 % par rapport à la LFI.

Les recettes fiscales en hausse de 8,39 %
Les recettes fiscales constituent la principale source de financement du budget général. Elles sont réévaluées à 52 795,68 milliards de GNF, contre 48 709,96 milliards dans la loi de finances initiale. Cela représente une hausse de 4 085,72 milliards de GNF, soit 8,39 %.

Cette progression est notamment portée par les impôts sur les biens et services, dont les prévisions augmentent de 248,55 milliards de GNF (+24,20 %), ainsi que par les autres recettes fiscales, en hausse de 785,79 milliards de GNF (+72,72 %).
Toutefois, cette évolution globale masque des reculs dans certaines catégories d’imposition.

Les recettes provenant des impôts sur le commerce extérieur et les transactions internationales diminuent de 340,59 milliards de GNF (-9,43 %). Les impôts sur les revenus, les bénéfices et les gains en capital reculent de 584,06 milliards de GNF (-5,47 %), tandis que les prélèvements sur les salaires et la main-d’œuvre baissent de 23,97 milliards de GNF (-2,58 %).

Ces évolutions traduisent une recomposition des prévisions fiscales. La hausse attendue des ressources repose donc sur certaines catégories d’impôts, alors que d’autres postes sont révisés à la baisse.

Les dons maintenus, les autres recettes progressent

Les prévisions de dons du budget général restent inchangées à 1 952,40 milliards de GNF, conformément à la loi de finances initiale.

Les autres recettes sont, en revanche, révisées à 2 916,82 milliards de GNF, contre 2 769,50 milliards initialement, soit une hausse de 147,32 milliards de GNF (+5,32 %).

Cette augmentation est notamment soutenue par les revenus de la propriété, en hausse de 181,33 milliards de GNF, les recettes issues de la vente de biens et services (+44,01 milliards), les amendes, pénalités et confiscations (+54,85 milliards), ainsi que les recettes diverses (+27,26 milliards).

Cette progression est toutefois atténuée par le reclassement des intérêts de la dette dus par la SOGES et la SOGEKA, pour un montant de 160,13 milliards de GNF, qui ne figurent plus dans cette catégorie.

Des évolutions contrastées des fonds spéciaux

Les Budgets d’affectation spéciale sont révisés à 2 399,57 milliards de GNF, contre 2 426,24 milliards dans la loi de finances initiale. Ils enregistrent ainsi une diminution de 26,67 milliards de GNF, soit 1,10 %.

Cette baisse globale recouvre des évolutions différentes selon les fonds concernés.

Le Fonds national de développement local (FNDL), destiné notamment au financement du développement à la base, voit ses recettes ramenées à 1 114,44 milliards de GNF, contre 1 171,39 milliards initialement, soit une baisse de 4,86 %.

À l’inverse, les recettes du Fonds de développement des communes de Conakry (FODECCON) progressent de 49,26 milliards de GNF, passant de 649,37 à 698,63 milliards de GNF, soit une hausse de 7,59 %.

Le Fonds d’investissement minier (FIM) connaît une diminution de 18,98 milliards de GNF, avec des recettes désormais estimées à 371,48 milliards de GNF, contre 390,46 milliards dans la LFI.

Quant au Fonds commun de l’éducation (FCE), ses prévisions restent stables à 215,02 milliards de GNF.

Ces ajustements montrent que la révision budgétaire ne se traduit pas par une augmentation uniforme des ressources affectées aux différents fonds. Certains dispositifs enregistrent une progression, tandis que d’autres voient leurs prévisions diminuer.

Carburant, recettes pétrolières et trésorerie

Au-delà des recettes fiscales et non fiscales, le volet recettes prend en compte plusieurs modifications liées à la structure des ressources de l’État.

Le gouvernement intègre notamment les pertes de recettes consenties pour maintenir le prix du carburant à la pompe à 12 000 GNF le litre. Cette mesure s’inscrit dans le dispositif de soutien aux prix des produits pétroliers, dans un contexte de hausse des cours internationaux.

Une provision de 913 milliards de GNF est également constituée pour financer la subvention de stabilisation des prix, en complément des pertes de recettes déjà supportées par l’État dans la structure des prix.

Le texte prévoit par ailleurs l’intégration dans les prévisions budgétaires de recettes auparavant comptabilisées dans les opérations de trésorerie. Il s’agit notamment des prélèvements forfaitaires au profit de la CEDEAO, des centimes additionnels destinés aux chambres de commerce et d’agriculture, ainsi que des redevances perçues par le Guichet unique du commerce extérieur de Guinée au titre du Bordereau de frais unique.

Autre modification importante : les prévisions de numéraires et dépôts du Trésor public auprès de la Banque centrale sont ramenées de 4 500 à 2 706 milliards de GNF, soit une diminution de 1 794 milliards.

En parallèle, le gouvernement prévoit d’augmenter le volume des emprunts obligataires de 1 089,84 milliards de GNF et celui des titres d’État de 1 000 milliards de GNF.

Ces ajustements témoignent de la volonté de réorganiser les ressources de financement de l’État. Ils posent également la question de l’équilibre entre mobilisation des recettes fiscales, recours à l’emprunt et gestion de la trésorerie publique.

Les députés ont insisté sur les exonérations minières

Au cours de l’examen en intercommission, la question des exonérations fiscales accordées aux entreprises du secteur minier a occupé une place importante dans les échanges.

Les parlementaires ont notamment recommandé une meilleure maîtrise des avantages fiscaux et un renforcement des mécanismes de contrôle, afin de préserver les recettes auxquelles l’État peut légitimement prétendre.

Cette préoccupation est stratégique pour un pays dont les perspectives économiques reposent largement sur le développement du secteur extractif et la mise en œuvre du programme Simandou 2040.

L’enjeu consiste à concilier l’attractivité des investissements miniers avec une contribution fiscale plus efficace des entreprises opérant dans le secteur. Une rationalisation des exonérations pourrait contribuer à élargir les ressources disponibles pour financer les infrastructures, les services sociaux et les investissements productifs.

Les députés ont également appelé à renforcer les performances des régies financières et à élargir l’assiette fiscale, tout en veillant à préserver le pouvoir d’achat des ménages et les conditions d’activité des entreprises.

L’adoption de ce samedi constitue une étape importante dans la procédure d’examen de la LFR 2026. Elle porte toutefois sur le volet recettes du texte et ne doit pas être confondue avec l’adoption définitive de l’ensemble de la loi de finances rectificative.

Les débats budgétaires doivent encore permettre d’examiner les dispositions relatives aux dépenses et de poursuivre la procédure parlementaire jusqu’au vote final du texte.

Au-delà de l’augmentation de 7,53 % des recettes prévisionnelles, la question centrale demeure celle de leur mobilisation effective. Au 15 octobre 2026, les recettes liquides de l’État atteignaient 44 225,37 milliards de GNF, soit 85 % des prévisions de la loi de finances initiale, selon les chiffres présentés par la ministre de l’Économie.