2 octobre : Alpha Condé appelle à préserver l’avenir de la République

9 min de lecture

À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’ancien président Alpha Condé a adressé un message à ses compatriotes. Revenant sur l’histoire du pays, son bilan à la tête de l’État et les évolutions intervenues depuis septembre 2021, il appelle les Guinéens à préserver l’unité nationale, à tirer les leçons du passé et à construire une République tournée vers les générations futures.

Dans son message publié sur sa page facebook, Alpha Condé a choisi de replacer son message dans une perspective historique.

- SMS NEWS -
📱 SMS ALERTEL'actualité en direct sur votre mobile
🎉3 JOURS GRATUITS🎁

Profitez de nos actualités sans engagement

COMMENCER MON ESSAI GRATUIT
⚡Actus Express
📱Par SMS
🌐Sans Internet

Pour l’ancien président, le 2 octobre 1958 ne doit pas être associé à une génération ou à une formation politique particulière. « Cette date historique ne doit appartenir ni à une génération, ni à un parti, encore moins à une junte. Elle appartient au peuple », affirme-t-il.

À ses yeux, l’indépendance ne se résume pas à la souveraineté politique. Elle suppose également la capacité d’un pays à décider de son avenir, à valoriser ses ressources et à disposer d’institutions solides.
« Être indépendant, c’est pouvoir décider librement de son destin, disposer de ses ressources dans l’intérêt de la Nation et avoir des institutions démocratiques capables de résister aux hommes, aux clans et aux intérêts particuliers », souligne-t-il.

Un retour sur la décennie 2011-2021

Dans son message, Alpha Condé revient longuement sur la période durant laquelle il a dirigé la Guinée.
Il rappelle qu’à son arrivée au pouvoir, à la fin de 2010, le pays faisait face, selon lui, à d’importantes difficultés économiques et infrastructurelles. Il met notamment en avant les réformes économiques et financières engagées avec l’appui des institutions internationales.

L’ancien président cite l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, qui avait permis à la Guinée de bénéficier d’un important allégement de sa dette.

Il évoque également les investissements réalisés dans le secteur énergétique, notamment les barrages de Kaléta et de Souapiti, ainsi que les infrastructures routières et les réformes du secteur minier.
« Dans le secteur minier, le nouveau Code de 2011 a rendu le secteur plus attractif », rappelle-t-il, avant de revenir sur les négociations engagées autour de Simandou et du projet de port en eau profonde de Moribaya.

Alpha Condé cite également les performances économiques enregistrées durant son mandat. Il rappelle notamment qu’en 2020, malgré la pandémie de Covid-19, la croissance avait atteint environ 7,1 %, tandis que les données de la Banque mondiale faisaient état d’un recul de la pauvreté monétaire entre 2014 et 2018.

Mais l’ancien président ne présente pas cette période comme exempte de difficultés.
« Une lecture honnête de notre histoire doit reconnaître ces acquis sans nier les insuffisances et les erreurs de cette période », reconnaît-il.

Il revient notamment sur les manifestations, les tensions politiques et les violences ayant marqué ces années et déclare : « Je m’incline, au nom de l’État guinéen, devant la mémoire de toutes les victimes de ces épisodes sombres de notre histoire commune. »

Le 5 septembre 2021, un tournant dans l’histoire récente

L’ancien chef de l’État consacre ensuite une partie importante de son message aux événements du 5 septembre 2021.
Il considère cette date comme une rupture majeure dans l’évolution politique du pays et estime que le changement de pouvoir intervenu à cette occasion a interrompu le processus institutionnel alors en cours.

Alpha Condé revient également sur les engagements annoncés au début de la transition : refondation de l’État, restauration de la justice, lutte contre la corruption, défense des droits et retour à l’ordre constitutionnel.

Cinq ans après ces événements, il estime que ces engagements doivent être examinés à la lumière de la situation du pays.

Alpha Condé évoque également la situation des libertés publiques depuis 2021.

Il cite les rapports d’organisations internationales de défense des droits humains faisant état de restrictions de l’espace civique, d’interdictions de manifestations, d’arrestations de journalistes et d’opposants, ainsi que de restrictions concernant certains médias.

Il évoque également des allégations de disparitions forcées et de violences.
« La liberté n’est pas un privilège. La presse libre n’est pas une faveur. La justice ne doit appartenir ni à un gouvernement ni à un individu, mais au droit et à la Nation guinéenne », affirme-t-il.

L’ancien président revient par ailleurs sur la décision annoncée en octobre 2024 concernant plusieurs formations politiques.
Pour lui, la question dépasse les seuls acteurs politiques : elle concerne directement la capacité des citoyens à participer à la vie publique et à exprimer leurs opinions.

Simandou et les ressources naturelles au centre des préoccupations

Autre volet important de son intervention : les ressources naturelles de la Guinée.

Alpha Condé reconnaît l’importance du potentiel minier, hydroélectrique et agricole du pays, mais rappelle que ces ressources ne constituent qu’un moyen de parvenir au développement.
« Posséder des richesses naturelles ne suffit pas à rendre un peuple riche », affirme-t-il.
Selon lui, la véritable richesse d’un pays repose également sur la qualité de ses institutions, de son administration, de son système éducatif et de son système de santé.
« La véritable richesse d’une Nation réside dans ses institutions démocratiques, une administration compétente, une justice indépendante, une presse libre, des écoles, des hôpitaux et une énergie disponible. »

L’ancien président cite particulièrement Simandou, projet appelé à jouer un rôle majeur dans l’économie guinéenne.

Il estime toutefois que les ressources du projet doivent bénéficier directement à la population.
« À lui seul, Simandou ne peut développer la Guinée », estime-t-il, appelant à faire en sorte que les ressources minières contribuent à la création d’emplois, au développement des infrastructures, à l’éducation, à la santé et à l’accès à l’énergie.
Dans la dernière partie de son message, Alpha Condé insiste sur l’unité nationale et sur la nécessité de ne pas laisser les divisions politiques déterminer l’avenir du pays.

Il appelle les Guinéens à dépasser les affrontements entre personnes et à placer la République au-dessus des intérêts particuliers.
« La Nation guinéenne est plus grande que les militaires comme elle est plus grande que les civils. Notre drapeau n’appartient à personne. Il appartient à tous les Guinéens respectueux de notre mémoire collective. »
Cette phrase résume, à ses yeux, l’un des enjeux majeurs de la période actuelle : permettre à chaque citoyen de se reconnaître dans les institutions et dans les symboles de la République.

Au terme de son propos, l’ancien président se projette vers l’avenir et appelle les Guinéens à transmettre aux générations futures un pays plus solide.
« Notre génération reçoit à son tour la responsabilité historique de transmettre la Guinée à ceux qui viendront après nous », déclare-t-il.

Il imagine une Guinée « plus juste, plus forte et plus prospère », dans laquelle les richesses du sous-sol profiteraient davantage aux populations et où la dignité humaine serait protégée.

Au-delà des divergences politiques, son message du 2 octobre se veut ainsi un rappel de la responsabilité collective qui incombe aux Guinéens dans la construction de leur pays.
« La République appartient réellement au peuple », conclut Alpha Condé, avant d’adresser ses vœux à l’ensemble de ses compatriotes.