« Tout le monde sait ce qui s’est passé au mois de décembre » : l’Intersyndicale de l’éducation menace de reprendre la grève

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Alors que le processus de recrutement de 6 000 nouveaux enseignants démarre ce lundi 21 septembre, l’Intersyndicale de l’éducation hausse le ton et agite de nouveau le spectre d’une grève. Réunis autour du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), du Syndicat national de l’éducation (SNE) et de la Fédération syndicale professionnelle de l’éducation (FSPE), les syndicats réclament notamment le respect des engagements pris par le gouvernement dans le protocole d’accord signé le 3 janvier 2026.

La première phase du recrutement, annoncée par le ministère de la Fonction publique, s’est ouverte ce lundi 21 septembre et doit se poursuivre jusqu’au 13 novembre 2026. Mais pour l’Intersyndicale, cette opération ne doit pas occulter la situation des enseignants contractuels communautaires qui avaient été recalés lors de l’évaluation en pratique de classe, malgré leur moyenne.

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C’est sur ce point que les syndicats maintiennent la pression, notamment en ce qui concerne les quelque 4 500 enseignants concernés.
Pour Kadiatou Bah, du SLECG, le protocole d’accord prévoit clairement que les enseignants ayant obtenu la moyenne lors de l’évaluation doivent être considérés en priorité lors du prochain engagement.

« Dans l’article 7 de notre protocole d’accord, il est stipulé que : “la situation des enseignants ayant obtenu la moyenne à cette évaluation sera mise en priorité au prochain engagement. Quand on parle d’un prochain engagement, il ne s’agit pas d’un nouveau concours ni de la mise en place d’une commission pour statuer sur quiconque. Ces enseignants contractuels communautaires ont déjà franchi toutes les étapes : le recensement, la biométrie et le concours en pratique de classe. Vous retrouverez dans des zones comme Yomou par exemple : s’il y avait un besoin de 300 enseignants et que 500 avaient la moyenne, seuls 300 ont été retenus. Qu’en est-il des autres qui ont aussi la moyenne ? Prenez la préfecture de Tougué : il y avait plus de 400 enseignants contractuels communautaires, mais ils n’en ont pris que 70. Et les autres, qui ont des 16, des 17 ou des 18 de moyenne ?”»

La syndicaliste appelle par ailleurs les enseignants à rester mobilisés autour de l’Intersyndicale.
« Nous saluons néanmoins le président du Conseil National du Dialogue Social, qui a veillé à ce que ce document ne soit pas violé. Un comité de suivi a été mis en place pour travailler sur tous les points : les points obtenus (notamment les primes) et les points restants. Un plan d’action a été dressé pour respecter ce protocole d’accord. Nous demandons à toutes les enseignantes et à tous les enseignants de Guinée d’accompagner l’Intersyndicale de l’Éducation jusqu’à ce que ce protocole soit respecté. »

Du côté du Syndicat national de l’éducation, Michel Pépé Balamou précise que l’Intersyndicale n’est pas opposée au principe d’un concours de recrutement. Le désaccord porte principalement sur le traitement réservé aux enseignants déjà évalués et sur les engagements pris par l’État.
« L’intersyndicale de l’éducation n’est pas opposée à l’organisation d’un concours. Il faut que cela soit très clair. Ni le SLECG, ni la FSPE, ni le SNE, personne n’est opposé à ce que les meilleurs soient recrutés pour enseigner dans les écoles de la République. »

Selon lui, la question des 4 500 enseignants recalés demeure centrale. « En 2024, 14 500 enseignants contractuels communaux ont été identifiés, recensés, biométrisés et soumis à l’évaluation en pratique de classe. 10 000 enseignants ont été retenus ; 4 500 ont été recalés, non pas parce qu’ils n’ont pas eu la moyenne, mais parce qu’il y avait une répartition proportionnelle zonale en fonction des préfectures. Si l’on avait proclamé les résultats uniquement en fonction des moyennes générales, certaines préfectures n’auraient eu que dix admis. C’est pourquoi, par endroits, des candidats ayant eu 10/20 ont été pris, tandis qu’ailleurs, certains ayant obtenu 15/20 n’ont pas été retenus. Parmi ces 4 500, seuls 60 n’ont pas eu la moyenne. Tout le reste plus de 4 400 personnes ont obtenu une moyenne égale ou supérieure à 10/20. »

Au-delà du recrutement, l’Intersyndicale évoque plusieurs engagements financiers et administratifs qui, selon elle, tardent à être concrétisés. « Sur le volet financier, fin septembre, 1 200 000 GNF doivent être ajoutés à la prime de documentation (pour la porter à 1 500 000 GNF), et 200 000 GNF restent au titre des indemnités de logement et de transport. C’est donc 1 400 000 GNF qui doivent être intégrés au salaire de tous les enseignants de Guinée. Le protocole a été signé le samedi 3 janvier 2026. Il était prévu qu’au mois de février, les parties se rencontrent pour mettre en place les commissions techniques. Il a fallu attendre le mois d’avril et émettre des menaces pour qu’elles soient enfin créées. Il y a trois commissions :
La commission technique chargée de traiter les listes des enseignants contractuels communaux non retenus à l’issue des évaluations ;
La commission chargée de recevoir les actes de nomination des cadres du système éducatif devant bénéficier des primes de fonction ;
La commission chargée de la finalisation du processus de révision du statut particulier des personnels de l’éducation et de la formation . »

Michel Pépé Balamou dénonce également les conditions dans lesquelles les travaux des commissions auraient été conduits.
« Nos camarades ont travaillé pendant 4 à 5 mois bénévolement. Pourtant, au moment où nous attendions les rapports effectifs, le président de la commission chargée de traiter les listes a directement pris la liste pour la transmettre au ministère de la Fonction publique.
Le ministre de la Fonction publique est devenu un champion des annonces : en février, il annonçait 35 000 agents, en juillet son directeur parlait de 20 000, ensuite on nous parle de 8 000, puis de 9 000. De plus, il sort un communiqué pour demander aux gens de s’inscrire sans même préciser les pièces à fournir.»

Le SNE insiste également sur la nécessité de privilégier la formation professionnelle des enseignants et un recrutement répondant aux besoins locaux.
« Nous aurions voulu que la priorité absolue pour les recrutements futurs soit accordée aux personnes formées dans les ISSEG et les ENI. Il faut la professionnalisation de l’éducation ! De plus, ce recrutement doit se faire de façon locale, poste par poste. Regardez les 10 000 enseignants recrutés pour les collectivités locales : personne n’a quitté son poste, ils sont tous sur place .
Pendant ce temps, les salaires de nombreux enseignants ne sont pas débloqués (certains depuis décembre 2023, juillet 2024 ou juillet 2025). Nous avons écrit des correspondances, nous nous sommes déplacés, mais ils se sont enfermés dans une tour d’ivoire.
Tant que les conditions matérielles et financières ne sont pas réunies (écoles délabrées, manque de latrines, d’eau, de tables-bancs, de matériel didactique ou de cahiers), nous n’accepterons aucun principe d’organisation de concours. »

C’est finalement sur la question de la grève que l’Intersyndicale se montre la plus ferme. Algassimou Barry, secrétaire général par intérim de la FSPE, rappelle les circonstances dans lesquelles le précédent mouvement avait été suspendu et prévient que la mobilisation pourrait reprendre si les revendications restent sans réponse.
« Je crois que tout le monde sait ce qui s’est passé au mois de décembre. C’est avec des médiations à tous les niveaux le CNDS, la société civile, les centrales syndicales, les religieux que tout le monde s’est impliqué. Parce que généralement, chez nous en Guinée, on laisse le mal pourrir, puis on veut nous faire croire que l’enseignant ne considère pas la nation. Depuis 2024, des enseignants sont bloqués. Certains ont rendu l’âme, d’autres sont malades aujourd’hui, alités. Il y a même eu des cas de divorce. Où est le social ? »

Sur le statut particulier des personnels de l’éducation, le syndicaliste estime également que les engagements doivent être suivis d’effets.
« Le statut particulier de l’éducation comporte une panoplie d’avantages. Ce statut, bien qu’il ait été signé le 12 juin 2006 soit un statut qui a plus de 25 ans , pour sa simple révision, ils cherchent à créer de la distraction.
Si tous ces problèmes ne sont pas satisfaits, la grève n’était que suspendue. Je le répète bien : la grève n’était que suspendue ! Vous savez, nos grèves sont civilisées. Si l’on n’est pas satisfait, personne ne descend dans la rue. On dit aux enseignants : restez à la maison. »

À l’ouverture de la première phase du recrutement des 6 000 enseignants, le gouvernement doit donc composer avec une nouvelle montée de la tension syndicale. Pour l’Intersyndicale, l’enjeu ne se limite pas au recrutement : il porte aussi sur le respect du protocole d’accord, le règlement de la situation des enseignants non retenus et l’application des engagements pris envers le personnel éducatif.

En rappelant que « la grève n’était que suspendue », les syndicats laissent ainsi planer la perspective d’une reprise du mouvement. À l’approche de la rentrée scolaire, la réponse du gouvernement aux revendications de l’Intersyndicale sera donc déterminante pour la suite du bras de fer.