Après près de sept mois de guerre contre l’Iran, les États-Unis reconnaissent pour la première fois que l’intensité des opérations a mis leurs stocks de munitions sous pression. Un rapport du Pentagone chiffre à 22,3 milliards de dollars la valeur des munitions utilisées depuis le lancement de l’opération « Epic Fury », révélant au passage les limites de la capacité américaine à soutenir durablement une guerre de haute intensité.
Le conflit, engagé le 28 février 2026 sur ordre de Donald Trump, devait notamment empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Mais après 199 jours de combats, la question n’est plus seulement celle des résultats militaires. Elle concerne désormais la capacité des États-Unis à maintenir le rythme des opérations sans fragiliser leurs propres réserves stratégiques.
Dans un rapport de 44 pages publié lundi 14 septembre, le département de la Défense américain estime à 33,4 milliards de dollars le coût de l’opération « Epic Fury » entre le 28 février et le 30 juin.
Sur cette somme, 22,3 milliards de dollars correspondent aux munitions utilisées. Le document fait également état de 7,4 milliards de dollars d’engagements cumulés et de 3,7 milliards de dollars liés aux pertes d’équipements. Les dépenses consacrées à la remise en état des infrastructures ne sont pas comprises dans cette estimation.
Le rapport du Pentagone met ainsi en évidence un problème qui dépasse largement la seule question financière : le rythme des combats exerce une pression croissante sur les stocks américains et sur une chaîne industrielle qui doit désormais reconstituer les réserves consommées.
Cette consommation s’explique d’abord par l’ampleur des opérations menées depuis le début de la guerre.
Selon le commandement central américain (CENTCOM), les forces américaines ont effectué environ 36 000 sorties de combat et plus de 1 800 missions de tir. Elles ont frappé plus de 13 500 cibles en Iran, parmi lesquelles des installations de missiles balistiques, des systèmes de défense antiaérienne, des sites de stockage de drones et de missiles de croisière, des bases navales ainsi que des infrastructures de l’industrie de défense iranienne.
À ce niveau d’intensité, chaque journée de combat représente une consommation importante de missiles, de bombes guidées, d’intercepteurs et d’autres équipements militaires. C’est précisément cette cadence qui commence à peser sur les capacités de renouvellement des stocks américains. À la consommation de munitions s’ajoutent d’importantes pertes d’équipements.
Le rapport estime à environ 2,5 milliards de dollars la valeur des appareils américains détruits ou perdus. Parmi eux figurent quatre F-15E, un A-10, un hélicoptère MH-60, un drone MQ-4C ainsi que plus de 30 MQ-9. Au moins un F-35 aurait également été endommagé.
Ces pertes ne constituent toutefois qu’une partie de la facture. La reconstitution des capacités américaines suppose également de produire de nouvelles munitions, de remplacer certains équipements et de remettre en état les infrastructures affectées par les combats. La riposte iranienne a également étendu les conséquences du conflit au-delà du territoire iranien.
Selon le rapport, des centaines de bâtiments et de structures appartenant aux forces américaines ont été endommagés ou détruits sur des bases situées dans huit pays : le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Irak, Oman et la Jordanie.
Cette dimension régionale contribue à augmenter les besoins logistiques et financiers de Washington, alors que les forces américaines doivent maintenir leur présence sur plusieurs théâtres d’opérations.
Le rapport du Pentagone souligne surtout les conséquences de cette utilisation intensive des munitions sur les stocks de l’armée américaine.
La forte consommation aurait entraîné des tensions sur certaines réserves et mis en évidence des goulets d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie de défense américaine.
Autrement dit, le problème n’est pas uniquement de disposer de suffisamment de munitions pour poursuivre les opérations actuelles. Washington doit également être capable de remplacer rapidement ce qui a été utilisé afin de préserver sa capacité à répondre à d’autres crises.
Cette contrainte est d’autant plus importante que les États-Unis doivent continuer à anticiper d’éventuelles confrontations ou crises sur d’autres théâtres stratégiques.
Ces révélations contrastent avec les déclarations de Donald Trump quelques mois plus tôt.
En juin, le président américain avait qualifié de « Fake News » les informations publiées notamment par le Washington Post et le New York Times faisant état de difficultés concernant certains missiles et intercepteurs américains. Il affirmait alors que les États-Unis disposaient d’une « quantité énorme de munitions ».
Le rapport du Pentagone ne confirme pas nécessairement l’idée d’un épuisement général de l’arsenal américain. Il met en revanche en évidence une réalité plus nuancée : certaines capacités sont soumises à une forte pression lorsque les États-Unis doivent soutenir pendant plusieurs mois des opérations de haute intensité.
Au-delà du bilan de la guerre contre l’Iran, le rapport pose donc une question stratégique pour Washington : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils soutenir une guerre de haute intensité tout en préservant leur capacité à répondre à d’autres crises ?
Cette interrogation dépasse le seul conflit iranien. Elle concerne également la capacité de l’industrie américaine de défense à produire suffisamment rapidement pour reconstituer les stocks, maintenir les engagements militaires actuels et se préparer à d’éventuelles crises impliquant d’autres puissances comme la Russie, la Chine ou la Corée du Nord.
Après 199 jours de combats, les munitions apparaissent ainsi comme un enjeu stratégique à part entière. Dans une guerre longue, la puissance militaire ne dépend pas seulement du nombre d’avions ou de missiles disponibles, mais aussi de la capacité à remplacer ce qui est consommé, au rythme où les opérations l’exigent.

