À cinq jours de l’entrée en vigueur annoncée de l’interdiction de certains plastiques à usage unique en Guinée, l’Union pour la défense des consommateurs de Guinée (UDCG) demande aux autorités de revoir le calendrier de mise en œuvre de la mesure. L’organisation réclame un moratoire d’un an, estimant que les alternatives nécessaires ne sont pas encore suffisamment disponibles sur le marché.
Dans un entretien accordé à Guinée360, ce mardi 15 septembre 2026, le président de l’UCG, M’Bany Sidibé, précise que son organisation ne remet pas en cause l’objectif de réduction de l’utilisation des plastiques. Elle conteste toutefois une application immédiate de l’interdiction, alors que les conditions d’une transition progressive ne seraient pas réunies. « Donc, vouloir interdire sans alternative, c’est très grave. C’est pourquoi nous avons demandé à ce que l’État organise une transition écologique progressive », explique M’Bany Sidibé.
Le président de l’UDCG rappelle que les plastiques à usage unique concernent plusieurs produits largement utilisés au quotidien, notamment les sacs, les gobelets, les assiettes, les bouteilles et les emballages alimentaires.
Pour lui, une interdiction de ces produits doit nécessairement être accompagnée de solutions de remplacement. Il estime notamment que le développement du recyclage et la production d’emballages biodégradables conformes aux normes auraient dû précéder l’entrée en vigueur de la mesure. « L’arrêté pouvait nous permettre maintenant d’aller vers la mise en place des PME, c’est-à-dire du recyclage, ou aussi de la fabrication des emballages biodégradables, tout en respectant les normes », souligne-t-il.
Selon l’UDCG, la période transitoire d’un an permettrait ainsi aux entreprises de s’adapter, aux filières de recyclage de se structurer et aux emballages alternatifs de devenir plus accessibles aux consommateurs. Au-delà de la question environnementale, l’organisation de défense des consommateurs s’inquiète des conséquences économiques de l’interdiction.
M’Bany Sidibé redoute que l’absence d’alternatives disponibles entraîne une hausse du prix de certains produits et fasse supporter aux ménages une part importante du coût de la transition. « Nous pensons qu’aujourd’hui c’est une bonne mesure, mais il faut aller progressivement et nous condamnons la rapidité. On ne peut pas aller vers une interdiction systématique », soutient-il.
Pour l’UDCG, la politique de réduction des déchets plastiques ne doit donc pas se traduire par une dégradation du pouvoir d’achat ni par des difficultés supplémentaires d’accès à certains produits essentiels. L’organisation propose plusieurs mesures d’accompagnement pour permettre une sortie progressive des plastiques à usage unique.
Elle demande notamment à l’État de faciliter l’implantation d’usines de production d’emballages biodégradables, d’accompagner les entreprises déjà présentes dans le secteur et de renforcer le contrôle du respect des normes.
L’UDCG souhaite également que les PME spécialisées dans le recyclage bénéficient d’un accompagnement leur permettant de valoriser davantage les déchets plastiques. « L’État devait faciliter l’implantation des usines de production des emballages biodégradables et, s’ils existent, apporter des subventions, les accompagner, les encadrer et aller vers le contrôle systématique en termes de normes de ces emballages biodégradables », détaille M’Bany Sidibé.
Pour obtenir le délai qu’elle réclame, l’UDCG affirme avoir engagé des démarches auprès des autorités. M’Bany Sidibé estime que la mise en œuvre de l’interdiction nécessite une concertation entre les différents départements concernés. « Nous sommes en train de voir les autorités pour que progressivement, on essaie d’aller vers des dates moratoires », affirme-t-il.
Le président de l’organisation appelle également les autorités à éviter des mesures brutales à l’encontre des commerçants et des consommateurs. Selon lui, l’application de l’arrêté doit respecter les différentes étapes prévues, notamment les mises en demeure avant d’éventuelles sanctions.
Si l’interdiction entre effectivement en vigueur le 20 septembre sans report, l’UDCG entend poursuivre ses démarches et utiliser les voies de recours qu’elle estime disponibles. « Nous sommes en train d’utiliser toutes les voies de recours et les consommateurs ne seront pas abandonnés. Nous n’allons jamais accepter, sous aucun prétexte, que le poids tombe sur les consommateurs », prévient M’Bany Sidibé.
Parmi les secteurs jugés sensibles, celui de l’eau minérale suscite une attention particulière de l’UDCG. M’Bany Sidibé appelle à la prudence, estimant qu’une interdiction brutale des emballages concernés pourrait affecter les consommateurs alors que l’accès à l’eau courante reste problématique dans de nombreux foyers.
Pour l’organisation, la transition doit donc tenir compte des réalités économiques et sociales du pays, notamment de l’accès aux produits essentiels. Au-delà de la demande de moratoire, le message de l’UDCG est clair : l’organisation ne s’oppose pas à l’objectif de réduction des plastiques, mais réclame davantage de temps pour préparer les conditions de sa mise en œuvre.
Pour M’Bany Sidibé, la disparition rapide des plastiques à usage unique du marché guinéen ne peut être envisagée sans solutions de remplacement crédibles. « Est-ce que d’ici lundi, on peut débarrasser la Guinée des plastiques-là, sans mesure alternative crédible ? Moi, je dirais non ».
L’UDCG maintient ainsi sa demande d’une période transitoire d’un an, au cours de laquelle l’État, les entreprises et les acteurs du secteur pourraient travailler à la mise en place d’alternatives durables, au développement du recyclage et au respect des normes. Pour l’organisation, l’enjeu est désormais de concilier la protection de l’environnement avec la préservation du pouvoir d’achat et l’accès des consommateurs aux produits essentiels.

