Procès BCRG : les syndicalistes contestent les violences, le garde du corps livre une autre version

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Le procès de trois responsables syndicaux de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) s’est ouvert ce lundi 24 août 2026 devant le tribunal correctionnel de Kaloum. Aboubacar Sidiki Camara, secrétaire général adjoint, Aboubacar Yansané, chargé de la santé, de la sécurité et de l’hygiène au travail, et Momo Camara, chargé des affaires sociales, sont poursuivis pour des faits présumés “d’outrage à agent, violences et voies de fait”, à la suite d’une plainte déposée par l’adjudant-chef Daouda Sankhon, l’un des gardes du corps du gouverneur de la BCRG, Karamo Kaba.

Au cœur des débats : les circonstances dans lesquelles les trois syndicalistes se sont présentés, le 6 août dernier, au siège de la banque pour tenter de rencontrer le gouverneur. Les prévenus affirment être venus exposer leurs revendications sans intention de provoquer un incident. Le plaignant soutient, de son côté, que l’un des syndicalistes a forcé une porte et que d’autres ont tenté de passer malgré les consignes de sécurité.

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Premier des trois prévenus à comparaître, Momo Camara a rejeté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. À la barre, il a livré sa version des événements survenus le 6 août.
« Le 6 août, nous sommes allés voir notre responsable, le gouverneur de la BCRG, M. Karamo Kaba. Nous étions douze. À notre arrivée, le gardien m’a dit : “Momo, je ne dis pas tous les jours, mais aujourd’hui, toi, tu ne rentres pas ici” », a-t-il relaté.

Selon lui, la délégation syndicale ne s’était pas rendue à la BCRG dans l’intention de provoquer des troubles.
« Personne ne peut semer le trouble à la BCRG, c’est un lieu ultra-sécurisé. Quand le gouverneur nous a dit, à sa sortie, qu’il ne pouvait pas nous recevoir parce qu’il attendait un ministre, nous sommes repartis. Il nous a demandé de lui écrire sur WhatsApp et nous a dit qu’il allait nous répondre. Nous étions simplement venus lui exposer notre problème. Nous n’étions pas venus pour combattre », a-t-il déclaré.

Aboubacar Sidiki Camara, deuxième prévenu à comparaître, a confirmé cette version. Il affirme que les responsables syndicaux avaient tenté à plusieurs reprises, pendant près de trois semaines, de rencontrer le gouverneur, sans succès.
« Nous avons tenté pendant trois semaines et à plusieurs reprises de rencontrer monsieur le gouverneur de la BCRG, mais ces tentatives se sont malheureusement soldées par des échecs », a-t-il expliqué.

Selon lui, ces démarches étaient liées notamment à des revendications portant sur la signature d’un protocole d’accord salarial.
Revenant sur leur arrivée à la BCRG, il affirme que le garde du corps leur aurait d’abord indiqué que le gouverneur n’était pas présent.
« Quand nous sommes arrivés, le garde du corps nous a d’abord dit : “Le patron n’est pas là.” Ensuite, il a empêché Momo de rentrer. Or, ce jour-là, le gouverneur était bien là. Quand il est sorti, la première phrase qu’il nous a adressée était : “Vous êtes des indignés”. Si l’on pouvait visionner les images des caméras de surveillance, vous allez effectivement croire ce que je dis », a-t-il déclaré.

« Vous êtes des indignés » : les explications des prévenus

Cette phrase attribuée au gouverneur est revenue dans les témoignages des trois syndicalistes.
Dernier à comparaître, Aboubacar Yansané a également contesté les faits qui lui sont reprochés. Il a notamment évoqué les revendications liées au protocole d’accord salarial, dont certaines dispositions concernent la prime de scolarité.
« Il y avait des questions dans le protocole d’accord relatives à la prime de scolarité, qui doivent être réglées au mois de septembre, puisque la rentrée des classes approche. Quand nous sommes arrivés, je n’ai en aucun cas vu Momo en train d’agresser le garde du corps de monsieur le gouverneur », a-t-il soutenu.

Selon lui, après la sortie du gouverneur, les syndicalistes auraient simplement demandé à être reçus par une délégation restreinte.
« Il nous a dit : “Vous êtes des indignés”. Nous lui avons répondu : “Vous êtes notre père. Recevez ne serait-ce que deux personnes parmi nous.” Il nous a fait savoir qu’il avait rendez-vous avec le ministre. C’est ainsi que nous sommes sortis sans créer d’incident », a-t-il relaté.

À la barre, l’adjudant-chef Daouda Sankhon, plaignant dans cette affaire, a livré une version différente de celle des trois prévenus.
Selon lui, Momo Camara aurait forcé une porte après avoir été informé qu’il ne pouvait pas accéder aux locaux.
« Ce jour-là, Momo Camara a été le premier à se présenter. Quand il est arrivé, il m’a dit qu’il voulait rencontrer le gouverneur. Je lui ai dit : “Le patron m’a demandé de ne laisser personne entrer.” Je lui ai demandé s’il avait rendez-vous avec le gouverneur. Deux minutes après, j’ai vu ses collègues arriver en grand nombre. C’est ainsi que Momo Camara, seul, a forcé la porte pour entrer. C’est ce bruit qui a attiré l’attention du gouverneur, qui est sorti », a-t-il témoigné.

Le militaire affirme également que les autres syndicalistes auraient tenté de forcer le passage.
« Comme je suis militaire et que je portais une arme, c’est la raison pour laquelle j’ai porté plainte à la DPJ », a-t-il expliqué.
Son témoignage entre ainsi directement en contradiction avec celui des prévenus, qui affirment être repartis après avoir appris que le gouverneur ne pouvait pas les recevoir.

Interrogé par le ministère public sur le port de l’uniforme rouge par les syndicalistes, l’adjudant-chef Daouda Sankhon a déclaré : « Ils étaient venus pour faire la guerre. »
Le port de cette tenue a également été discuté au cours de l’audience. Pour le ministère public, elle pouvait être interprétée comme un signe de « violence » ou de « guerre ». Les trois prévenus ont rejeté cette interprétation, expliquant que l’uniforme rouge était utilisé dans le cadre de leurs mouvements de revendication.

Mais un élément de son propre témoignage est venu nuancer le récit du plaignant : l’adjudant-chef Daouda Sankhon a reconnu n’avoir subi personnellement ni insulte ni agression directe de la part de Momo Camara ou des autres syndicalistes.
Il a également affirmé entretenir de bonnes relations avec l’ensemble des responsables syndicaux.

La partie civile maintient les accusations

L’avocat de la partie civile a néanmoins soutenu que les infractions reprochées aux prévenus étaient constituées. Selon lui, les syndicalistes n’auraient pas respecté les consignes données par le gouverneur à son garde du corps.
La défense conteste cette lecture des faits et estime que les éléments présentés à l’audience ne permettent pas d’établir les violences reprochées à ses clients.

À l’issue de la phase des questions-réponses, un avocat de la défense a sollicité la comparution du gouverneur de la BCRG ainsi que de plusieurs employés de la banque, afin qu’ils soient entendus sur les circonstances des faits.
Après plus de six heures de débats, le tribunal correctionnel de Kaloum a renvoyé l’affaire au jeudi 27 août 2026 pour les réquisitions du ministère public et les plaidoiries de la défense et de la partie civile.

L’audience devra notamment permettre au tribunal d’examiner les versions contradictoires livrées à la barre sur les circonstances de l’incident du 6 août et sur les faits reprochés aux trois responsables syndicaux.