Vladimir Poutine : « Les Occidentaux tentent de soumettre les pays africains à la dette »

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À l’occasion du Sommet Russie-Afrique, organisé les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, Vladimir Poutine a vivement critiqué les politiques économiques des puissances occidentales. Le président russe y voit la persistance de rapports de domination hérités de la colonisation, qui continueraient, selon lui, de peser sur le développement du continent africain.
Endettement, sanctions économiques et conditions de financement imposées aux pays en développement. Autant de mécanismes dénoncés par Poutine devant les dirigeants présents dans la capitale russe. Pour y remédier, il a notamment plaidé en faveur d’une réforme du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), avec une participation accrue de l’Afrique aux décisions financières internationales.

Devant les chefs d’État et les représentants de près d’une cinquantaine de pays, Vladimir Poutine a d’abord défendu l’émergence d’un ordre mondial multipolaire. Une évolution qui, à ses yeux, se heurte encore à la résistance de certaines puissances attachées aux anciens rapports de force. « La formation du monde multipolaire c’est un processus qui n’est pas facile il est confronté à la réticence des pays qui ne veulent pas accepter cette réalité il s’agit de ceux qui vivent dans le paradigme du passé colonial et qui veulent s’enrichir de manière flagrante au frais des autres. »

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Le président russe a ensuite ciblé les moyens de pression économiques et politiques qu’il attribue aux pays occidentaux. Il leur reproche notamment de recourir aux sanctions, aux droits de douane et aux pressions diplomatiques pour défendre leurs intérêts, parfois au détriment de la souveraineté des autres États. « Ils utilisent tous les moyens des tarifs des sanctions illégitimes, le diktat économique ils font chanter d’autres États et s’ingèrent dans des affaires intérieures des États. Les États occidentaux tentent de soumettre la dette aux pays africains et aussi de leur imposer des ressources financières à des conditions de pillage. Tout cela c’est au détriment des objectifs du développement durable. »

Thomas Sankara, une référence dans la dénonciation du néocolonialisme

Pour appuyer son argumentaire, Vladimir Poutine s’est référé à Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso, qui avait dénoncé le poids de la dette africaine lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), tenu à Addis-Abeba en 1987.

En reprenant les propos de l’ancien dirigeant burkinabè, le chef du Kremlin a voulu souligner la continuité, selon lui, entre les formes anciennes de domination coloniale et les mécanismes économiques qui encadrent aujourd’hui les relations entre l’Afrique et ses partenaires internationaux. « Je voudrais rappeler les paroles du premier président du Burkina Faso Thomas Sankara qui disait : “ la dette c’est encore le néocolonialisme ou les colonialistes qui se sont transformé en assistant technique, c’est une reconquête savamment organisée de l’Afrique pour que sa croissance et son développement obéissent à des normes qui sont totalement étrangères. D’ailleurs, cela a été dit en 1987 et depuis, peu de choses ont évolué depuis les conséquences de cette époque coloniale se ressentent toujours sur le continent africain. »

Au-delà de la question de la dette, Vladimir Poutine a également attiré l’attention sur les difficultés structurelles des économies africaines. Il a notamment évoqué la faible transformation industrielle des matières premières sur le continent et la place encore limitée du commerce intra-africain dans les échanges globaux.

Ces déséquilibres, selon lui, illustrent la nécessité pour les pays africains de renforcer leurs capacités de production et de transformation, tout en développant davantage les échanges entre eux. Un enjeu économique qui rejoint, dans son discours, celui de l’autonomie financière et de la maîtrise des ressources nationales.

Le FMI et la Banque mondiale appelés à évoluer

La réforme des institutions financières internationales a constitué l’un des principaux points du discours du président russe. Vladimir Poutine a défendu une gouvernance plus ouverte à la participation africaine, estimant que les pays du continent doivent pouvoir peser davantage sur les décisions qui affectent directement leurs économies. « Nous avons des programmes conjoints qui nous permettent d’utiliser des dettes afin de financer des projets nationaux de croissance économique, notre pays se prononce pour le renforcement du rôle de l’Afrique dans la gestion et la prise des décisions clé dans le cadre des institutions du développement multilatéral. Il s’agit notamment du fond monétaire international et de la Banque mondiale. Il faut réformer ces organisations, les orienter pour qu’elles servent les besoins des économies en développement. L’Afrique a besoin de solutions qui permettront aux pays africains de gérer leurs propres ressources, de les utiliser afin de satisfaire les besoins. Cela leur permettra d’accumuler leurs capitaux et faire des investissements dans l’économie, dans l’énergie, dans le transport et dans la logistique. »

Pour le chef de l’État russe, la maîtrise des ressources et la capacité à financer ses propres priorités constituent des leviers essentiels pour sortir des dépendances héritées du passé colonial. Il estime que cette autonomie économique doit aller de pair avec la stabilité institutionnelle et la souveraineté politique.

Cette conception de la souveraineté dépasse toutefois les seules questions territoriales et financières. Vladimir Poutine l’a étendue à des domaines aussi stratégiques que l’eau, l’énergie, les transports, les communications et les technologies numériques. « La souveraineté d’État, il ne s’agit pas uniquement du contrôle des territoires et des frontières ou le contrôle des systèmes financiers. C’est aussi l’eau et l’énergie la souveraineté, ce sont des transports, des communications souveraines et fiables c’est l’identité culturelle grâce au progrès technologique et aux innovations. Il faut garantir la souveraineté et la sécurité de ces secteurs. Ces derniers temps, le monde a pris un grand élan en manière numérique. Il y a l’intelligence artificielle, des plateformes numériques, des systèmes autonomes, c’est ce qui est devenu quelque chose de quotidien. Cela veut dire que la souveraineté numérique dans ce domaine est très importante. Il faut souverainiser le système de stockage des données, les modèles de l’intelligence artificielle. C’est le fondement du travail efficace de l’économie d’aujourd’hui, de la gestion nationale des milieux d’affaires et des services sociaux, tels que la santé publique et l’enseignement. »

La souveraineté technologique, un choix stratégique

L’intelligence artificielle, les plateformes numériques et les systèmes autonomes occupent désormais une place croissante dans le fonctionnement des économies et des administrations. Pour Vladimir Poutine, cette évolution rend indispensable la capacité des États à maîtriser leurs infrastructures numériques, leurs données et les technologies qu’ils utilisent.

Il a ainsi présenté la souveraineté technologique comme une condition de sécurité nationale, mais aussi comme un facteur de développement économique et d’amélioration des services publics. La santé, l’éducation, les transports et la gestion des villes figurent, selon lui, parmi les secteurs directement concernés.

Le président russe a enfin cité l’expérience de son propre pays pour illustrer cette orientation, qu’il présente comme un choix politique assumé et une priorité de long terme. « Tout cela détermine la sécurité et la prospérité du niveau de vie des gens, permet le bon fonctionnement des villes de chaque pays. Et la Russie a opté pour le renforcement de sa souveraineté technologique et c’est notre choix stratégique et on peut dire sans exagérer que nous avons eu de bons résultats. »