Le président libérien, Joseph Boakai, a signé un décret interdisant l’exportation de caoutchouc naturel non transformé. Cette mesure entrera en vigueur le 1er juillet 2026.
Pour justifier cette décision, le chef de l’État estime que les exportations de caoutchouc brut privent le Libéria d’importantes retombées économiques, notamment en matière de transformation industrielle, de création d’emplois, de recettes fiscales et de stabilité des changes.
« L’exportation de caoutchouc naturel non transformé, sous quelque forme que ce soit, est interdite pour une durée indéterminée à compter du 1er juillet 2026. Cette interdiction vise à promouvoir la valeur ajoutée nationale et à protéger les emplois libériens ainsi que le secteur du caoutchouc au Libéria », souligne le décret.
L’interdiction s’applique à « le caoutchouc naturel brut extrait des hévéas, n’ayant subi aucune transformation visant à modifier sa composition physique ou chimique, y compris le latex naturel, le coagulum, le caoutchouc en morceaux, les lanières d’arbre, les déchets d’écorce, les déchets broyés, les mélanges ou toute autre forme de caoutchouc non soumise à une transformation industrielle. »
Le décret prévoit également un régime de sanctions à l’encontre des contrevenants. Toute personne physique ou morale tentant d’exporter du caoutchouc non transformé s’expose à la saisie et à la confiscation immédiates des marchandises. Les entreprises encourent une amende administrative de 100 000 dollars pour une première infraction, contre 50 000 dollars pour les petits exploitants agricoles. Les récidivistes risquent en outre la révocation définitive de leurs privilèges d’exportation, des poursuites pénales en vertu de la législation libérienne en vigueur ainsi que des poursuites judiciaires.
Par ailleurs, l’interdiction couvre également le transit, via les ports libériens, de caoutchouc non transformé provenant d’autres pays. « Les transporteurs, les compagnies maritimes et les agents complices de l’exportation de caoutchouc non transformé sont également responsables en vertu du présent décret. »
Afin d’accompagner cette réforme, le gouvernement libérien indique qu’il mettra l’accent sur le développement de l’industrie nationale de transformation du caoutchouc. Des incitations sont prévues, notamment sous la forme d’allégements fiscaux, de financements concessionnels et d’investissements dans les infrastructures.
Troisième producteur africain de caoutchouc naturel, derrière la Côte d’Ivoire et le Ghana, le Libéria a enregistré en 2025 un engagement d’investissement de 36 millions de dollars du groupe agro-industriel asiatique Mainland, basé au Cambodge. Selon l’Agence Ecofin, qui cite des informations du Liberian Observer, cet investissement vise à renforcer la filière nationale.
D’après la Banque centrale du Libéria (CBL), la production nationale de caoutchouc a reculé de 2,3 % en 2025 pour s’établir à 73 769 tonnes, principalement en raison de la baisse de la production des petits exploitants.
Dans le cadre de son Plan national de développement agricole 2024-2030 (NADP), le gouvernement prévoit notamment la création de 20 000 hectares de nouvelles plantations d’hévéa destinées aux petits exploitants, ainsi que la réhabilitation de 10 000 hectares de plantations existantes.
Toujours selon la Banque centrale du Libéria, les exportations de caoutchouc naturel ont généré près de 115 millions de dollars de recettes en 2025.

