« Les emprunts de l’État peuvent réduire le financement des entreprises » : la mise en garde de la BCRG

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À l’examen du projet de loi de finances rectificative 2026, ce samedi 24 octobre 2026, le premier vice-gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Mohamed Lamine Conté, a appelé à une meilleure coordination entre les politiques budgétaire et monétaire. Il met en garde contre les effets d’un recours accru aux emprunts publics sur le financement des entreprises, alors que les dépenses d’investissement reculent de 11,3 % et que les pressions inflationnistes persistent.

La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) appelle à la vigilance dans la mise en œuvre de la loi de finances rectificative 2026. Devant les députés, le premier vice-gouverneur de l’institution a attiré l’attention sur trois enjeux majeurs : la maîtrise de l’inflation, les conséquences du financement de l’État sur la liquidité bancaire et la nécessité de préserver les investissements productifs.

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Au cœur de ses préoccupations figure le recours accru aux emprunts intérieurs pour financer les besoins de l’État. Si ces émissions de titres publics contribuent à couvrir les dépenses budgétaires, elles peuvent également intensifier la concurrence pour les ressources des banques et réduire les possibilités de financement offertes aux entreprises.

« Ces émissions sont certes nécessaires au financement de l’État, mais elles peuvent aussi accentuer la concurrence pour les ressources bancaires et surtout réduire les capacités de financement du secteur privé», a averti le premier vice-gouverneur.

Ce mécanisme, connu sous le nom d’« effet d’éviction », peut se produire lorsque les besoins de financement publics mobilisent une part importante des ressources disponibles auprès des banques, au détriment du crédit aux entreprises privées. Pour la BCRG, la programmation des opérations du Trésor et la gestion de la liquidité bancaire devront donc être étroitement coordonnées afin de limiter ces risques.

Des dépenses d’investissement en recul de 11,3 %

L’autre préoccupation de la Banque centrale concerne la composition des dépenses publiques. Selon la présentation du premier vice-gouverneur, les dépenses d’investissement prévues dans le projet de loi de finances rectificative reculent de 11,3 %, tandis que les dépenses de transfert augmentent.

Cette évolution intervient alors que le gouvernement entend maintenir des mesures de soutien aux prix des hydrocarbures pour amortir les effets des chocs internationaux sur les ménages. La BCRG reconnaît que ces dispositifs peuvent contribuer à contenir l’inflation à court terme, mais souligne qu’ils ne doivent pas se faire au détriment des capacités productives du pays.

« Les mesures de soutien aux prix des hydrocarbures peuvent certes contenir l’inflation à court terme, mais la préservation des investissements productifs demeure essentielle pour renforcer l’offre nationale, soutenir la croissance potentielle et réduire les vulnérabilités structurelles de notre économie », a déclaré le responsable de la Banque centrale.

Cette mise en garde souligne un enjeu économique central : au-delà de la protection immédiate du pouvoir d’achat, le renforcement de la production nationale reste nécessaire pour réduire la dépendance de la Guinée aux importations, notamment alimentaires. Une offre locale plus importante pourrait, à terme, contribuer à limiter l’exposition des consommateurs aux variations des prix internationaux.

La BCRG ne conteste pas le principe des mesures de soutien. Elle insiste plutôt sur la nécessité de préserver un équilibre entre les dépenses destinées à répondre aux urgences immédiates et celles qui renforcent durablement les capacités de production.

L’inflation alimentaire au cœur des préoccupations

Les données présentées par le premier vice-gouverneur illustrent la pression persistante sur le coût de la vie. Selon les chiffres de l’Institut national de la statistique cités dans son discours, l’inflation en glissement annuel a atteint 6,4 % en juillet 2026, avant de revenir à 5,9 % en septembre. La moyenne sur douze mois s’établissait à 5,2 %.

La hausse des prix est principalement tirée par les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées, dont les prix ont progressé de 12,4 % sur un an, selon les données exposées devant les députés. À l’inverse, l’inflation sous-jacente, qui exclut notamment l’énergie et les produits frais, se situe autour de 1 %.

Pour le responsable de la BCRG, cette configuration indique que les pressions inflationnistes sont largement liées aux prix alimentaires et aux facteurs importés, plutôt qu’à une hausse généralisée de la demande intérieure. « Autrement dit, l’inflation que nous observons est essentiellement une inflation alimentaire et importée, et ne traduit pas une surchauffe généralisée de la demande intérieure », a-t-il expliqué, tout en soulignant que cette situation frappe particulièrement les ménages les plus modestes, dont l’alimentation absorbe une part importante du budget.

Face à ce choc, la Banque centrale a choisi de maintenir ses principaux taux inchangés lors de la réunion de son comité de politique monétaire du 18 septembre. Le premier vice-gouverneur a expliqué qu’une hausse des taux directeurs ne ferait pas baisser directement le prix du pétrole ou le coût du fret, mais pourrait pénaliser l’investissement et l’emploi.

L’institution entend néanmoins rester attentive à une éventuelle propagation de la hausse des prix à un éventail plus large de biens et de services.

Une opportunité qui exige une gestion rigoureuse

La vigilance de la Banque centrale s’inscrit également dans le contexte de la montée en puissance du projet minier Simandou. Selon les estimations présentées devant l’Assemblée nationale, la croissance guinéenne pourrait atteindre 8,6 % en 2026, après 7,1 % en 2025, sous l’impulsion notamment du secteur minier.

Les recettes publiques attendues de Simandou pour 2026 sont estimées à environ 350 millions de dollars, selon le premier vice-gouverneur. Ces ressources constituent une opportunité de financement pour le pays, mais leur arrivée pourrait également accentuer les déséquilibres si elles ne sont pas gérées avec prudence. « Un tel flux de ressources est une chance historique pour notre pays, mais l’expérience de nombreux pays nous enseigne qu’il peut aussi devenir un piège s’il est mal maîtrisé », a-t-il averti.

L’enjeu est notamment d’éviter que l’afflux de devises et de liquidités n’alimente les tensions sur les prix, ne renchérisse les coûts intérieurs ou ne fragilise les secteurs non miniers. La BCRG entend, dans cette perspective, suivre de près les mouvements de devises, la stabilité du taux de change et le niveau des réserves internationales.

Le premier vice-gouverneur a également insisté sur la faible part du crédit bancaire destinée à l’agriculture, qui ne représente qu’environ 3 % des crédits selon les données avancées dans son discours.

Pour l’institution, une meilleure orientation du financement vers les secteurs productifs serait essentielle pour soutenir l’emploi, renforcer la sécurité alimentaire et réduire la vulnérabilité de l’économie aux chocs extérieurs.

Trois conditions pour préserver les équilibres macroéconomiques

Au terme de son intervention, la BCRG a formulé trois exigences pour assurer une articulation cohérente entre le budget et la politique monétaire : préserver la stabilité des prix, organiser le financement public de façon à ne pas évincer l’investissement privé et renforcer la coordination entre le Trésor et la Banque centrale. « C’est à ces conditions que la loi de finances rectificative pourra accompagner durablement […] la transformation de notre économie tout en consolidant la confiance dans notre monnaie, le franc guinéen », a conclu le premier vice-gouverneur.

Son intervention met ainsi en évidence le défi posé par la nouvelle phase économique que la Guinée espère ouvrir avec Simandou : mobiliser les ressources nécessaires au développement sans compromettre le financement des entreprises, la maîtrise de l’inflation et la stabilité macroéconomique.

Au-delà des prévisions budgétaires, la question sera donc celle de l’affectation effective des ressources publiques et de leur capacité à soutenir une croissance qui profite aussi aux secteurs non miniers et aux ménages guinéens.