La Cour pénale internationale (CPI) a confirmé, dans une décision récente, qu’elle n’ouvrira pas d’enquête formelle sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre présumés commis au Nigeria, mettant ainsi un terme à plusieurs années d’examen préliminaire.
Cette décision constitue un tournant majeur dans un dossier suivi depuis plus d’une décennie. Elle suscite de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains, qui y voient un abandon des victimes.
L’examen de la CPI portait principalement sur les crimes présumés commis depuis 2009 dans le contexte du conflit opposant les groupes jihadistes, notamment Boko Haram, aux forces de sécurité nigérianes dans le nord-est du pays.
Au cours de cette période, de nombreuses violations graves du droit international humanitaire ont été documentées : attaques contre des civils, massacres, viols, enlèvements, déplacements forcés de populations. Les forces armées nigérianes ont également fait l’objet d’accusations portant notamment sur des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des détentions arbitraires.
Dans sa décision, le Bureau du procureur de la CPI explique avoir privilégié le principe de complémentarité, selon lequel les juridictions nationales demeurent compétentes pour poursuivre les auteurs présumés lorsque leur système judiciaire est en mesure de le faire.
En mars 2026, un mémorandum d’accord a ainsi été signé entre la CPI et les autorités nigérianes, confiant à Abuja la responsabilité principale des enquêtes et des poursuites. Le Bureau du procureur précise toutefois que ses conclusions juridiques rendues en 2020, selon lesquelles les critères nécessaires à l’ouverture d’une enquête étaient réunis, demeurent inchangées.
Cette orientation est justifiée par la volonté de « soutenir les mécanismes nationaux » et d’encourager les poursuites engagées au niveau national, tout en maintenant un suivi de la situation.
L’annonce a immédiatement provoqué de nombreuses réactions parmi les organisations internationales de défense des droits humains. Amnesty International, notamment, qualifie cette position d’« inhabituelle » et de « dangereuse ».
Selon ces organisations, plus de quinze ans après le début du conflit, les autorités nigérianes n’ont toujours pas démontré une volonté suffisante de poursuivre les principaux responsables présumés, notamment au sein des forces de sécurité.
Elles estiment que la CPI s’écarte ainsi de son rôle de juridiction de dernier recours, appelée à intervenir lorsque les systèmes judiciaires nationaux ne sont pas en mesure de garantir une justice effective.
La décision de la Cour relance également le débat au sein de la communauté juridique. Plusieurs spécialistes rappellent qu’en décembre 2020, le Bureau du procureur avait conclu que les conditions requises pour l’ouverture d’une enquête formelle étaient réunies.
Certains experts évoquent un « flou juridique » inédit, dans lequel la CPI maintiendrait un dossier sous surveillance sans engager d’enquête formelle, tout en transférant la responsabilité des poursuites aux autorités nationales.
Malgré les engagements de coopération entre la CPI et le Nigeria, les victimes des violences commises dans le nord-est du pays attendent toujours que justice soit rendue pour des crimes perpétrés depuis plus de quinze ans.
Pour les ONG, cette décision pourrait renforcer le sentiment d’impunité et fragiliser davantage la crédibilité du système international de justice pénale.

